Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
Débarrassé de son long manteau à grands revers par un domestique prévenant qui n'était autre qu'un ancien forçat, Batz prit place dans le fauteuil qu'on lui désignait et accepta le verre de bourgogne qu'on lui offrait; puis, quand le serviteur se fut retiré, il ouvrit la bouche, mais Le Noir le devança :
- Vous venez me parler du décret d'accusation que la Convention a pris aujourd'hui contre le Roi. Si vous voulez savoir ce que j'en pense, c'est une ineptie parfaitement illégale et totalement monstrueuse. Mais que voulez-vous attendre d'autre de ce genre d'assemblée?
- Je venais en effet vous en parler, mon cher Le Noir, mais accessoirement.
- Accessoirement ? Alors que le Roi va y jouer sa vie?
- Ça, je ne le sais que trop, et aussi que l'on paraît bien décidé à lui ôter toute chance de s'en sortir. Et c'est cela qui m'amène. Sauriez-vous me dire qui a fait enlever tout à l'heure de son domicile l'ambassadeur d'Espagne ?
L'ancien lieutenant de police leva un sourcil :
- Le chevalier d'Ocariz, enlevé ? Tiens donc !
- N'est-ce pas?... Il semble que ces gens soient devenus fous. Il y a là de quoi exaspérer le roi Charles, un des rares souverains européens qui n'aient pas encore déclaré la guerre...
- Ces gens ? Vous entendez les conventionnels ?
- Et qui d'autre?
- Mon cher ami, je ne sais pas encore ce qui s'est passé au juste, mais je peux vous assurer que cette horde d'énergumènes n'est pour rien dans l'aventure. Il n'y a pour cela aucune raison.
- Ah, vous trouvez? La banque Saint-Charles de Madrid a garanti à la banque Le Coulteux une somme de...
- ... deux millions destinés à acheter suffisamment de monde, sinon pour éviter la mise en accusation du Roi, du moins pour lui gagner quelques " consciences pures ". Seulement, en homme honnête, courageux mais pas très futé qu'il est, notre hidalgo a commencé par clamer à tous les échos qu'il s'opposerait à toute entreprise destinée à traiter le Roi autrement qu'en oint du Seigneur et donc sacro-saint...
- Il était dans son rôle. Le roi de France est tout de même le chef naturel de la famille des Bourbons, ceux d'Espagne n'étant que la branche cadette.
- Tout à fait d'accord, mais il aurait dû s'en tenir là et ne pas laisser entendre, urbi et orbi, de façon un peu trop transparente qu'il était prêt à récompenser les bonnes volontés. Ça donne à penser ce genre de propos.
- C'est possible. En ce cas le crime est signé, il me semble : deux ou trois de ces messieurs ont voulu s'adjuger la totalité de la somme. D'où l'enlèvement...
- Non. Il y a un détail que vous ignorez c'est qu'Ocariz est en excellents termes avec Chabot.
- Quoi? lâcha Batz abasourdi. C'est impossible !
- Pas quand il s'agit de femmes. Connaissez-vous les trois filles du colonel d'Estat?
- Il m'est arrivé de les rencontrer quand les dames de Sainte-Amaranthe tenaient encore salon au Palais-Royal. Elles sont de mours plutôt faciles. L'aînée, si je me souviens bien, a épousé un Suisse, le baron de Billens, reparti après le 10 août vers son Helvétie natale. La femme est restée. Elle serait aussi la maîtresse du banquier anglais Ker. C'est du moins l'évangile selon Tilly, que d'ailleurs je n'ai pas vu depuis longtemps.
- Il est à Bruxelles et pas du tout pressé d'en sortir mais revenons aux trois sours : la plus jeune est la maîtresse de votre vieil ennemi es finances l'abbé d'Espagnac, grand ami de Chabot, et la cadette celle de votre Ocariz...
- Ocariz trompe sa femme? Il en paraît pourtant fort épris.
- Eh bien, disons qu'il trompe tout son monde en même temps. Pour en finir avec l'histoire, les trois couples soupent assez souvent ensemble chez la baronne de Billens et Chabot est presque toujours de la partie. On lui trouve alors une compagne et ces petits divertissements l'aident à supporter la vie un peu chiche qui est la sienne. Non, mon ami, il faut chercher ailleurs les ravisseurs. Je vais d'ailleurs m'en occuper et je vous tiendrai informé, mais je ne vous cache pas que vous êtes arrivé ici à point nommé : j'allais vous envoyer chercher pour vous apprendre une nouvelle qui ne manquera pas de vous intéresser : votre ami Antraigues est à Paris.
- L'araignée de Mendrisio? fit Batz avec un mépris teinté d'amertume. Que vient-il faire ici ?
- Je ne le sais pas encore. Il se cache sous son habituel avatar de Marco Filiberti, négociant de Milan, mais je jurerais que cela a quelque chose à voir avec vous. Deux choses en effet peuvent le faire sortir de son refuge : la cupidité et la haine qu'il vous porte...
- ... et que je lui rends avec usure! Il y a huit ans, ce misérable a essayé de me faire passer pour un tricheur ; en outre il clabaudait sur ma famille, disant que ma noblesse était fausse, que je descendais de je ne sais quel Juif allemand. Il a même réussi par je ne sais quelle perfidie, à mettre dans son jeu le fameux Chérin, le généalogiste de la Cour...
- Oh, j'ai su tout cela et je n'ai pas oublié que le Roi, en personne, a ordonné la création d'une commission où ont pris place les plus grands spécialistes, comme Dom Clément et Dom Poirier, les fameux Bénédictins de Saint-Maur, plusieurs membres de l'Académie française... et aussi M. Chérin, et que tous ont rendu à l'ancienneté de votre noble famille ce qui lui était dû. Là-dessus, vous avez mis quelques pouces de fer dans les côtes de M. d'Antraigues et le Roi, qui décidément vous aime bien, vous a envoyé à Madrid... en mission secrète.
- Ce sont de ces choses que l'on n'oublie pas... Comment ne serais-je pas dévoué corps et âme à celui qui a pris soin de mon honneur de si éclatante façon? Je suis au Roi, mon ami... et je ne veux pas qu'on me le tue ! ajouta-t-il dans une soudaine explosion de colère. Quant à Antraigues...
- Il n'a certes pas les mêmes raisons que vous de l'aimer. Louis XVI lui a fait savoir qu'il n'était pas désirable à la Cour et la Reine l'a autant dire fichu à la porte. Aussi est-il tout dévoué aux princes.
- Alors que vient-il faire ici?
Le Noir ne répondit pas tout de suite. Il avait quitté son grand fauteuil à l'ancienne, tendu de cuir par de gros clous de bronze, et arpentait lentement la natte indienne qui servait de tapis dans son bureau. Il se mit alors à réfléchir tout haut :
- Il a gardé - tout comme Monsieur - de nombreuses accointances parmi les hommes en place. Dans sa tanière du bout du monde, il apprend bien des événements et quelque chose me dit qu'il vient à la curée. Il sait déjà, soyez-en sûr, que la Convention s'apprête à juger le Roi.
- Elle n'en a pas le droit. Qu'elle ait voté le décret ordonnant le jugement est une chose, mais le Roi ne peut être traduit que devant les Parlements ou alors l'Appel au peuple !
- Elle se moque de tout ça. Soyez-en sûr, elle va s'arroger ce droit-là. Comme elle s'arroge tous les autres. Reste à savoir si elle aura l'audace de l'envoyer à la mort. Je suis certain qu'Antraigues est là pour l'y aider et si je pense que sa présence a quelque chose à voir avec vous, c'est parce qu'il sait que vous ferez l'impossible pour sauver votre maître... et qu'il compte faire d'une pierre deux coups. Ainsi, mon ami, gardez-vous bien! fit en conclusion l'ancien lieutenant de police en posant une main sur l'épaule de son visiteur.
- Je n'y manquerai pas, sourit celui-ci. Mais... que faisons-nous pour Ocariz?
- Vous, rien. Vous avez d'autres chats à fouetter. Quant à moi, je vais simplement faire prévenir Chabot de l'événement. Ou je me trompe fort, ou il va faire un bruit de tous les diables parce que lui aussi les deux millions l'intéressent. Les ravisseurs, qui pourraient bien être des hommes d'Antraigues, prendront peur et je jurerais qu'on lui rendra son ami en bon état.