Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Du côté de Juana les choses s’embrouillaient davantage en ce sens que, femme, elle était plus complexe, accessible à des sentiments contradictoires qu’elle-même ne parvenait pas à concilier, qui la tiraillaient en des sens opposés, sans qu’il lui fût possible de prendre une détermination ferme, attendu qu’elle ne se rendait pas parfaitement compte de ce qu’elle éprouvait et ne savait pas au juste ce qu’elle voulait.
Nous avons expliqué dans un précédent chapitre que son cœur hésitait entre Pardaillan et le Chico. L’entretien qu’elle avait eu avec Pardaillan avait fait pencher la balance en faveur de son petit compagnon d’enfance.
Consciente de la distance qui la séparait de Pardaillan, ramenée au sens de la réalité par des paroles douces, mais fermes, éclairée par la logique d’un raisonnement serré, elle avait compris qu’il lui fallait renoncer à un rêve chimérique. Son amour pour Pardaillan n’avait pas encore des racines telles qu’elle ne pût l’extirper sans trop de douleur. Elle s’était résignée.
Forcément elle devait se tourner vers le Chico. Elle le devait d’autant plus que Pardaillan, qu’elle admirait déjà, par quelques confidences discrètes et avec ce tact qu’il puisait dans la bonté de son cœur, avait su lui imposer un sentiment respectueux qu’elle ignorait avant.
Or, Pardaillan, qu’elle respectait et admirait, lui avait dit le plus grand bien du Chico. Or, elle savait qu’un tel homme n’adressait pas un compliment qui ne fût pleinement mérité. De ceci il était résulté que si Pardaillan avait gagné son respect, les affaires amoureuses du nain, grâce à lui, avaient fait un progrès considérable.
En réalité, elle aimait le nain plus qu’elle ne le croyait. Mais son amour n’était pas encore assez violent pour l’amener à fouler aux pieds la pudeur de la jeune fille en la faisant parler la première. Mettre tout en œuvre pour lui arracher sa timidité, oui. Parler elle-même, cela non, elle ne le pouvait pas… pas encore du moins.
Or, avec un timide de la force du Chico, elle n’avait pas d’autre alternative pour liquider la question. S’il avait fait une partie du chemin, s’il l’avait bercée de mots doux comme il en trouvait parfois, s’il avait eu cette attitude et ces caresses chastes qui troublent néanmoins, peut-être il eût pu l’affoler au point de lui faire oublier sa retenue.
Mais voilà que par malheur le Chico s’avisait, bien mal à propos, de résister à toutes ses avances et de se tenir sur une réserve qui pouvait lui paraître de la froideur. Alors qu’elle eût voulu ne parler que d’eux-mêmes, voilà qu’il ne parlait, lui, que de Pardaillan. C’était désespérant: elle l’eût battu si elle ne se fût retenue.
Notez que si le petit homme avait paru oublier Pardaillan pour ne songer qu’à lui-même, il eût obtenu probablement ce même résultat de l’exaspérer. Alors? direz-vous. Alors ceci prouve que lorsque l’amour est en jeu, il n’y a pas à finasser, ni à raisonner. Il n’y a qu’à suivre les impulsions de son cœur. Si l’amour est vraiment fort et sincère, il trouvera toujours moyen de triompher.
Au bout du compte, naïvement, sans malice et sans calcul d’aucune sorte, peut-être le Chico avait-il trouvé, sans le chercher, le meilleur moyen de forcer le cœur de celle qui, de son côté, sans s’en douter assurément l’aimait peut-être autant qu’elle en était aimée.
Peut-on jamais savoir avec les femmes, surtout quand elles s’avisent, comme la petite Juana, de vouloir jouer au plus fin avec l’amour! Il arrive toujours un moment où elles sont les plus punies de leur inutile malice.
Ayant vu ses petites ruses échouer les unes après les autres, Juana se résigna à ne pas sortir du sujet de conversation qu’il plaisait au Chico de lui imposer, espérant bien se rattraper après et reprendre, avec succès, elle l’espérait, ses efforts interrompus pour l’amener à se déclarer.
Pour être juste, nous devons ajouter que la certitude qu’elle avait qu’il ne serait question que de Pardaillan, jointe à la volonté bien arrêtée de le sauver, si c’était possible, aidèrent puissamment à la faire patienter. Mais il fallait bien que ce fût pour Pardaillan, et le sacrifice qu’elle faisait était en somme méritoire.
– Seigneur Dieu! dit-elle, avec une pointe d’amertume, comme tu en parles! Que t’a-t-il donc fait que tu lui es si dévoué?
– Il m’a dit des choses… des choses que personne ne m’avait jamais dites, répondit énigmatiquement le nain. Mais, toi-même, Juana, n’es-tu pas résolue à le soustraire au supplice qui l’attend?
– Oui, bien, et de tout mon cœur. Je te l’ai dit.
– Tu sais qu’il pourrait nous en cuire de mettre ainsi notre nez dans les affaires d’État. Le moins qui pourrait nous arriver serait d’être pendu haut et court. C’est une grâce que notre sire le roi n’accorde pas facilement. Et je crois bien que nous ferions préalablement connaissance avec la torture.
Il disait cela avec un calme extraordinaire. Pourquoi le lui disait-il? Pour l’effrayer? Pour la faire reculer? Non, car il était bien résolu à se passer d’elle et à ne pas la compromettre. Il voulait bien risquer sa vie et même la torture pour son ami. Mais l’imposer à elle, la voir mourir! Allons donc! Est-ce que c’était possible, cela!
Tout ce qu’il voulait d’elle, c’était d’être renseigné sur la valeur de sa trouvaille. S’il lui avait fait entrevoir les suites probables de leur ingérence dans les affaires de l’État, comme il disait, c’était pour peser en quelque sorte son dévouement à elle, et régler le sien propre.
Et puis, après tout, il lui paraissait juste et légitime qu’elle connut la valeur exacte du sacrifice qu’il faisait. Il n’avait que vingt ans, il avait bien quelques raisons de tenir à la vie. Et s’il en faisait l’abandon, de cette vie, il tenait à ce qu’elle n’ignorât pas qu’il l’avait fait à bon escient.
Il était si petit, elle était depuis si longtemps habituée à le considérer comme un enfant que cette idée pouvait lui venir de croire qu’il avait agi sans discernement et que s’il avait su à quoi il s’exposait, il se serait certainement abstenu. Cette idée que sa mort pouvait passer pour le fait d’une inconséquence lui était insupportable.
Elle, en entendant parler de pendaison et de torture, n’avait pu réprimer un long frisson. Dame! qu’on se mette à sa place! Elle était à l’aube de la vie. Elle ne connaissait rien. En dehors de sa maison, qui était son domaine à elle, elle ignorait le reste de l’univers.
En dehors de son père, du Chico et de ses serviteurs qui étaient ses seuls amis, elle ne connaissait personne. Mais le peu qu’elle savait de la vie n’était pas si dédaignable et, à tout prendre, son père, notable bourgeois, avait su mettre de côté de quoi lui assurer sa vie durant une aisance large qui à l’époque pouvait passer pour de l’opulence. Quitter tout cela pour un homme qu’elle connaissait depuis quelques jours était bien fait pour donner à réfléchir.
Mais tout se tient et s’enchaîne et tout n’est qu’entraînement. Peut-être, sans le savoir, avait-elle, comme le Chico, une âme vaillante? Peut-être le romanesque relevé par un danger mortel avait-il un attrait particulier pour elle?
Peut-être aussi l’aventure périlleuse à tenter se présentait-elle à une heure où elle était dans l’état d’esprit qu’il fallait pour la lui faire accepter? Nous pencherions plutôt pour cette raison.