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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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Et l’horrible malentendu s’accentua encore.

Elle eut une lueur de triomphe dans son œil doux. Le Chico était jaloux, donc il l’aimait encore. Sotte qui s’était fait tant de mauvais sang! Alors, avec un sourire malicieux, croyant l’amener à se déclarer enfin, elle minauda:

– Il m’a dit des choses… des choses que nul ne m’avait jamais dites avant lui.

À son tour, elle reprenait les propres paroles du Chico, et elle les disait en badinant, croyant faire une plaisanterie et exciter sa jalousie.

Le nain comprit autre chose.

Pardaillan lui avait dit et répété:

– Je n’aime pas et je n’aimerai jamais ta Juana. Mon cœur est mort, il y a longtemps.

Il avait encore dans l’oreille le ton douloureux sur lequel ces paroles avaient été dites. Il ne doutait pas qu’elles ne fussent l’expression de la vérité. Il ne redoutait rien de Pardaillan, un instinct sûr lui assurait que le seigneur français était la loyauté même. Pardaillan avait ajouté:

– Ta Juana ne m’aime pas, ne m’a jamais aimé.

Et là, le doute le reprenait. Tant que son grand ami ne parlait que de lui-même, il pouvait s’en rapporter à lui et le croire sur parole. Mais lorsqu’il parlait des autres, il pouvait se tromper. D’après les paroles de Juana, il croyait comprendre que Pardaillan avait dû lui parler, la moraliser, lui faire entendre qu’elle n’avait rien à espérer de lui. Cependant Juana ne reculait pas devant l’évocation terrifiante de la torture et revendiquait, avec un calme souriant, son droit à participer au sauvetage de celui qu’elle aimait encore et malgré tout. Pour lui, c’était clair et limpide: Juana aimerait, sans espoir et jusqu’à la mort, le sire de Pardaillan, comme lui il aimerait Juana jusqu’à la mort et sans espoir. Dès lors, à quoi bon vivre? Sa résolution devint irrévocable. Il se condamnait lui-même.

Telle était la conclusion qu’il tirait des paroles imprudentes de la jeune fille. Ah! si elle avait pu deviner ce qui se passait dans sa tête! Mais comment aurait-elle pu deviner devant son impassibilité!

Car, il avait la force de rester impassible. Et c’était encore une des bizarreries du caractère de cet étrange personnage. Il se disait que Juana s’était donnée à Pardaillan, il n’avait plus le droit lui, le Chico, de la traiter comme il faisait autrefois.

Il pouvait la considérer toujours comme une amie, mais il devait renoncer à la conquérir. S’il se fût agi d’une liaison matérielle, peut-être la jalousie l’eût-elle poussé à lutter. Mais il ne doutait pas un instant qu’il ne fût question que d’une liaison chastement platonique.

Jamais Juana n’appartiendrait physiquement à Pardaillan, puisqu’il n’en voulait pas. Elle devait bien le savoir puisqu’elle préférait la mort. Alors, lui, il eût considéré comme une bassesse de chercher à l’attendrir.

Ces réflexions firent que, de réservé qu’il avait été jusque-là, il se fit glacial, mettant tout son orgueil à paraître impassible et y réussissant assez bien pour la déconcerter tout à fait. Peut-être, si elle avait été plus lucide, eût-elle pu remarquer l’étrange pâleur du nain et l’éclat fiévreux de son regard. Mais elle était trop troublée elle-même pour s’arrêter à autre chose qu’aux apparences frappantes.

Et le malentendu qui s’était élevé entre eux acheva de les séparer.

Le Chico se contenta d’acquiescer d’un signe de tête à ce qu’elle venait de dire et, tirant de son sein le blanc-seing trouvé, il dit avec une froideur sous laquelle il s’efforçait de cacher ses véritables sentiments:

– Toi qui es savante, regarde ce parchemin, dis-moi ce que c’est et ce qu’il vaut.

La petite Juana sentit une larme monter à ses yeux. Elle avait espéré le faire parler et voici qu’il se montrait plus froid, plus cassant qu’il n’avait été depuis le début de cet entretien.

Ah! décidément, il ne l’aimait pas, elle s’était trompée. Puisqu’il en était ainsi, elle ne lui donnerait pas cette joie de la voir pleurer. Elle se raidit pour refouler la larme prête à jaillir, elle prit tristement le parchemin qu’il lui tendait et l’étudia en s’efforçant d’imiter son attitude glaciale.

– Mais, fit-elle, après un rapide examen, je ne vois rien là que deux cachets et deux signatures, sous des formules inachevées.

– Mais les signatures, les cachets, les connais-tu, Juana?

– Le cachet et la signature du roi, le cachet et la signature de monseigneur le grand inquisiteur.

– En es-tu bien sûre?

– Sans doute! Je sais lire, je pense: Nous, Philippe, par la grâce de Dieu, roi… mandons et ordonnons… à tous représentants de l’autorité religieuse, civile, militaire… Et plus bas: Inigo d’Espinosa, cardinal-archevêque, grand inquisiteur d’État. N’as-tu pas vu ces cachets au bas de l’ordonnance? Ce sont bien les mêmes. Nul doute n’est possible.

– C’est bien ce que j’avais pensé. Ceci, c’est ce qu’on appelle un blanc-seing. On remplit les blancs à sa guise et on se trouve couvert par la signature du roi… et tout le monde doit obéir aux ordres donnés en vertu de ce parchemin.

– Où t’es-tu procuré cela?

– Peu importe. L’essentiel est que je l’ai. Je sais ce que je voulais savoir. Je vais te quitter. Il ne faudra dire à âme qui vive que tu m’as vu en possession de ce parchemin.

– Pourquoi? Que veux-tu en faire?

– Ce que je veux en faire! Je n’en sais rien encore. Je cherche. Et à force de chercher je finirai bien par trouver. Pourquoi? Parce que je compte me servir de ce blanc-seing pour délivrer le seigneur de Pardaillan. Tu comprends, Juana, si on savait que cet ordre ne m’appartient pas et qu’il a été rempli arbitrairement, ce serait ma mort certaine, ce qui ne tirerait pas à bien grande conséquence, je le sais. Ce serait aussi la perte de M. de Pardaillan, et ceci est beaucoup plus important. Voilà pourquoi je te prie de me garder le secret le plus absolu. Il y va du salut de celui que nous voulons sauver tous les deux.

Il se donnait bien du mal pour lui faire comprendre qu’elle devait se taire pour l’amour de Pardaillan. Il ne se doutait pas qu’il avait donné la meilleure de toutes les raisons en disant: «Ce serait ma mort certaine», et qu’il eût pu se dispenser d’ajouter un mot de plus.

Juana avait frémi. Mais ce qui l’impressionna le plus douloureusement, ce fut le ton désabusé, le ton d’amertume à peine voilée sur lequel il avait dit que sa mort, à lui, était sans importance.

Pourquoi lui disait-il ces choses horribles? Il voulait donc mourir, Seigneur Dieu? Comment ne pensait-il pas à la peine affreuse qu’il lui faisait? La gorge serrée par l’émotion qui la poignait, elle murmura en joignant les mains dans un geste implorant.

– Tu peux être tranquille. L’on me tuera plutôt que de m’arracher une parole sur ce sujet.

Doucement, sans dépit, avec un pâle sourire:

– Oh! je sais, dit-il. Tu garderas le secret.

Et, très las, écrasé par l’effort qu’il faisait pour se contenir, il s’inclina devant elle et murmura:

– Adieu, Juana!

Et, sans ajouter un mot, sans un geste, il se dirigea vers la porte.

Alors son cœur, à elle, éclata. Comment, il s’en allait ainsi, sans un mot d’amitié, après un adieu sec et froid, un adieu sinistre qui semblait sous-entendre qu’elle ne le reverrait plus! Pâle et défaillante, elle se dressa toute droite sur son grand tabouret de bois, et l’esprit chaviré, un seul mot, un nom jaillit de ses lèvres frémissantes, comme un appel éperdu:

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