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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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Marinot alla jusqu'à la porte pour considérer l'endroit pendant que Lepitre ajoutait plus bas :

- T'aurais aucun mal à les surveiller... Cependant, Cléry, sa femme et Laura avaient suivi ce dialogue avec inquiétude. Le mari se reprit le premier et objecta :

- Mais, citoyen, ce sont des petits logements et nous avons des enfants, il y a ma belle-sour et la campagne c'est toujours meilleur que la ville...

- Eh bien, tes enfants et ta belle-sour resteront à Juvisy. Tu devrais être content de mon arrangement. Tu pourras au moins apercevoir ta femme tous les jours par-dessus le mur.

Mme Cléry allait, à son tour, émettre un avis peu enthousiaste quand elle sentit soudain des doigts durs serrant sa main pour l'inviter au silence. Alors, avec le haussement d'épaules de quelqu'un qui prend son parti, elle dit à son époux :

- Tout compte fait, ce serait une bonne idée, Jean-Baptiste. Je me tourmente tellement pour ta santé! Tu as les bronches faibles et nous allons vers l'hiver. Je pourrais au moins t'envoyer des remèdes à temps... Je te remercie, citoyen Lepitre ! Tu es un homme bon. Mais à présent, il faudrait que nous partions ! Il n'y a plus de coche, à cette heure, le chemin est long jusqu'à Juvisy... et nous sommes chargées, ajouta-t-elle en montrant ses sacs à nouveau pleins.

Mais, décidément, l'obligeant Lepitre avait réponse à tout :

- Inutile de les emporter là-bas si tu reviens dans quelques jours. Tu feras tes lessives ici... à condition de ne pas oublier tes bassines, ajouta-t-il avec un gros rire. A part ça, t'auras pas grand-chose à apporter : c'est encore meublé...

- Comment ça se fait que tu sais tout ça? demanda soudain Marinot dont la méfiance était toujours prête à s'éveiller.

- C'est pas compliqué : j'ai été chargé de faire le relevé des habitations vides dans l'enclos. La Commune souhaite y loger des gens à elle.

- Ah bon!... Eh bien, à un de ces jours, citoyenne ! fit-il en se tournant vers Laura. On va devenir voisins. Ça pourrait être agréable.

La jeune femme se sentit frémir bien que l'oillade assassine dont l'affreux personnage agrémenta son discours manquât la faire éclater de rire... Un instant plus tard, elle et Louise Cléry quittaient le Temple, mais ce fut seulement quand elles eurent parcouru toute la longueur d'une rue que l'ancienne harpiste osa faire part à sa compagne du serrement de main étrange de Lepitre :

- Je ne sais que penser, avoua-t-elle. Cela devrait vouloir dire que cet homme est des nôtres mais, d'autre part, cela peut aussi bien être un piège...

- De toute façon, décida Laura, il faut que je rentre à Charonne. Le baron doit être mis au courant et lui saura bien si nous pouvons faire confiance à cet homme ou si nous devons nous méfier...

Après s'être assurées qu'elles n'étaient pas suivies, les deux femmes se séparèrent et prirent chacune une voiture de place, en ayant bien soin de ne pas la prendre au même endroit. Une heure plus tard, Laura était de retour à Charonne.

En apprenant ce qui s'était passé au Temple, Batz explosa de joie :

- La rotonde ! Vous vous rendez compte de ce que cela représente ! Nous allons pouvoir surveiller la Tour jour et nuit ! Ou ce Lepitre est un envoyé du ciel ou c'est un fou... ou c'est l'un des nôtres.

- Ou il nous tend un piège? fit Laura doucement, ce qui lui valut de recevoir en pleine figure le regard étincelant de Batz.

- Soyez sûre que je le saurai très vite ! En attendant, demain matin Devaux vous conduira à Juvisy d'où vous ne bougerez plus jusqu'au jour du déménagement. Marie va vous aider à préparer ce qu'il vous faut. Vous êtes contente, j'imagine? Vous allez vivre auprès de la petite princesse que vous aimez.

- Je le serais davantage si je pouvais être dans le donjon car je vais seulement être témoin de quelques-unes des souffrances qu'on lui inflige, sans pouvoir y porter remède.

Elle n'ajouta pas qu'au moment de quitter cette maison qui était le centre des activités de Batz, et peut-être pour longtemps, elle découvrait qu'elle en éprouvait un peu de peine. Pour tout l'or du monde elle ne l'aurait avoué à Batz. Lui, tout à sa joie, ne devina rien. Dans l'un de ces gestes chaleureux et enthousiastes que lui dictait parfois son tempérament gascon, il saisit la jeune femme aux épaules et la regarda un instant avec un grand sourire :

- Cela, c'est mon affaire et vous m'y aiderez !

- Dans ce rôle de guetteur passif ?

- Oh, vous serez plus active que vous ne l'imaginez ! Vous allez avoir une vie passionnante, ma chère, et nous nous reverrons plus souvent que vous ne le croyez... sous un aspect ou sous un autre, et Pitou va être chargé de veiller sur vous. Il en sera enchanté.

- Veiller sur moi ? Pourquoi ? Je suis un simple pion sur votre échiquier.

- Vous savez jouer aux échecs ?

- Bien sûr.

- Alors vous savez aussi qu'un simple pion peut causer la perte d'un roi. Et moi, il se trouve que je tiens à vous.

D'un mouvement un peu brusque, ses mains la rapprochèrent de lui et il posa sur sa joue un baiser léger, fraternel et délicat, le baiser que l'on donne à une fleur, mais il la fit cependant frissonner. Elle eut l'envie soudaine de mettre ses bras autour de son cou et de se laisser aller contre lui ; déjà il était ses mains et elle noua les siennes derrière son dos : une position parfaite pour les empêcher de trembler. Au fond, ce serait une excellente chose qu'elle cesse de vivre auprès de lui.

Cinq jours plus tard, une charrette attelée d'un vigoureux cheval amenait à la rotonde du Temple Mme Cléry, sa soi-disant nièce, quelques objets utiles et sa harpe dont elle ne se séparait jamais. La journée se passa à l'installation des trois petites pièces dont l'une servirait de cuisine et de cabinet de toilette. Comme elles n'étaient plus occupées depuis des mois, il y avait beaucoup de poussière et de nettoyage à faire. Aussi, bien qu'il ne fît pas très chaud, laissa-t-on ouvertes les deux fenêtres d'où l'on pouvait voir le " jardin " de la Tour. Et puis, quand on eut mis des draps aux petits lits étroits et tandis que leur souper achevait de cuire, Louise Cléry prit sa harpe et laissa ses doigts courir le long des cordes sensibles...

Il était neuf heures. Dans la chambre de la Reine, la famille venait de se mettre à table sous l'oil des municipaux chargés de la surveiller. Madame Elisabeth disait le Bénédicité comme elle en avait l'habitude quand l'écho d'une harpe se fit entendre. Elle jouait le thème de la cantate Cassandra de Jean-Chrétien Bach et la Reine se figea, écoutant de toute son âme, les yeux fixés sur son assiette de potage. Elle reconnaissait ce toucher si sensible : Cassandra était la dernière ouvre que Mme Cléry avait interprétée devant elle. Ce ne fut qu'un instant très fugitif : elle connaissait trop la surveillance tatillonne, offensante dont elle et les siens étaient victimes. Un municipal, d'ailleurs, grogna :

- On soupe en musique maintenant ? Tu vas te croire encore à Trianon, Antoinette?... Mais moi j'aime pas la musique !

Et d'un geste brutal il referma la fenêtre occultée par son volet de bois, que Cléry avait, tout à l'heure, laissée intentionnellement ouverte. Mais un peu d'apaisement était entré dans le cour de la Reine captive : elle savait à présent qu'une amie était près d'elle et, quand on sortit de table, elle échangea avec sa belle-sour un regard souriant...

CHAPITRE XI

M. LE NOIR

La bise soufflait fort sous les galeries du Palais-Royal, chassant les prostituées qui préféraient chercher refuge dans les cafés. Le mois de décembre 1792 s'annonçait glacial. Comme les autres, Corazza débordait. Assis à sa table habituelle en compagnie de Gouverneur Morris, l'ambassadeur américain revenu passer l'hiver dans sa maison des Champs-Elysées, et du banquier Benoist d'Angers, Batz buvait du chocolat bouillant en échangeant avec ses amis des propos de plus en plus anodins à mesure qu'augmentait leur anxiété : ils attendaient le chevalier d'Ocariz, l'ambassadeur espagnol, et celui-ci avait déjà une demi-heure de retard, chose impensable pour un homme qui était la ponctualité en personne. On parlait théâtre, musique, n'importe quoi : si l'on n'avait pas attendu Ocariz, on serait allé causer ailleurs car au lieu des habituels braillards occupés à refaire le monde à coups d'idées délirantes, la table voisine était occupée par un paisible quatuor de joueurs de piquet formant une zone de silence qui pouvait être dangereuse.

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