Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Il songeait, troublé jusqu’à l’âme. La pensée lui vint brusquement du soir où il l’avait surprise dans la chambre de la princesse. Aucune fureur ne l’agita. Il n’avait pas sous les yeux la même femme, la petite poupée maigre et vive de jadis.
Qu’allait-il faire ? Comment lui parler ? Que lui dire ? L’avait-elle reconnu, elle ?
Le train s’arrêtait de nouveau. Il se leva, salua et prononça : « Berthe, n’avez-vous besoin de rien. Je pourrais vous apporter… »
Elle le regarda des pieds à la tête et répondit, sans étonnement, sans confusion, sans colère, avec une placide indifférence : « Non — de rien — merci. »
Il descendit et fit quelques pas sur le quai pour se secouer comme pour reprendre ses sens après une chute. Qu’allait-il faire maintenant ? Monter dans un autre wagon ? Il aurait l’air de fuir. Se montrer galant, empressé ? Il aurait l’air de demander pardon. Parler comme un maître ? Il aurait l’air d’un goujat, et puis, vraiment, il n’en avait plus le droit.
Il remonta et reprit sa place.
Elle aussi, pendant son absence, avait fait vivement sa toilette. Elle était étendue maintenant sur le fauteuil, impassible et radieuse.
Il se tourna vers elle et lui dit : « Ma chère Berthe, puisqu’un hasard bien singulier nous remet en présence après six ans de séparation, de séparation sans violence, allons-nous continuer à nous regarder comme deux ennemis irréconciliables ? Nous sommes enfermés en tête-à-tête ? Tant pis, ou tant mieux. Moi je ne m’en irai pas. Donc n’est-il pas préférable de causer comme… comme… comme… des… amis, jusqu’au terme de notre route ? »
Elle répondit tranquillement : « Comme vous voudrez. »
Alors il demeura court, ne sachant que dire. Puis, ayant de l’audace, il s’approcha, s’assis sur le fauteuil du milieu, et d’une voix galante : « Je vois qu’il faut vous faire la cour, soit. C’est d’ailleurs un plaisir, car vous êtes charmante. Vous ne vous figurez point comme vous avez gagné depuis six ans. Je ne connais pas de femme qui m’ait donné la sensation délicieuse que j’aie eue en vous voyant sortir de vos fourrures, tout à l’heure. Vraiment, je n’aurais pas cru possible un tel changement… »
Elle prononça, sans remuer la tête, et sans le regarder : « Je ne vous en dirai pas autant, car vous avez beaucoup perdu. »
Il rougit, confus et troublé, puis avec un sourire résigné : « Vous êtes dure. »
Elle se tourna vers lui : « Pourquoi ? Je constate. Vous n’avez pas l’intention de m’offrir votre amour, n’est-ce pas ? Donc il est absolument indifférent que je vous trouve bien ou mal ? Mais je vois que ce sujet vous est pénible. Parlons d’autre chose. Qu’avez-vous fait depuis que je ne vous ai vu ? »
Il avait perdu contenance, il balbutia : « Moi ? j’ai voyagé, j’ai chassé, j’ai vieilli, comme vous le voyez. Et vous ? »
Elle déclara avec sérénité : « Moi, j’ai gardé les apparences comme vous me l’aviez ordonné. »
Un mot brutal lui vint aux lèvres. Il ne le dit pas, mais prenant la main de sa femme, il la baisa : « Et je vous en remercie. »
Elle fut surprise. Il était fort vraiment, et toujours maître de lui.
Il reprit : « Puisque vous avez consenti à ma première demande, voulez-vous maintenant que nous causions sans aigreur. »
Elle eut un petit geste de mépris. »De l’aigreur ? mais je n’en ai pas. Vous m’êtes complètement étranger. Je cherche seulement à animer une conversation difficile. »
Il la regardait toujours, séduit malgré sa rudesse, sentant un désir brutal l’envahir, un désir irrésistible, un désir de maître.
Elle prononça, sentant bien qu’elle l’avait blessé, et s’acharnant : « Quel âge avez-vous donc aujourd’hui ? Je vous croyais plus jeune que vous ne paraissez. »
Il pâlit : « J’ai quarante-cinq ans. » Puis il ajouta : « J’ai oublié de vous demander des nouvelles de la princesse de Raynes. Vous la voyez toujours ? »
Elle lui jeta un regard de haine : « Oui, toujours. Elle va fort bien — merci. »
Et ils demeurèrent côte à côte, le cœur agité, l’âme irritée. Tout à coup il déclara : « Ma chère Berthe, je viens de changer d’avis. Vous êtes ma femme, et je prétends que vous reveniez aujourd’hui sous mon toit. Je trouve que vous avez gagné en beauté et en caractère, et je vous reprends. Je suis votre mari, c’est mon droit. »
Elle fut stupéfaite, et le regarda dans les yeux pour y lire sa pensée. Il avait un visage impassible, impénétrable et résolu.
Elle répondit : « Je suis bien fâchée, mais j’ai des engagements. »
Il sourit : « Tant pis pour vous. La loi me donne la force. J’en userai. »
On arrivait à Marseille ; le train sifflait, ralentissant sa marche. La baronne se leva, roula ses couvertures avec assurance, puis se tournant vers son mari : « Mon cher Raymond, n’abusez pas d’un tête-à-tête que j’ai préparé. J’ai voulu prendre une précaution, suivant vos conseils, pour n’avoir rien à craindre ni de vous ni du monde, quoi qu’il arrive. Vous allez à Nice, n’est-ce pas ?
— J’irai où vous irez.
— Pas du tout. Écoutez-moi, et je vous promets que vous me laisserez tranquille. Tout à l’heure, sur le quai de la gare, vous allez voir la princesse de Raynes et la comtesse Henriot qui m’attendent avec leurs maris. J’ai voulu qu’on nous vît ensemble, vous et moi, et qu’on sût bien que nous avons passé la nuit seuls, dans ce coupé. Ne craignez rien. Ces dames le raconteront partout, tant la chose paraîtra surprenante.
« Je vous disais tout à l’heure que, suivant en tous points vos recommandations, j’avais soigneusement gardé les apparences. Il n’a pas été question du reste, n’est-ce pas. Eh bien, c’est pour continuer que j’ai tenu à cette rencontre. Vous m’avez ordonné d’éviter avec soin le scandale, je l’évite, mon cher…, car j’ai peur…, j’ai peur… »
Elle attendit que le train fût complètement arrêté, et comme une bande d’amis s’élançait à sa portière et l’ouvrait, elle acheva :
« J’ai peur d’être enceinte. »
La princesse tendait les bras pour l’embrasser. La baronne lui dit montrant le baron stupide d’étonnement et cherchant à deviner la vérité :
« Vous ne reconnaissez donc pas Raymond ? Il est bien changé, en effet. Il a consenti à m’accompagner pour ne pas me laisser voyager seule. Nous faisons quelquefois des fugues comme cela, en bons amis qui ne peuvent vivre ensemble. Nous allons d’ailleurs nous quitter ici. Il a déjà assez de moi. »
Elle tendait sa main qu’il prit machinalement. Puis elle sauta sur le quai au milieu de ceux qui l’attendaient.
Le baron ferma brusquement la portière, trop ému pour dire un mot ou pour prendre une résolution. Il entendait la voix de sa femme et ses rires joyeux qui s’éloignaient.
Il ne l’a jamais revue.
Avait-elle menti ? Disait-elle vrai ? Il l’ignora toujours.
11 mars 1884
SUICIDES
À Georges Legrand.
Il ne passe guère de jour sans qu’on lise dans quelque journal le fait divers suivant :
« Dans la nuit de mercredi à jeudi, les habitants de la maison portant le n° 40 de la rue de… ont été réveillés par deux détonations successives. Le bruit partait d’un logement habité par M. X… La porte fut ouverte, et on trouva ce locataire baigné dans son sang, tenant encore à la main le revolver avec lequel il s’était donné la mort.