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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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Claudine leva vers Fausta un regard d’ardente sympathie. Elle la vit pâle, agitée comme elle ne l’avait jamais vue. Elle la vit qui pressait son sein palpitant de ses deux belles mains sculptées dans le marbre le plus pur… Claudine s’agenouilla, saisit ces mains qu’elle baisa et murmura:

– Ah! ma noble et radieuse souveraine, vous qui inspirez à la fois l’amour et le respect, vous que nul ne peut voir sans se courber sous l’intense irradiation de vos yeux, je vois qu’une douleur inconnue vous étreint… Que ne puis-je mourir pour vous éviter l’ombre d’une souffrance!…

Fausta, d’un geste plein de dignité, releva l’abbesse.

– Oui, dit-elle, vous êtes vraiment une apôtre, Claudine. Si votre chair est faible, votre âme est forte. Vous êtes la seule qui m’ayez comprise… Écoutez donc… car je suis lasse de planer dans des régions trop élevées peut-être.

Sur un signe de Fausta, Claudine de Beauvilliers, abbesse des bénédictines de Montmartre, s’assit, et elle se prépara à écouter comme jadis, au fond de la Judée, les apôtres favoris écoutaient Jésus…

XXII LE CŒUR DE FAUSTA

– Est-ce que le règne pontifical de Jeanne est un rêve! reprit Fausta comme si elle se fût parlé à elle-même. Quelle est la loi qui défend à une femme d’occuper le trône de Pierre? Est-ce qu’il n’y a pas des saintes comme il y a des saints? Est-ce que l’Église n’admet pas les vœux féminins et n’a pas établi une hiérarchie parmi les femmes qui portent la parole du Christ?… Les écrits des moines compilateurs prouvent que Jeanne a régné. Je puis donc régner!… Le sexe féminin n’est pas un obstacle aux grandes conceptions, témoin la papesse Jeanne qui réforma une partie du culte. Il n’est pas un obstacle aux grandes actions, témoin la guerrière Jeanne d’Arc qui délivra le royaume de France… Est-ce qu’une femme ne peut pas être ce qu’ont été ces deux femmes?

Claudine écoutait ardemment ces étranges paroles prononcées de cette voix pleine de chaudes caresses et d’indomptable volonté. Elle comprenait qu’elle n’avait ni à approuver ni à désapprouver. S’adressant plus directement à l’abbesse, Fausta continua:

– Donc, ils sont vingt-trois qui, fatigués de la tyrannie de Sixte, ont résolu d’élever une Église devant son Église, un trône devant son trône… Trois ans se sont écoulés depuis… J’habitais alors Rome, le palais qu’avait habité mon aïeule Lucrèce. Le sang des Borgia bouillonnait dans mes veines. Riche, belle, adulée, seule au monde, je voyais mon palais plein de seigneurs et de princes de l’Église… Mais je n’avais de joie qu’à compulser les écrits du vieux temps, à relire la terrible légende des Borgia mes ancêtres, à suivre d’un regard rêveur la trace fulgurante qu’ont laissée dans le ciel de l’histoire ces trois météores qui s’appellent Alexandre Borgia, César Borgia, Lucrèce Borgia… Et j’ai senti en moi l’esprit vaste d’Alexandre, la fougue conquérante de César, le cœur de Lucrèce. Être à moi seule ce qu’ils ont été à eux trois! Sentir le monde chrétien palpiter sous ma parole comme il a palpité sous la parole d’Alexandre, le monde guerrier trembler sous mon glaive comme il a tremblé sous le glaive de César, le monde des courtisans s’incliner devant moi comme il s’est incliné devant la force et la beauté de Lucrèce… Oui, je faisais ce rêve inouï, lorsque je rencontrai Farnèse…

Fausta, à ce moment, tomba dans une songerie que Claudine se garda d’interrompre.

– Farnèse! répéta seulement Fausta. C’est lui que je conquis le premier, et c’est lui qui le premier m’abandonne!…

– Quoi! madame… le cardinal Farnèse!…

– Un soir, reprit Fausta sans répondre, Farnèse vint me chercher dans mon palais. Il connaissait mon rêve… Il en avait suivi le développement. Il me témoignait une sorte d’admiration… Ce soir-là, donc, l’ayant suivi, nous sortîmes de Rome et, par un antique tombeau de la Voie Appienne, nous pénétrâmes dans les Catacombes. Arrivé à un vaste carrefour éclairé de torches, je vis les vingt-trois revêtus de leurs simarres… «Voici celle que vous savez, dit Farnèse. Voici celle qui peut vous sauver…»

Alors les vingt-trois m’entourèrent. Je ne tremblai pas devant ce que j’entrevis à l’instant. Je n’eus pas peur de la proposition terrible que je devinai dans tous les yeux… Et lorsqu’elle fut enfin formulée, cette proposition, j’acceptai… Longtemps je parlai à ces hommes qui m’écoutèrent dans un effrayant silence… Et lorsque j’eus fini de parler, l’un après l’autre ils vinrent s’agenouiller devant moi et me baisèrent la main en signe de soumission… Alors l’un d’eux, le plus vieux, passa à mon doigt cet anneau…

Fausta allongea la main et montra l’anneau que nous avons signalé. L’abbesse s’inclina respectueusement et fit le signe de croix.

– Je me mis à l’œuvre, continua Fausta. En si peu de temps, j’ai bouleversé l’Italie dont presque tous les évêques sont prêts à me reconnaître. J’ai bouleversé la France, parce que son roi, aux premières ouvertures de Farnèse, haussa les épaules. Ce roi, je l’ai fait chasser. J’en ai choisi un autre…

Fausta retomba dans un morne silence.

– Il me semble, dit timidement Claudine, que les événements se déroulent bien selon vos plans…

– Voilà ce qui me déroute! dit Fausta. Voilà ce qui m’épouvanterait si je pouvais l’être! Les apparences sont telles qu’elles dépassent mes prévisions, et sous ces événements s’en trouvent d’autres qui m’arrêtent, me paralysent, me frappent d’impuissance… Les cardinaux du conclave secret ont peur devant l’acte définitif. Farnèse qui était celui sur lequel je m’appuyais vient de m’abandonner…

– Mais Guise! Guise!…

– Guise est réconcilié avec la duchesse!… Je la tenais, pourtant!… Je l’ai renvoyée espérant qu’elle aurait assez d’audace pour se représenter une fois encore à l’hôtel de Guise, et qu’alors… Mais elle a eu l’audace prévue, elle a vu son mari… et le mari a pardonné!

Claudine de Beauvilliers réprima un sourire.

– Guise, reprit Fausta, Guise qui passe pour le type accompli de l’énergie violente, Guise n’est vraiment admirable que dans la bataille; la lance ou l’estramaçon au poing, bardé d’acier de la tête aux pieds, monté sur quelque pesant destrier au poitrail de fer, à la tête d’un escadron, il est le chevalier des ruées furieuses, des grandes chevauchées à travers du sang… Guise, à la cour, est encore le gentilhomme le plus élégant; le nœud de satin de son épée est inimitable; il porte avec une grâce incomparable le manteau de velours cramoisi; il a une majesté naturelle qui fait de lui la véritable figuration de la royauté… oui, ce sera dans la cérémonie un sire magnifique, et dans les combats un chef intrépide…

En parlant ainsi, Fausta, les yeux à demi fermés, semblait évoquer l’image qu’elle bâtissait… ou peut-être une autre image qui venait s’offrir en comparaison. Elle reprit avec un soupir:

– Mais une fois le casque et la cuirasse déposés, hors le champ de bataille ou le champ de cérémonies élégantes, j’aperçois dans Guise ce qu’il est en réalité: une belle statue qui parfois a un geste violent, qui jette un regard étincelant, mais qui n’est capable ni de haute pensée, ni de ferme résolution… Oui, il a pardonné à la duchesse de Guise, et ceci m’a déroutée, moi qui croyais… mais n’en parlons plus! Il a laissé sortir de Paris trois mille hommes que ce Crillon a conduit à Henri de Valois, et ceci, c’est la guerre possible pour le roi fugitif… Il a parlé à Catherine de Médicis, et quelques mots de la vieille Florentine ont suffi pour faire écrouler l’échafaudage de résolutions que j’avais lentement élevé dans ce faible cerveau!… Enfin, pour comble, dénué d’argent, une occasion unique s’offre à lui de saisir le trésor qui lui permettra de conquérir le royaume; renseignée par mes espions, je le lui indique. Il n’a qu’à le prendre… et au moulin de la butte Saint-Roch, il se fait jouer comme un enfant! Il met sur pied une véritable armée pour entrer dans un moulin où il ne trouve personne, et quand on cherche, quand on fouille, le trésor est envolé…

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