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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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Pas d’exotisme… La langue, celle de tout le monde. Le Dictionnaire de l’usage, « simplement et suprêmement », précisait Maurice Druon en 1986. En définitive, pour qui souhaite des citations fleuries et des faits encyclopédiques, c’est nécessairement la déception. Et au XVIIe siècle, le public lettré fut déçu, il souhaitait des citations, des anecdotes, et l’Académie offrait des définitions, logiques, précises, très travaillées, qui passèrent presque inaperçues, des exemples forgés par les Académiciens eux-mêmes, à l’époque, ne l’oublions pas, ces Académiciens avaient pour noms Corneille, Racine, Boileau, La Fontaine, Bossuet… N’est-ce pas émouvant d’imaginer que tel ou tel exemple a été proposé par l’un d’entre eux ? Mais ils n’ont pas signé… le « moi haïssable » l’emporta : les Académiciens avaient, après avoir hésité, décidé de ne pas se citer.

Quel était alors l’objectif de l’Académie : « Elle a donné la Définition de tous les mots communs de la Langue dont les Idées sont fort simples ; et cela est beaucoup plus mal-aisé que de definir les mots des Arts et des Sciences dont les Idées sont fort composées. » Les mots simples seraient-ils plus compliqués que les mots difficiles ? La réponse est limpide :

« Il est bien plus aisé, par exemple, de definir le mot de Telescope, qui est une Lunette à voir de loin, que de definir le mot de voir. » Ami et amour sont indéniablement plus difficiles à définir que abat-vent et aborigène.

Pour qui lit la première préface du Dictionnaire de l’Académie paru dans la dernière décennie du Grand Siècle, en 1694, longue préface de plus de dix pages drues à propos des problèmes posés par la description de la langue française, le sourire condescendant n’est plus de mise. Ce sera la même chose dans la préface de l’édition de 1835 ou encore de 1878. Et de la dernière, la neuvième.

Mais qui lit avec attention les définitions des mots de l’usage courant ? Pourtant, en 1694, après avoir précisé que le mot télescope est plus facile à définir que le verbe voir, le paradoxe est soulevé : « L’on esprouve mesme en definissant ces termes des Arts et des Sciences, que la Definition est toujours plus claire que la chose definie ; au lieu qu’en definissant les termes communs, la chose definie est toujours plus claire que la Definition. »

C’est très simple : si votre métier vous oblige à suivre de près l’histoire de la langue française, à consulter les dictionnaires et leur préface, à lire les réflexions ayant porté sur la langue française, alors il ne vous viendra pas à l’idée de sourire de l’Académie. Au reste, tous les linguistes, historiens de la langue française, prennent le Dictionnaire de l’Académie française à travers ses neuf éditions successives comme un précieux témoin de la réflexion linguistique. C’est un Dictionnaire amy !

Andouille

Voir Postface

Antonine, La Semeuse…

Semeur, semeuse : Personne qui sème, qui sait semer. […] Un semeur doit être un homme intelligent. (Bosc.) […] Fig. Personne qui sème, qui propage, qui divulgue. Une semeuse de discorde.

Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1865–1876.
Le Petit Chaperon rouge…

Il était une fois Antonine Jury, aussi jolie que Le Petit Chaperon rouge, une histoire délicieuse et cruelle que tout le monde connaît. Mais Pierre Larousse aime tant le personnage légendaire du Petit Chaperon que dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, il offre sans hésiter à son lecteur la totalité du conte de Perrault, à la faveur d’un article qui lui est entièrement dévolu.

Souvenez-vous : « Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu’on eût pu voir, sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. » Sans oublier tous les grands méchants loups. « Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge qui lui seyait si bien, que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge. »

Pourquoi ce conte a-t-il la faveur de Pierre Larousse au point d’être offert in extenso ? Parce que Pierre Larousse y associe un souvenir très personnel datant de son enfance passée joyeusement dans l’auberge bourguignonne de sa maman. Il s’en explique : « J’avais cinq ans, déclare-t-il, et alors que monté sur une table, on me faisait clamer un soir Le Petit Chaperon rouge », ce qui semble démontrer que l’enfant était précoce…, « au moment où le loup dit : “C’est pour mieux te croquer mon enfant”, j’ajoutais tellement l’action à la parole, qu’il m’arriva de dégringoler… » Et le fils de la campagne de préciser : « Si au moins, il y avait eu des tapis ! mais c’était dans un pauvre village de la basse Bourgogne ! » Aucun doute, le petit Larousse — rouquin comme pour faire honneur à son patronyme — a acquis très tôt la bosse des lettres et des dictionnaires, et la mémoire précise de son enfance paysanne.

Comment se fait-il cependant que Pierre Larousse s’en souvienne si bien ? Parce que Le Petit Chaperon rouge, confie-t-il de manière émouvante, « est aussi un des contes favoris de mon petit bébé, de mon Antonine ». Mais qui est Antonine ? Il s’agit en fait de la petite-nièce de Mme Larousse qui vivait chez le couple et qu’il élevait comme sa propre fille. Au point d’ajouter : « Quand l’enfant arrive à la ritournelle finale, le papa, instruit par sa propre expérience, songe à sa bosse d’autrefois et avance machinalement la main… »

Le papa ? voilà qui surprend tout de même. C’est pourtant bel et bien écrit. Commence en vérité ici une enquête qui ne pourrait s’achever définitivement pour certains, à la manière moderne, qu’avec un test ADN…

« Mme Larousse » et sa petite-nièce

Tout commence en 1863, officiellement. Dans la réalité, certainement avant. Pierre Larousse avait en effet pour compagne, depuis plus de dix ans, Suzanne Pauline Caubel, rencontrée au moment où il s’était installé à Paris, en tant que maître de pension à l’Institution Jauffret, avec sur le feu un ouvrage qui allait connaître un franc succès, La Lexicologie des écoles primaires, publié en 1849. Pauline Caubel, constamment appelée Mme Larousse, ne sera en réalité une épouse légitime que trois ans avant la mort de Pierre Larousse. Il n’en reste pas moins que Pierre et Pauline formaient un couple uni et que Pierre Larousse rend hommage à sa compagne dès ses premiers pas dans l’édition. Il remercie en effet vivement Pauline Caubel de l’aide qu’elle lui a apportée dans l’élaboration de ce premier ouvrage qui avait pour objectif l’enseignement de la grammaire par les mots, de manière vivante, sans avoir pour finalité la préparation à l’apprentissage du latin.

Cette grammaire était en effet destinée à tous les enfants, ceux bénéficiant de la loi Guizot qui, en 1833, instaurait une école par commune et une École normale par département pour former les instituteurs. Une première interrogation s’impose : comment Pauline Caubel, femme de ménage et bien jolie Languedocienne — on dispose de photographies — issue d’un milieu plus que modeste et en rien lettrée, a-t-elle pu aider Pierre Larousse ? L’hypothèse qu’elle ait été en quelque sorte l’élève cobaye de la méthode mise en œuvre par Larousse est alors assez vraisemblable. Ce qui donnerait à ce premier ouvrage laroussien une valeur symbolique forte : l’instituteur Larousse, bénéficiaire du second concours d’École normale organisé dans l’Yonne, auteur d’un premier livre particulièrement démocratique, apprenant à travers ce dernier mots et grammaire à sa future épouse… « Tu as été véritablement ma collaboratrice, écrira Larousse à Pauline Caubel, je te dois ta part de collaboration et ce n’est que justice », est-il rappelé dans le Premier Supplément du Grand Dictionnaire universel à l’article Larousse. Une magnifique reconnaissance si Pauline fut comme on le pense l’élève privilégiée de maître Pierre. Voilà pour Pauline. Mais Antonine ?

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