Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Le roi Armanos, accompagné d’une grande partie de sa cour, vint aussitôt au-devant de la princesse, et il la rencontra qu’elle venait de se débarquer, et qu’elle prenait le chemin du logement qu’on avait retenu. Il la reçut comme le fils d’un roi son ami, avec qui il avait toujours vécu de bonne intelligence, et la mena à son palais, où il la logea, elle et tous ses gens, sans avoir égard aux instances qu’elle lui fit de la laisser loger en son particulier. Il lui fit d’ailleurs tous les honneurs imaginables, et il la régala pendant trois jours avec une magnificence extraordinaire.
Quand les trois jours furent passés, comme le roi Armanos vit que la princesse, qu’il prenait toujours pour le prince Camaralzaman, parlait de se rembarquer et de continuer son voyage, et qu’il était charmé de voir un prince si bien fait, de si bon air, et qui avait infiniment d’esprit, il la prit en particulier. «Prince, lui dit-il, dans le grand âge où vous voyez que je suis, avec très-peu d’espérance de vivre encore longtemps, j’ai le chagrin de n’avoir pas un fils à qui je puisse laisser mon royaume. Le ciel m’a donné seulement une fille unique, d’une beauté qui ne peut pas être mieux assortie qu’avec un prince aussi bien fait, d’une aussi grande naissance, et aussi accompli que vous. Au lieu de songer à retourner chez vous, acceptez-la de ma main avec ma couronne, dont je me démets dès à présent en votre faveur, et demeurez avec nous. Il est temps désormais que je me repose après en avoir soutenu le poids pendant de si longues années, et je ne puis le faire avec plus de consolation que pour voir mes états gouvernés par un si digne successeur.»
La sultane Scheherazade voulait poursuivre; mais le jour, qui paraissait déjà, l’en empêcha. Elle reprit le même conte la nuit suivante, et dit au sultan des Indes:
CCI NUIT.
Sire, l’offre généreuse du roi de l’île d’Ébène, de donner sa fille unique en mariage à la princesse Badoure, qui ne pouvait l’accepter parce qu’elle était femme, et de lui abandonner ses états, la mit dans un embarras auquel elle ne s’attendait pas. De lui déclarer qu’elle n’était pas le prince Camaralzaman, mais sa femme, il était indigne d’une princesse comme elle de détromper le roi après lui avoir assuré qu’elle était ce prince, et en avoir si bien soutenu le personnage jusqu’alors. De le refuser aussi, elle avait une juste crainte, dans la grande passion qu’il témoignait pour la conclusion de ce mariage, qu’il ne changeât sa bienveillance en aversion et en haine, et n’attentât même à sa vie. De plus, elle ne savait pas si elle trouverait le prince Camaralzaman auprès du roi Schahzaman son père.
Ces considérations et celle d’acquérir un royaume au prince son mari, au cas qu’elle le retrouvât, déterminèrent cette princesse à accepter le parti que le roi Armanos venait de lui proposer. Ainsi, après avoir demeuré quelques moments sans parler, avec une rougeur qui lui monta au visage, ce que le roi attribua à sa modestie, elle répondit: «Sire, j’ai une obligation infinie à Votre Majesté de la bonne opinion qu’elle a de ma personne, de l’honneur qu’elle me fait, et d’une si grande faveur que je ne mérite pas et que je n’ose refuser. Mais, sire, ajouta-t-elle, je n’accepte une si grande alliance qu’à condition que Votre Majesté m’assistera de ses conseils, et que je ne ferai rien qu’elle n’ait approuvé auparavant.».
Le mariage conclu et arrêté de cette manière, la cérémonie en fut remise au lendemain, et la princesse Badoure prit ce temps-là pour avertir ses officiers, qui la prenaient aussi pour le prince Camaralzaman, de ce qui devait se passer, afin qu’ils ne s’en étonnassent pas, et elle les assura que la princesse Badoure y avait donné son consentement. Elle en parla aussi à ses femmes, et les chargea de continuer de bien garder le secret.
Le roi de l’île d’Ébène, joyeux d’avoir acquis un gendre dont il était si content, assembla son conseil le lendemain, et déclara qu’il donnait la princesse sa fille en mariage au prince Camaralzaman, qu’il avait amené et fait asseoir près de lui, qu’il lui remettait sa couronne et leur enjoignait de le reconnaître pour leur roi, et de lui rendre leurs hommages. En achevant, il descendit du trône, et après qu’il y eut fait monter la princesse Badoure, et qu’elle se fut assise à sa place, la princesse y reçut le serment de fidélité et les hommages des seigneurs les plus puissants de l’île d’Ébène, qui étaient présents.
Au sortir du conseil, la proclamation du nouveau roi fut faite solennellement dans toute la ville; des réjouissances de plusieurs jours furent indiquées, et des courriers dépêchés par tout le royaume pour y faire observer les mêmes cérémonies et les mêmes démonstrations de joie.
Le soir, tout le palais fut en fête, et la princesse Haïatalnefous (c’est ainsi que se nommait la princesse de l’île d’Ébène) fut amenée à la princesse Badoure, que tout le monde prit pour un homme, avec un appareil véritablement royal. Les cérémonies achevées, on les laissa seules, et elles se couchèrent.
Le lendemain matin, pendant que la princesse Badoure recevait dans une assemblée générale les compliments de toute la cour au sujet de son mariage et comme nouveau roi, le roi Armanos et la reine se rendirent à l’appartement de la nouvelle reine leur fille, et s’informèrent d’elle comment elle avait passé la nuit. Au lieu de répondre, elle baissa les yeux, et la tristesse qui parut sur son visage fit assez connaître qu’elle n’était pas contente.
Pour consoler la princesse Haïatalnefous: «Ma fille, lui dit le roi Armanos, cela ne doit pas vous faire de la peine: le prince Camaralzaman, en abordant ici, ne songeait qu’à se rendre au plus tôt auprès du roi Schahzaman son père. Quoique nous l’ayons arrêté par un endroit dont il a lieu d’être bien satisfait, nous devons croire néanmoins qu’il a un grand regret d’être privé tout à coup de l’espérance même de le revoir jamais, ni lui, ni personne de sa famille. Vous devez donc attendre que quand ces mouvements de tendresse filiale se seront un peu ralentis, il en usera avec vous comme un bon mari.»
La princesse Badoure, sous le nom de Camaralzaman, et comme roi de l’île d’Ébène, passa toute la journée non-seulement à recevoir les compliments de sa cour, mais même à faire la revue des troupes réglées de sa maison et à plusieurs autres fonctions royales, avec une dignité et une capacité qui lui attirèrent l’approbation de tous ceux qui en furent témoins.
Il était nuit quand elle rentra dans l’appartement de la reine Haïatalnefous, et elle connut fort bien, à la contrainte avec laquelle cette princesse la reçut, qu’elle se souvenait de la nuit précédente. Elle tâcha de dissiper ce chagrin par un long entretien qu’elle eut avec elle, dans lequel elle employa tout son esprit (et elle en avait infiniment) pour lui persuader qu’elle l’aimait parfaitement. Elle lui donna enfin le temps de se coucher, et dans cet intervalle, elle se mit à faire sa prière; mais elle la fit si longue que la reine Haïatalnefous s’endormit. Alors elle cessa de prier et se coucha près d’elle sans l’éveiller, autant affligée de jouer un personnage qui ne lui convenait pas, que de la perte de son cher Camaralzaman, après lequel elle ne cessait de soupirer. Elle se leva le jour suivant à la pointe du jour, avant qu’Haïatalnefous fût éveillée, et alla au conseil avec l’habit royal.