Le Dico des dictionnaires
- Автор: Pruvost Jean
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions JC Lattès
- ISBN: 978-2709635684
- Жанр: Другие документальные фильмы
Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
Cette toute petite fille que Pierre Larousse appelle son « bébé », son « Antonine », lui-même se désignant comme le « papa » n’est autre, comme on l’a déjà évoqué, que la petite-nièce de Pauline Caubel, Marie-Antoinette Jury, dite Antonine. Cette ravissante fillette — on bénéficie aussi de photographies — entrera dans la vie du couple en 1863, pour ainsi dire en même temps que naissent les premiers fascicules du Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle.
Quelques faits laissent rêveur. Le père officiel d’Antonine est facteur ; au moment du mariage d’Antonine, il ne viendra pas. Antonine a une sœur, Laurence Jury, les Larousse n’iront pas à son mariage. Antonine appellera constamment Pierre Larousse Papa. Antonine attendait impatiemment ses seize ans pour se faire adopter par Pierre Larousse. Elle se présentera toujours comme sa fille, et elle portera son nom. Quant à Pierre Larousse, il ne l’appelle que « mon bébé », « mon cher petit ange », et sa présence est assurée dans le Grand Dictionnaire universel. Comme Littré le fera pour sa fille Sophie, Pierre Larousse citera fréquemment Antonine, dès que cela lui est possible.
Par exemple, dans l’article consacré au chat, le lexicographe bourguignon s’épanche sans hésiter en fin d’article : « Ici, notre fantaisie va consister à donner la parole à Mlle Cosette, gracieuse petite chatte dont notre ami Alfred Deberle a fait dernièrement cadeau à notre bébé », entendons Antonine, « portant au cou, à titre d’introduction et attachée à un ruban rose, la missive suivante… » Et la parole est donnée à la petite chatte, Cosette.
Si pour tous, Antonine est la fille « adoptée » de Pierre Larousse, quelques-uns ont pensé qu’elle pourrait bien être sa fille. Même si c’est sans doute faux, avouons, en fonction des précisions qui suivent, que le symbole de la Semeuse serait encore plus fort, si filiation il y avait. Il se trouve en effet que l’un des neveux d’Augustin Boyer, Georges Moreau, à qui on devra maintes illustrations du Petit Larousse retrouvées sous la forme de schémas dans ses petits carnets, associé à la Maison Larousse dès ses études d’ingénieur terminées, va épouser la belle Antonine. Il prendra une photographie d’Antonine en train de souffler sur une rose…
La suite se devine presque : George Moreau et la famille dans son ensemble souhaitaient rénover le logo de la maison qui correspondait à un pissenlit dont les graines, les akènes, s’envolaient, avec la célèbre formule, « Je sème à tout vent ». S’inspirant alors de la photographie prise, il fit un croquis de la jeune femme soufflant sur un pissenlit qu’il confia à Eugène Grasset, peintre, graveur et décorateur, tenant du « modern style ». On connaît la suite : naquit alors la célèbre Semeuse soufflant sur le pissenlit. Et, à mieux y réfléchir, la devise ne changeant pas, dans la mesure où il est impossible de souffler sur les akènes et de parler en même temps, le slogan « Je sème à tout vent » porte encore la trace de la personnalisation qui avait précédé : c’était le pissenlit, symbole du savoir généreux, qui s’exprimait.
Antonine, fille adoptive de Pierre Larousse, tout premier modèle pour la Semeuse qui a fait le tour du monde : quelle belle allégorie ! Sans oublier qu’il a parfois été souligné combien « La Semeuse » présentant son « Petit » Larousse offrait indirectement l’image d’une heureuse maternité.
Archaïsme
Archaïsme : 1. Façon de parler ancienne inusitée aujourd’hui. Pieça pour dire depuis longtemps…