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Dictionnaire amoureux de San-Antonio

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:

Assimilée à une « littérature de gare », l'œuvre de Frédéric Dard, dit San-Antonio a tardé à être reconnue comme majeure. Mais l'engouement du public pour ces aventures était tel qu'elles suscitèrent bientôt la curiosité des critiques et des intellectuels, comprenant enfin que ces romans cachaient aussi une vision réjouissante et féroce de la société.
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
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Mais la fin de « quelque chose » approche. Symbolisée par une dernière au théâtre en 1978, avec Le Cauchemar de Bella Manningham, mise en scène par Robert Hossein. En 1979, l’auteur Frédéric Dard disparaît pour toujours derrière l’écrivain San-Antonio, à l’occasion de Y a-t-il un Français dans la salle ?

C’est la fin d’une époque littéraire, prélude à un cauchemar personnel. Frédéric l’a pressenti et commence la rédaction anticipée de l’enlèvement de leur fille, qui interviendra au lendemain du printemps 1983. Un jour de mars tellement horrible, un jour de mars où soufflait l’épouvante dans ma pauvre âme exilée. Frédéric Dard meurt une première fois ce jour-là. San-Antonio lui survit.

* * *

— Frédéric, qu’est devenu l’écrivain Frédéric Dard ?

— Des années d’écriture m’ont appris que mon métier ce n’est pas d’être écrivain, mais d’être San-Antonio.

Cinquième période. De Frédéric Dard, dit San-Antonio, à Napoléon Pommier (1979 à 2000) : LE NON-RETOUR

L’écrivain Frédéric Dard est bien mort… mais il bande encore, ne manquerait pas d’ajouter Béru, jamais à court d’une plaisanterie de salle de garde. Plus que tout, il est sorti d’une trop longue application à ressembler à ce qu’il jugeait bon qu’on crût qu’il était. Alors, San-Antonio a pris la relève, définitivement, plus inventif, plus paillard, plus excessif et plus libre que jamais. Ou presque ! Si je disais tout ce que je pense, je serais enfermé, confie-t-il un jour à sa première épouse, le jour du mariage de leur petite-fille Clémentine.

L’homme, lui, a survécu à son chagrin. Sa tribu le protège, et cela lui suffit. Dans sa bibliothèque, il meuble son besoin de solitude avec ses écrivains-copains, dans leurs belles reliures accompagnées de ces mots manuscrits qui ont scellé leur amitié. Il y a Hossein, Dumur, Garcin, Dutourd, Renaud, Hanin, Mgr Mamie et Bruckberger bien sûr, et les vieux qui lui endolorisent la mémoire, les Grancher, Dazergues, Charlaix, Jolinon, Clos-Jouve… Il fait si bien semblant de croire en Dieu que Dieu croit qu’il croit en Lui !

Tous les matins qu’Il fait, Frédéric ibéhème. Que voulez-vous, il ne sait rien faire d’autre[46].

Ah si ! Traire les vaches, conduire ses belles voitures, faire ripaille et… combler d’amour tout ce qui l’entoure !

ÉPILOGUE

D’aucuns ont remarqué que ce Dictionnaire amoureux est celui de San-Antonio et non de Frédéric Dard. Il n’en aurait pas été surpris, lui qui écrivait à sa fille, au moment où il entamait sa deuxième vie : Je suis mort, Zabeth, reste plus que San-Antonio, un magnifique San-Antonio qui émerge, qui croît, qui s’impose sans que je le veuille. Lui seul a vraiment quelque chose à dire.

Moi, vous me connaissez ?

J’ai l’air comme ça…

Mais faut pas croire.

San-Antonio.

Certains, en découvrant le sujet de ce Dictionnaire amoureux, se sont demandé, à juste titre, qui était ce San-Antonio. Rares sont ceux, nous l’espérons, à avoir pensé qu’il s’agissait d’une ville du Texas, celle dont la notoriété, de ce côté de l’Atlantique, tient à son équipe de basket et à leur joueur vedette, Tony Parker. San-Antonio, avec son tiret, les lecteurs l’ont compris, est en fait un triple personnage, à la fois un héros de romans policiers, le narrateur des aventures de ce héros (on lit un San-Antonio) et un écrivain français aux multiples facettes, ayant débuté sa vie et sa carrière sous le nom de Frédéric Dard. On voit qu’il est aisé de s’y perdre, d’autant plus que leur géniteur commun, Frédéric Dard en l’occurrence, n’a rien fait pour clarifier cette bizarrerie tricéphale. Au contraire !

Cette entrée de dictionnaire au titre énigmatique, Moi, vous me connaissez ?, est l’occasion de décrire San-Antonio, le commissaire et personnage principal de 183 romans. 181 — en réalité. À deux reprises, en effet, dans Si « Queue-d’âne » m’était conté et Les cochons sont lâchés, il est absent de l’action et juste évoqué.

San-Antonio, qu’on découvre petit à petit sous une trentaine de surnoms, qu’il s’attribue lui-même ou que lui donnent ses coéquipiers, se présente brièvement dans Réglez-lui son compte !, le début de ses aventures. Portrait flatteur s’il en est, mais comment en serait-il autrement ? C’est un beau gaillard, d’un mètre soixante-douze pour quatre-vingt-dix kilos, à la chevelure brune, au tempérament bagarreur. Gouailleur, âpre, rusé, amer, tendre et violent, a ajouté l’éditeur. Il se juge lui-même peu porté sur le bla bla bla psychologique, mais très porté sur le beau sexe. Je connais à fond la question, nous prévient-il dès la page 3, précisant que, services secrets obligent, ses goûts l’entraînent plus vers les petites poupées bien tournées qu’au lit des midinettes qui nous font tomber en pâmoison avec des histoires de clair de lune.

Même si l’on réalise vite que ce n’est pas la modestie qui l’étouffe, on est d’emblée porté à le croire, puisque, aux lecteurs destinés à devenir des fidèles, San-A. délivre vite sa profession de foi : Les yeux dans les yeux avec mon lecteur. Entre lui et moi, c’est une question de confiance. La vérité pleine et entière. Il sait que je ne lui filerais pas un morceau de bout de détail qui ne soit rigoureusement exact, contrôlable. Quant à son immodestie, nous nous accordons à l’interpréter, paradoxalement, comme un excès de pudeur.

Bref, ce pacte de transparence étant passé, San-Antonio ne cesse de nous compléter son portrait au fil de ses aventures. Fréquemment, à la suite de la question suivante, Moi, vous me connaissez ?, assortie chaque fois d’un élément de sa personnalité, il nous rappelle ce que nous savons déjà de lui ou ce que nous en avons imaginé. Cette question, Moi, vous me connaissez ?, revient si souvent à longueur d’épisodes qu’elle aurait pu servir d’épitaphe sur la tombe de Frédéric Dard, dit San-Antonio. Pour preuve, elle est le titre du 76e roman de la série et phrase d’introduction des dix-neuf chapitres de La Rate au court-bouillon  ! Une obsession, non ? Veut-il vérifier qu’il s’est bien fait comprendre ou insister sur un de ses traits de caractère qui nous aurait échappé ? En réalité, cette question, n’attendant pas de réponse, est un jeu renforçant toujours un peu plus notre complicité avec lui. Si nous avons besoin de lui, il a tout autant besoin de nous, de ce miroir déformant et déformé. Même s’il a parfois peur de s’y reconnaître !

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46

En écrivant cela, je repense à une phrase de Frédéric : Paris sera toujours Paris. Qu’est-ce que tu veux qu’il fasse d’autre ?

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