Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Le directeur en avait pris son parti ; il demanda :
« À combien estimez-vous le dégât ? »
Elle demeura sans parole, n’osant pas fixer un chiffre. Puis elle dit, voulant être large :
« Faites-le réparer vous-même. Je m’en rapporte à vous. »
Il refusa :
« Non, Madame, je ne peux pas. Dites-moi combien vous demandez.
— Mais… il me semble… que… Tenez, Monsieur, je ne veux pas gagner sur vous, moi… nous allons faire une chose. Je porterai mon parapluie chez un fabricant qui le recouvrira en bonne soie, en soie durable, et je vous apporterai la facture. Ça vous va-t-il ?
— Parfaitement, Madame ; c’est entendu. Voici un mot pour la caisse, qui remboursera votre dépense. »
Et il tendit une carte à Mme Oreille, qui la saisit, puis se leva et sortit en remerciant, ayant hâte d’être dehors, de crainte qu’il ne changeât d’avis.
Elle allait maintenant d’un pas gai par la rue, cherchant un marchand de parapluies qui lui parût élégant. Quand elle eut trouvé une boutique d’allure riche, elle entra et dit, d’une voix assurée :
« Voici un parapluie à recouvrir en soie, en très bonne soie. Mettez-y ce que vous avez de meilleur. Je ne regarde pas au prix. »
10 février 1884
LE VERROU
À Raoul Denisane.
Les quatre verres devant les dîneurs restaient à moitié pleins maintenant, ce qui indique généralement que les convives le sont tout à fait. On commençait à parler sans écouter les réponses, chacun ne s’occupant que de ce qui se passait en lui ; et les voix devenaient éclatantes, les gestes exubérants, les yeux allumés. C’était un dîner de garçons, de vieux garçons endurcis.
Ils avaient fondé ce repas régulier, une vingtaine d’années auparavant, en le baptisant : « le Célibat ». Ils étaient alors quatorze bien décidés à ne jamais prendre femme. Ils restaient quatre maintenant. Trois étaient morts, et les sept autres mariés. Ces quatre-là tenaient bon ; et ils observaient scrupuleusement, autant qu’il était en leur pouvoir, les règles établies au début de cette curieuse association. Ils s’étaient juré, les mains dans les mains, de détourner de ce qu’on appelle le droit chemin toutes les femmes qu’ils pourraient, de préférence celle des amis, de préférence encore celle des amis les plus intimes. Aussi, dès que l’un d’eux quittait la société pour fonder une famille, il avait soin de se fâcher d’une façon définitive avec tous ses anciens compagnons. Ils devaient, en outre, à chaque dîner, s’entre-confesser, se raconter avec tous les détails et les noms, et les renseignements les plus précis, leurs dernières aventures. D’où cette espèce de dicton devenu familier entre eux :
« Mentir comme un célibataire. »
Ils professaient, en outre, le mépris le plus complet pour la Femme, qu’ils traitaient de « Bête à plaisir ». Ils citaient à tout instant Schopenhauer, leur dieu ; réclamaient le rétablissement des harems et des tours, avaient fait broder sur le linge de table, qui servait au dîner du Célibat, ce précepte ancien :
« Mulier, perpetuus infans »,
et, au-dessous, le vers d’Alfred de Vigny :
De sorte qu’à force de mépriser les femmes, ils ne pensaient qu’à elles, ne vivaient que pour elles, tendaient vers elles tous leurs efforts, tous leurs désirs. Ceux d’entre eux qui s’étaient mariés, les appelaient vieux galantins, les plaisantaient et les craignaient. C’était juste au moment de boire le champagne que devaient commencer les confidences au dîner du Célibat. Ce jour-là, ces vieux, car ils étaient vieux à présent, et plus ils vieillissaient, plus ils se racontaient de surprenantes bonnes fortunes, ces vieux furent intarissables. Chacun des quatre, depuis un mois, avait séduit au moins une femme par jour ; et quelles femmes ! Les plus jeunes, les plus nobles, les plus riches, les plus belles ! Quand ils eurent terminé leurs récits, l’un d’eux, celui qui, ayant parlé le premier, avait dû, ensuite, écouter les autres, se leva. »Maintenant que nous avons fini de blaguer, dit-il, je me propose de vous raconter, non pas ma dernière, mais ma première aventure, j’entends la première aventure de ma vie, ma première chute (car c’est une chute) dans les bras d’une femme. Oh ! je ne veux pas vous narrer mon… comment dirai-je ?… mon tout premier début, non.
Le premier fossé sauté (je dis fossé au figuré) n’a rien d’intéressant. Il est généralement boueux, et on s’en relève un peu sali avec une charmante illusion de moins, un vague dégoût, une pointe de tristesse. Cette réalité de l’amour, la première fois qu’on la touche, répugne un peu ; on la rêvait tout autre, plus délicate, plus fine. Il vous en reste une sensation morale et physique d’écœurement comme lorsqu’on a mis la main, par hasard, en des choses poisseuses, et qu’on n’a pas d’eau pour se laver. On a beau frotter, ça reste.
« Oui, mais comme on s’y accoutume bien, et vite ! Je te crois, qu’on s’y fait. Cependant… cependant, pour ma part, j’ai toujours regretté de n’avoir pas pu donner de conseils au Créateur au moment où il a organisé cette chose-là. Qu’est-ce que j’aurais imaginé ; je ne le sais pas au juste ; mais je crois que je l’aurais arrangée autrement. J’aurais cherché une combinaison plus convenable et plus poétique, oui, plus poétique.
« Je trouve que le bon Dieu s’est montré vraiment trop… trop… naturaliste. Il a manqué de poésie dans son invention.
« Donc, ce que je veux vous raconter, c’est ma première femme du monde, la première femme du monde que j’ai séduite. Pardon, je veux dire la première femme du monde qui m’a séduit. Car, au début, c’est nous qui nous laissons prendre, tandis que, plus tard… c’est la même chose.
C’était une amie de ma mère, une femme charmante d’ailleurs. Ces êtres-là, quand ils sont chastes, c’est généralement par bêtise, et quand ils sont amoureux, ils sont enragés. On nous accuse de les corrompre ! Ah bien oui ! Avec elles, c’est toujours le lapin qui commence, et jamais le chasseur. Oh ! elles n’ont pas l’air d’y toucher, je le sais, mais elles y touchent ; elles font de nous ce qu’elles veulent sans que cela paraisse ; et puis elles nous accusent de les avoir perdues, déshonorées, avilies, que sais-je ?
Celle dont je parle nourrissait assurément une furieuse envie de se faire avilir par moi. Elle avait peut-être trente-cinq ans ; j’en comptais à peine vingt-deux. Je ne songeais pas plus à la séduire que je ne pensais à me faire trappiste. Or, un jour, comme je lui rendais visite, et que je considérais avec étonnement son costume, un peignoir du matin considérablement ouvert, ouvert comme une porte d’église quand on sonne la messe, elle me prit la main, la serra, vous savez, la serra comme elles serrent dans ces moments-là, et avec un soupir demi-pâmé, ces soupirs qui viennent d’en bas, elle me dit : « Oh ! ne me regardez pas comme ça, mon enfant. »
Je devins plus rouge qu’une tomate et plus timide encore que d’habitude, naturellement. J’avais bien envie de m’en aller, mais elle me tenait la main, et ferme… Elle la posa sur sa poitrine, une poitrine bien nourrie ; et elle me dit :