Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«- Sire, répondit le capitaine, je puis assurer Votre Majesté comme d’une chose que je sais par moi-même. J’étais convenu de son embarquement avec un jardinier extrêmement âgé, qui me dit que je le trouverais à son jardin, dont il m’enseigna l’endroit, où il travaillait sous lui; c’est ce qui m’a obligé de dire à Votre Majesté qu’il était pauvre; j’ai été le chercher et l’avertir moi-même dans ce jardin de venir s’embarquer, et je lui ai parlé.
«- Si cela est ainsi, reprit la princesse Badoure, il faut que vous remettiez à la voile dès aujourd’hui, que vous retourniez à la ville des idolâtres, et que vous m’ameniez ici ce garçon jardinier, qui est mon débiteur, sinon je vous déclare que je confisquerai, non-seulement les marchandises qui vous appartiennent et celles des marchands qui sont venus sur votre bord, mais même que votre vie et celle des marchands m’en répondront. Dès à présent on va, par mon ordre, apposer le sceau aux magasins où elles sont, qui ne sera levé que quand vous m’aurez livré l’homme que je vous demande: c’est ce que j’avais à vous dire; allez, et faites ce que je vous commande.»
Le capitaine n’eut rien à répliquer à ce commandement, dont l’exécution devait être d’un très-grand dommage à ses affaires et à celles des marchands. Il le leur signifia, et ils ne s’empressèrent pas moins que lui à faire embarquer incessamment les provisions de vivres et d’eau dont il avait besoin pour le voyage. Cela s’exécuta avec tant de diligence qu’il mît à la voile le même jour.
Le vaisseau eut une navigation très-heureuse, et le capitaine prit si bien ses mesures, qu’il arriva de nuit devant la ville des idolâtres. Quand il s’en fut approché aussi près qu’il le jugea à propos, il ne fit pas jeter l’ancre; mais pendant que le vaisseau était en panne, il se débarqua dans sa chaloupe et alla descendre en terre, en un endroit un peu éloigné du port, d’où il se rendit au jardin de Camaralzaman avec six matelots des plus résolus.
Camaralzaman ne dormait pas alors; sa séparation d’avec la belle princesse de la Chine, sa femme, l’affligeait à son ordinaire, et il détestait le moment où il s’était laissé tenter par la curiosité, non pas de manier, mais même de toucher sa ceinture. Il passait ainsi les moments consacrés au repos, lorsqu’il entendit frapper à la porte du jardin. Il y alla promptement à demi habillé, et il n’eut pas plutôt ouvert que, sans lui dire mot, le capitaine et les matelots se saisirent de lui, le conduisirent à la chaloupe par force, et le menèrent au vaisseau, qui remit à la voile dès qu’il y fut embarqué.
Camaralzaman, qui avait gardé le silence jusqu’alors, de même que le capitaine et les matelots, demanda au capitaine qu’il avait reconnu, quel sujet il avait de l’enlever avec tant de violence. «N’êtes-vous pas débiteur du roi de l’île d’Ébène? lui demanda le capitaine à son tour. – Moi débiteur du roi de l’île d’Ébène! reprit Camaralzaman avec étonnement: je ne le connais pas, jamais je n’ai eu affaire avec lui, et jamais je n’ai mis le pied dans son royaume. – C’est ce que vous devez savoir mieux que moi, repartit le capitaine; vous lui parlerez vous-même; demeurez ici cependant, et prenez patience.»
Scheherazade fut obligée de mettre fin à son discours en cet endroit, pour donner lieu au sultan des Indes de se lever et de se rendre à ses foncions ordinaires. Elle le reprit la nuit suivante, et lui parla en ces termes:
CCIV NUIT.
Sire, le prince Camaralzaman fut enlevé de son jardin de la manière que je fis remarquer hier à Votre Majesté. Le vaisseau ne fut pas moins heureux à le porter à l’île d’Ébène qu’il l’avait été à l’aller prendre dans la ville des idolâtres. Quoiqu’il fût déjà nuit lorsqu’il mouilla dans le port, le capitaine ne laissa pas néanmoins de se débarquer d’abord et de mener le prince Camaralzaman au palais, où il demanda d’être présenté au roi.
La princesse Badoure, qui s’était déjà retirée dans le palais intérieur, ne fut pas plutôt avertie de son retour et de l’arrivée de Camaralzaman, qu’elle sortit pour lui parler. D’abord elle jeta les yeux sur le prince Camaralzaman, pour qui elle avait versé tant de larmes depuis leur séparation, et elle le reconnut sous son méchant habit. Quant au prince, qui tremblait devant un roi, comme il le croyait, à qui il avait à répondre d’une dette imaginaire, il n’eut pas seulement la pensée que ce pût être celle qu’il désirait si ardemment de retrouver. Si la princesse eût suivi son inclination, elle eût couru à lui et se fût fait connaître en l’embrassant: mais elle se retint, et elle crut qu’il était de l’intérêt de l’un et de l’autre de soutenir encore quelque temps le personnage de roi avant de se découvrir. Elle se contenta de le recommander à un officier qui était présent, et de le charger de prendre soin de lui et de le bien traiter jusqu’au lendemain.
Quand la princesse Badoure eut bien pourvu à ce qui regardait le prince Camaralzaman, elle se tourna du côté du capitaine pour reconnaître le service important qu’il lui avait rendu: elle chargea un autre officier d’aller sur-le-champ lever le sceau qui avait été apposé à ses marchandises et à celles de ses marchands, et le renvoya avec le présent d’un riche diamant, qui le récompensa beaucoup au-delà de la dépense du voyage qu’il venait de faire. Elle lui dit même qu’il n’avait qu’à garder les mille pièces d’or payées pour les pots d’olives, et qu’elle saurait bien s’en accommoder avec le marchand qu’il venait d’amener.
Elle rentra enfin dans l’appartement de la princesse de l’île d’Ébène, à qui elle fit part de sa joie, en la priant néanmoins de lui garder encore le secret, et en lui faisant confidence des mesures qu’elle jugeait à propos de prendre avant de se faire connaître au prince Camaralzaman et de le faire connaître lui-même pour ce qu’il était. «Il y a, ajouta-t-elle, une si grande distance d’un jardinier à un grand prince, tel qu’il est, qu’il y aurait du danger de le faire passer en un moment du dernier état du peuple à un si haut degré, quelque justice qu’il y ait de le faire.» Bien loin de lui manquer de fidélité, la princesse de l’île d’Ébène entra dans son dessein. Elle l’assura qu’elle y contribuerait elle-même avec un très-grand plaisir, et qu’elle n’avait qu’à l’avertir de ce qu’elle souhaiterait qu’elle fît.
Le lendemain, la princesse de la Chine, sous le nom, l’habit et l’autorité de roi de l’île d’Ébène, après avoir pris soin de faire mener le prince Camaralzaman au bain de grand matin, et de lui faire prendre un habit d’émir, ou gouverneur de province, le fit introduire dans le conseil, où il attira les yeux de tous les seigneurs qui étaient présents, par sa bonne mine, et par l’air majestueux de toute sa personne.
La princesse Badoure elle-même fut charmée de le revoir aussi aimable qu’elle l’avait vu tant de fois, et cela l’anima davantage à faire son éloge en plein conseil. Après qu’il eut pris place au rang des émirs par son ordre: «Seigneurs, dit-elle en s’adressant aux émirs, Camaralzaman, que je vous donne aujourd’hui pour collègue, n’est pas indigne de la place qu’il occupe parmi vous: je l’ai connu suffisamment dans mes voyages pour en répondre, et je puis assurer qu’il se fera connaître à vous-mêmes autant par sa valeur et mille autres qualités que par la grandeur de son génie.»