La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
— Dès le berceau, j’ai tété des glaçons, petit. J’aime le froid. » Elle gagna les rochers du bord et, ruisselante, s’y campa. Elle était nue, la peau granulée par la chair de poule. L’échine basse, Eté s’approcha pour la flairer. « Je désirais toucher le fond.
— Il y en a un ?
— Peut-être pas. » Elle grimaça un sourire. « Que regardes-tu, petit ? Jamais vu de femme ?
— Si fait. » Il s’était baigné avec ses sœurs des centaines de fois et avait aussi regardé les servantes s’ébattre dans les bassins d’eau chaude. Mais la sauvageonne était différente. Point de courbes, rien de moelleux, des angles secs et durs. La jambe noueuse, le sein plat comme une bourse vide. « Tu es couverte de cicatrices…
— Toutes au prix fort. » Ramassant à terre sa cotte brune, elle la secoua pour en détacher quelques feuilles mortes et l’enfila par-dessus sa tête.
« Contre des géants ? » Elle affirmait qu’il en subsistait, au-delà du Mur.Peut-être en verrai-je un, un jour…
« Contre des hommes. » Elle se ceignit la taille avec un bout de corde. « Des corbeaux noirs, plus qu’à mon tour. M’en suis même tué un », dit-elle en ébrouant sa chevelure. Celle-ci lui couvrait largement les oreilles, désormais, et adoucissait quelque peu les traits de la rude créature qui l’avait agressé naguère dans le Bois-aux-Loups. « Ça jacasse, aux cuisines, aujourd’hui, sur toi et les Frey.
— Qui ça ? Que dit-on ? »
Elle lui dédia un rictus chagrin. « Qu’y a un p’tit crétin qui nargue un géant, et que ce monde est fou puisqu’y a qu’un estropié pour lui clouer le bec.
— Hodor n’a pas compris qu’on se moquait de lui. Et, de toute manière, il ne se bat jamais. » Le souvenir, ce disant, lui revint d’un jour où, en compagnie de Mère et de septa Mordane, il s’était rendu, tout petit, sur la place du marché. Censé les escorter pour porter les emplettes, Hodor s’était mis à errer à l’aventure et, lorsqu’on l’avait retrouvé, des gamins l’acculaient au fond d’une impasse et le rouaient de coups de bâton. « Hodor! hurlait-il sans discontinuer,Hodor ! » tout en se pelotonnant pour se protéger, mais il ne levait pas seulement la main contre ses bourreaux. « Septon Chayle dit que c’est un noble cœur.
— Ouais, convint-elle, mais avec des mains capables de dévisser une tête de ses épaules, si la fantaisie lui prenait. En tout cas, fera bien de surveiller son dos, avec ce Walder. Lui et toi, pareil. Pas pour rien qu’on l’appelle petit, ce grand diable-là, maintenant que j’y pense. Grand dehors et dedans petit, mesquin jusqu’aux moelles.
— Il n’a jamais osé me frapper. Il a beau dire, il a peur d’Eté.
— Alors, il serait moins stupide qu’il n’a l’air. » Elle ne démordait pas du qui-vive avec les loups-garous. N’avaient-ils pas, à eux deux, mis en pièces trois sauvageons le jour de sa propre capture ? « S’il ne l’est autant. Et ça sent mauvais, tout de même. » Elle noua sa chevelure. « Toujours des rêves de loup ?
— Non. » Il lui répugnait d’en parler.
« Un prince devrait mentir mieux que ça. » Elle se mit à rire. « Enfin, tes rêves sont tes oignons. Mes oignons à moi sont à la cuisine, et je ferais bien d’y retourner avant que Gage ne commence à gueuler et à démanger de sa grande louche. Avec votre permission, mon prince. »
Elle n’aurait jamais dû parler des rêves de loup, songea Bran tandis qu’Hodor gravissait l’escalier pour le ramener à sa chambre. Une fois couché, il lutta de son mieux contre le sommeil, mais il finit par succomber, comme d’habitude. Et il rêva du barral, cette nuit-là. De ses prunelles ensanglantées, l’arbre le dévisageait, il l’appelait de sa bouche de bois convulsive, et, de ses branches pâles, la corneille aux trois yeux descendait d’un vol mou lui becqueter la face en criant son nom d’une voix blessante comme des épées.
Des sonneries de cor l’éveillèrent. Il se laissa rouler sur le côté, tout heureux du répit. Des chevaux hennissaient, des appels retentissaient. Nouveaux hôtes, et nouveau tapage pour me griser. De barre en barre, il s’arracha du lit, se propulsa jusqu’à la banquette de la fenêtre. La bannière au géant déchaîné lui apprit qui étaient les survenants, des Omble, descendus des contrées du nord, au-delà, là-bas, de la rivière Ultime.
Le lendemain se présentèrent ensemble à l’audience, effectivement, deux d’entre eux : des oncles du Lard-Jon, vieillards aussi forts en gueule en leur hiver que lui, et dont la barbe blanche le disputait à la blancheur de leurs manteaux d’ours. Le croyant mort, un corbeau avait jadis picoré l’œil du premier, Mors, qui depuis portait un cabochon de verredragon dans l’orbite vide ; son surnom de Freuxchère lui provenait de ce qu’il s’était vengé de l’oiseau, contait Vieille Nan, en lui arrachant la tête d’un coup de dent. Quant à son lugubre squelette de frère, Hother, Bran n’avait jamais pu obtenir d’elle l’origine de son sobriquet, Pestagaupes.
A peine assis, Mors demanda l’autorisation d’épouser lady Corbois. « Le Lard-Jon est le vigoureux bras droit du Jeune Loup, nul n’en disconvient. Se peut-il rêver meilleur protecteur des terres de la veuve qu’un Omble et, de tous les Omble, meilleur que moi ?
— Lady Donella se trouve encore plongée dans l’affliction, objecta mestre Luwin.
— J’ai sous mes fourrures de quoi calmer l’affliction », s’esclaffa Mors. Ser Rodrik se répandit en formules gracieuses et promit de soumettre la chose à la dame et au roi.
Hother réclama des bateaux. « Il descend du nord plus de pillards sauvageons que je n’en ai jamais vu. Ils traversent en barque la baie des Phoques et déferlent sur nos côtes avec des vivacités de belettes, et les corbeaux de Fort-Levant sont trop peu nombreux pour les arrêter. C’est de frégates qu’on a besoin contre, ouais, plus des marins solides comme équipages. Le Lard-Jon a emmené trop d’hommes. La moitié de nos récoltes s’est perdue, faute de bras pour faucher. »
Ser Rodrik tirailla ses favoris. « Vos forêts foisonnent de vieux chênes et de grands pins. Les caréneurs et les matelots surabondent chez lord Manderly. En vous unissant à lui, vous devriez pouvoir lancer suffisamment de frégates pour préserver votre littoral et le sien.
— Manderly ? renifla Mors Omble. Ce ballot de suif ? M’est parvenu que ses gens eux-mêmes s’en foutent sous le nom de lord Lamproie. Tout juste s’il marche. Un coup d’estoc dans sa bedaine, et vous verrez, ça grouille, des milliers d’anguilles.
— Pour être gras, protesta ser Rodrik, il ne manque pas de jugeote. Vous coopérerez, ou bien le roi saura la raison de votre refus. » A la stupeur de Bran, les deux ogres tombèrent d’accord, non sans maugréer, pour obtempérer.
La séance n’était pas levée que survinrent tour à tour, qui de Motte-la-Forêt, qui de Quart-Torrhen, des Glover et un fort parti de Tallhart. Bien qu’à leur départ pour le sud Galbart et Robett Glover eussent délégué leurs pouvoirs à l’épouse du second, c’est leur intendant que vit arriver Winterfell. « Ma dame vous prie de l’excuser. Ses enfants sont encore trop jeunes pour faire le voyage, et elle répugnait à les abandonner. » Bran ne tarda néanmoins guère à s’apercevoir que le véritable gouverneur de Motte n’était pas lady Glover mais son truchement. De son propre aveu, celui-ci ne mettait de côté qu’un dixième des récoltes. Un mage l’avait, se flatta-t-il, informé qu’un été prodigue précéderait l’installation définitive de l’hiver. Mestre Luwin trouva mille choses pertinentes à redire aux prophéties des mages de canton. Après lui avoir pour sa part intimé de stocker un cinquième de chaque denrée, ser Rodrik pressa l’intendant de questions sur le bâtard de lord Corbois, Larence, alias Snow, selon la coutume du Nord. Un garçon de près de douze ans dont le témoin vanta la bravoure et l’intelligence.