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Maupassant

Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:

Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible.
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
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« Tenez, sentez mon cœur, comme il bat. » Certes, il battait. Moi, je commençais à saisir, mais je ne savais comment m’y prendre, ni par où commencer. J’ai changé depuis.

Comme je demeurais toujours une main appuyée sur la grasse doublure de son cœur, et l’autre main tenant mon chapeau, et comme je continuais à la regarder avec un sourire confus, un sourire niais, un sourire de peur, elle se redressa soudain, et, d’une voix irritée : « Ah çà, que faites-vous, jeune homme, vous êtes indécent et malappris. » Je retirai ma main bien vite, je cessai de sourire, et je balbutiai des excuses, et je me levai, et je m’en allai abasourdi, la tête perdue.

Mais j’étais pris, je rêvai d’elle. Je la trouvais charmante, adorable ; je me figurai que je l’aimais, que je l’avais toujours aimée, je résolus d’être entreprenant, téméraire même !

Quand je la revis, elle eut pour moi un petit sourire en coulisse. Oh ! ce petit sourire, comme il me troubla. Et sa poignée de main fut longue, avec une insistance significative.

À partir de ce jour je lui fis la cour, paraît-il. Du moins elle m’affirma depuis que je l’avais séduite, captée, déshonorée, avec un rare machiavélisme, une habileté consommée, une persévérance de mathématicien, et des ruses d’Apache.

Mais une chose me troublait étrangement. En quel lieu s’accomplirait mon triomphe ? J’habitais dans ma famille, et ma famille, sur ce point, se montrait intransigeante. Je n’avais pas l’audace nécessaire pour franchir, une femme au bras, une porte d’hôtel en plein jour ; je ne savais à qui demander conseil.

Or, mon amie, en causant avec moi d’une façon badine, m’affirma que tout jeune homme devait avoir une chambre en ville. Nous habitions à Paris. Ce fut un trait de lumière, j’eus une chambre ; elle y vint.

Elle y vint un jour de novembre. Cette visite que j’aurais voulu différer me troubla beaucoup parce que je n’avais pas de feu. Et je n’avais pas de feu parce que ma cheminée fumait. La veille justement j’avais fait une scène à mon propriétaire, un ancien commerçant, et il m’avait promis de venir lui-même avec le fumiste, avant deux jours, pour examiner attentivement les travaux à exécuter.

Dès qu’elle fut entrée, je lui déclarai : « Je n’ai pas de feu, parce que ma cheminée fume. » Elle n’eut même pas l’air de m’écouter, elle balbutia : « Ça ne fait rien, j’en ai… » Et comme je demeurais surpris, elle s’arrêta toute confuse ; puis reprit : « Je ne sais plus ce que je dis… je suis folle… je perds la tête… Qu’est-ce que je fais, Seigneur ! Pourquoi suis-je venue, malheureuse ! Oh ! quelle honte ! quelle honte !.. » Et elle s’abattit en sanglotant dans mes bras.

Je crus à ses remords et je lui jurai que je la respecterais. Alors elle s’écroula à mes genoux en gémissant : « Mais tu ne vois donc pas que je t’aime, que tu m’as vaincue, affolée ! »

Aussitôt je crus opportun de commencer les approches. Mais elle tressaillit, se releva, s’enfuit jusque dans une armoire pour se cacher, en criant : « Oh ! ne me regardez pas, non, non. Ce jour me fait honte. Au moins si tu ne me voyais pas, si nous étions dans l’ombre, la nuit, tous les deux. Y songes-tu ? Quel rêve ! Oh ! ce jour. »

Je me précipitai sur la fenêtre, je fermai les contrevents, je croisai les rideaux, je pendis un paletot sur un filet de lumière qui passait encore ; puis, les mains étendues pour ne pas tomber sur les chaises, le cœur palpitant, je la cherchai, je la trouvai.

Ce fut un nouveau voyage, à deux, à tâtons, les lèvres unies, vers l’autre coin où se trouvait mon alcôve. Nous n’allions pas droit, sans doute, car je rencontrai d’abord la cheminée, puis la commode, puis enfin ce que nous cherchions.

Alors j’oubliai tout dans une extase frénétique, Ce fut une heure de folie, d’emportement, de joie surhumaine ; puis, une délicieuse lassitude nous ayant envahis, nous nous endormîmes, aux bras l’un de l’autre.

Et je rêvai. Mais voilà que dans mon rêve il me sembla qu’on m’appelait, qu’on criait au secours ; puis je reçus un coup violent ; j’ouvris les yeux !..

Oh !.. Le soleil couchant, rouge, magnifique, entrant tout entier par ma fenêtre grande ouverte, semblait nous regarder du bord de l’horizon, illuminait d’une lueur d’apothéose mon lit tumultueux, et, couchée dessus, une femme éperdue, qui hurlait, se débattait, se tortillait, s’agitait des pieds et des mains pour saisir un bout de drap, un coin de rideau, n’importe quoi, tandis que, debout au milieu de la chambre, effarés, côte à côte, mon propriétaire en redingote, flanqué du concierge et d’un fumiste noir comme un diable, nous contemplait avec des yeux stupides.

Je me dressai furieux, prêt à lui sauter au collet, et je criai : « Que faites-vous chez moi, nom de Dieu ! »

Le fumiste, pris d’un rire irrésistible, laissa tomber la plaque de tôle qu’il portait à la main. Le concierge semblait devenu fou ; et le propriétaire balbutia : « Mais, Monsieur, c’était…, c’était…, pour la cheminée… la cheminée… » Je hurlai : « Fichez le camp, nom de Dieu ! »

Alors il retira son chapeau d’un air confus et poli, et, s’en allant à reculons, murmura : « Pardon, Monsieur, excusez-moi, si j’avais cru vous déranger, je ne serais pas venu. Le concierge m’avait affirmé que vous étiez sorti. Excusez-moi. » Et ils partirent.

Depuis ce temps-là, voyez-vous, je ne ferme jamais les fenêtres ; mais je pousse toujours les verrous.

25 juillet 1882

RENCONTRE

À Édouard Rod.

Ce fut un hasard, un vrai hasard. Le baron d’Étraille, fatigué de rester debout, entra, tous les appartements de la princesse étant ouverts ce soir de fête, dans la chambre à coucher déserte et presque sombre au sortir des salons illuminés.

Il cherchait un siège où dormir, certain que sa femme ne voudrait point partir avant le jour. Il aperçut dès la porte le large lit d’azur à fleurs d’or, dressé au milieu de la vaste pièce, pareil à un catafalque où aurait été enseveli l’amour, car la princesse n’était plus jeune. Par derrière, une grande tache claire donnait la sensation d’un lac vu par une haute fenêtre. C’était la glace, immense, discrète, habillée de draperies sombres qu’on laissait tomber quelquefois, qu’on avait souvent relevées ; et la glace semblait regarder la couche, sa complice. On eût dit qu’elle avait des souvenirs, des regrets, comme ces châteaux que hantent les spectres des morts, et qu’on allait voir passer sur sa face unie et vide ces formes charmantes qu’ont les hanches nues des femmes, et les gestes doux des bras quand ils enlacent.

Le baron s’était arrêté souriant, un peu ému au seuil de cette chambre d’amour. Mais soudain, quelque chose apparut dans la glace comme si les fantômes évoqués eussent surgi devant lui. Un homme et une femme, assis sur un divan très bas caché dans l’ombre, s’étaient levés. Et le cristal poli, reflétant leurs images, les montrait debout et se baisant aux lèvres avant de se séparer.

Le baron reconnut sa femme et le marquis de Cervigné. Il se retourna et s’éloigna en homme fort et maître de lui ; et il attendit que le jour vînt pour emmener la baronne ; mais il ne songeait plus à dormir.

Dès qu’il fut seul avec elle, il lui dit :

« Madame, je vous ai vue tout à l’heure dans la chambre de la princesse de Raynes. Je n’ai point besoin de m’expliquer davantage. Je n’aime ni les reproches, ni les violences, ni le ridicule. Voulant éviter ces choses, nous allons nous séparer sans bruit. Les hommes d’affaires régleront votre situation suivant mes ordres. Vous serez libre de vivre à votre guise n’étant plus sous mon toit, mais je vous préviens que si quelque scandale a lieu, comme vous continuez à porter mon nom, je serai forcé de me montrer sévère. »

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