Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
- Il est tout petit ce jardin et les murs sont hauts. Si ces gens nous veulent du mal, nous allons être pris ici comme dans une souricière...
- J'espère que cela vous guérira de la manie d'entrer chez les gens sans leur permission.
En un instant ils furent au fond du jardin. Batz tira une échelle soigneusement cachée par un massif de troènes et la dressa le long du mur dont le sommet était couvert de lierre.
- Voyons ce que vous savez faire là-dessus ! Sans mot dire, elle empoigna les montants et gagna le sommet du mur avec une certaine aisance qui lui valut un sourire amusé :
- Bravo ! On dirait que vous avez fait ça toute votre vie !
Il eut tout juste le temps de retirer l'échelle au prix d'un bel effort musculaire, de la basculer de l'autre côté et de s'aplatir dans le lierre tandis que Michelle commençait à descendre dans une sorte de boyau qui limitait jadis le potager du couvent des Filles-Saint-Thomas, alors déserté et abandonné [xv]. Un craquement lui apprit que sa porte, solide cependant, venait de céder. Il aperçut une lumière errant dans le salon et s'aplatit plus que jamais dans l'espoir de voir ceux qui violaient son domicile et d'en reconnaître au moins un. Les trois hommes portaient des masques ; de plus, il entendit Michelle claquer des dents dans la ruelle et sehâta de la rejoindre. Elle était littéralement transie de peur et s'accrocha aussitôt à lui :
- Ce sont des... voleurs... ou des assassins?
- Pour le savoir il faudrait y retourner, chuchota-t-il goguenard. Filons d'ici !
Ils se retrouvèrent dans la rue Richelieu, récemment rebaptisée rue de la Loi, où un réverbère apportait sa lumière rassurante. Batz reprit sa canne des doigts tremblants de la jeune fille :
- Dites-moi à présent où habite votre amie Fanny. Je vous ramène chez elle.
- C'est tout près d'ici : rue Feydeau.
- A merveille! Mais j'imagine qu'il va falloir réveiller toute la maison ?
- Non. Je rentre toujours très tôt et Fanny laisse un volet et une fenêtre entrouverts.
- Et ses parents trouvent ça normal ? demanda Batz chemin faisant.
- Son père est mort. Il était avocat et franc-maçon comme mon père. Il l'a aidé, au moment du procès du Collier à défendre le comte de Cagliostro-II ne s'entendait guère avec sa femme qui est très pieuse... et très sourde ! Quant aux " officieux ", ils couchent sur l'arrière.
- Vous m'en direz tant!...
Il se garda bien de donner son avis sur l'emploi que faisaient les filles d'avocats de leur éducation en ces temps troublés. Ce devait être une sorte àe signe de ces mêmes temps ! Et il pensa que, s'il en avait eu le projet, tout cela ne donnait guère envie de se marier...
Arrivés à destination il constata que la jeune Fanny exécutait parfaitement sa part du contrat : volets et fenêtres qui semblaient parfaitement fermés s'ouvrirent sans peine. Michelle se hissa sur l'entablement de la fenêtre avec une aisance dénonçant une longue habitude. Il la retint au moment où elle allait entrer :
- Il est bien entendu que vous ne retournerez plus rue Ménars ?
- Et vous ?
- Dieu que vous êtes agaçante! Bien sûr j'y retournerai; demain, en plein jour et pour juger des dégâts mais, cela fait, il sera inutile d'aller m'y attendre car je ne suis pas près d'y revenir...
- Quand vous verrai-je alors ?
- Lorsque j'irai rendre visite à vos parents et vous vous comporterez comme une bonne petite fille bien sage...
- Je ne suis plus une petite fille ! protesta-t-elle.
- Eh bien, faites comme si vous l'étiez encore ! Et rentrez! Une patrouille approche! Ces gens-là grâce à Dieu ont le pas lourd et des souliers ferrés, mais je n'ai aucune envie de répondre à leurs questions. Je suis votre serviteur, mademoiselle Thilo-rier!
Et il s'enfuit en courant, tournant le coin de la rue Feydeau et de la rue Montmartre au moment précis où la patrouille de nuit apparaissait à l'autre bout. Il ne s'arrêta de courir qu'une fois arrivé sous les arbres du boulevard qui perdaient leurs dernières feuilles et, là, s'assit sur un banc pour réfléchir et se reposer un peu. Il se sentait fatigué et ne savait plus où aller finir la nuit. A cette heure, il n'y avait plus de fiacres et les diverses demeures qu'ils s'était ménagées dans Paris - rue des Deux Ponts, rue Saint-Jacques, rue de la Pelleterie chez Ange Pitou, rue des Lions-Saint-Paul où gîtait le citoyen Agricol -, tout cela était trop loin.
Où aller ? A présent qu'il était immobile, il sentit le froid tomber sur ses épaules, un froid humide et pénétrant auquel Batz, né dans un pays de soleil, s'avouait sensible. C'était l'une de ses faiblesses. Il se leva fit, quelques pas pour se réchauffer en tournant en rond. Autour de lui, le boulevard avec ses cinq rangées d'arbres et ses rares bâtiments était vide, désert... une autre planète! Il ne pouvait pas rester là. Non par crainte d'une patrouille ou des malandrins qui, la nuit, descendaient des faubourgs pour chercher pâture dans la grande ville. Il avait sur lui de quoi se défendre; c'étaient plutôt les forces qui risquaient de lui manquer. Il lui fallait à tout prix dormir ! Deux ou trois heures suffiraient, mais il fallait que ce soit à l'abri du froid.
Il caressa l'idée de rentrer rue Ménars. Sachant qu'il leur avait échappé, ceux qui avaient envahi sa maison étaient peut-être partis; il était possible aussi qu'on l'y attende et que la charmante demeure où toutes choses portaient l'empreinte de Marie soit devenue un piège...
Marie ! Son image s'imposa à lui soudain, douce, rassurante. L'amour qu'elle lui donnait sans compter était pour lui comme un manteau protecteur dans lequel il se sentait bien. Elle lui était infiniment chère et elle l'attendait peut-être encore dans la maison de Charonne... au bout de la terre ! Il l'imagina dans le joli salon ovale qu'elle parait toujours de fleurs ou de feuillages, pelotonnée au coin du feu dans la bergère de satin aurore qu'elle affectionnait, guettant les bruits de l'extérieur tout en répondant avec grâce aux propos de Devaux ou de l'ambassadeur américain qui lui vouait une véritable admiration... aussi éloigné de lui que si l'Atlantique les séparait!
Chose étrange, ce fut l'évocation de l'homme à la jambe de bois qui lui apporta le moyen de sortir du marasme où il se trouvait. L'hôtel White bien sûr! La confortable, voire luxueuse auberge du passage des (ci-devant!) Petits-Pères, qui servait de relais, de club aux Américains de Paris, et aussi aux Anglais. Tous ceux qui débarquaient à Paris arrivaient droit dans cette demeure où ils retrouvaient un peu l'atmosphère du pays et où Jonathan White savait accueillir chacun comme il convenait. Batz y était allé souvent déjeuner avec Morris, Blackden ou un autre de ses amis d'outre-océan et, s'il n'y avait jamais couché, il était certain que, même si l'hôtel était plein, l'aimable hôtelier lui trouverait un coin pour dormir! En outre, ce n'était vraiment pas loin! Juste derrière la place des Victoires ! Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt?
Il ne lui fallut que peu de minutes pour atteindre l'oasis espérée et il poussa un soupir de soulagement en voyant qu'en dépit de l'heure tardive les salles du rez-de-chaussée étaient encore éclairées. Il y avait du monde autour des tables où l'on discutait ferme. Face à la masse noire, quasi sépulcrale, du couvent des Augustins vidé et de leur grande église pillée et désertée [xvi], l'hôtel White lui fit l'effet d'une lanterne allumée au cour de la nuit...
Insensible au bruit qui régnait dans sa maison, White, assis à un petit bureau dans le grand vestibule, faisait ses comptes. Il se leva aussitôt pour accueillir l'arrivant, sans d'ailleurs montrer la moindre surprise de sa venue.
- Monsieur le baron, c'est un plaisir de vous recevoir, dit-il courtoisement, employant les anciennes formules de politesse pour bien montrer que les décrets révolutionnaires n'avaient pas cours chez lui. Mais si vous venez souper, je crains qu'il ne soit trop tard. Les fourneaux sont éteints...
xv
C'est en 1808 que Brongniart construisit la Bourse sur l'emplacement du couvent.
xvi
Aujourd'hui église Notre-Dame-des-Victoires.