La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Enchanté! réppndit Cabassol.
En effet le vengeur de Badinard était enchanté, car il recommençait à entrevoir la possibilité d'exercer plusieurs vengeances à la fois. Non plus cinq seulement, cette fois, mais eo comptant M. Poulet-Golard, six vengeances en une seule.
— Nous soupons tous ensemble demain, reprit Bézucheux, avec le papa Poulet-Golard, le célèbre -avant, un vieux toqué, amoureux fou de Tulipia, comme nous tous, mais que la charmante Tulipia promène par le bout du nez pour notre plus grande délectation.
— Je le sais, répondit Gabassol, je suis le secrétaire de M. Poulet-Golard, — ce sont les travaux que je partage avec l'illustre savant qui m'ont fait vous négliger, ô mes amis ! — je le sais, et je soupe avec vous !
Cabassol passa le reste de la journée et toute la soirée avec ses amis, sans plus se préoccuper de M. Poulet-Golard qui l'attendait avec impatience pour préparer, avant de prendre ses vacances de Bille de billard, quelques numéros de la Revue préhistorique.
A un moment donné, chacun de ses amis le prit à part pour continuer les confidences commencées sur Tulipia; le marseillais Bisseco ouvrit le feu.
— Mon petit Gabassol, tu sais, dit-il pour quelle raison nous avons failli nous égorger jadis, c'était bête, tout-à-fait bête! encore un peu, de nos cachotteries ridicules, il résultait des malheurs!... Cette fois-ci, nous nous sommes expliqués très franchement, nous avons tous juré de nous contenter d'aimer platoniquement Tulipia.
— Bézucheux me l'a dit.
— Ah! il te l'a dit... moi, j'ai un peu plus de chance que les autres, sans vouloir faire briller outre mesure à tes yeux, mes avantages personnels et ma savante tactique, je puis te montrer ceci :
Et Bisseco laissa mystérieusement entrevoir à Cabassol une photographie de Tulipia semblable à celles de Bézucheux et M. Poulet-Golard.
— Savoure ce petit autographe, fit Bisseco en retournant la photographie.
A lui, lui, lui, LUI ! ! !
Tulipia.
Avant de diner, Lacostade entraîna Cabassol sur le boulevard, et tout en flânant lui dit d'un air indifférent :
— Tu sais que j'ai toujours eu le souci de ma dignité... j'ai renoué, il est vrai, avec Tulipia qui m'a tout expliqué... Je lui ai pardonné m;s légèretés imprudentes vis-à-vis de mes amis, elle m'a pardonné la brutalité que j'avais
montrée en certaine circonstance où certains faits s'étaient présentés à mon esprit inquiet sous certain jour déplaisant... alors, tout s'est arrangé! Pour preuve, contemple et lis !
Le digne Lacostadé prit son portefeuille et il se mit en devoir d'extraire d'un fouillis de papiers plus ou moins timbrés, la photographie déjà connue de Tulipia.
— Non, non, dit Cabassol,*je ne veux pas être assez indiscret pour...
— Contemple et lis, te dis-je!
A lui, à lui, à lui, LUI ! ! !
Tulipia.
La femme préhistorique d'après des documents de l'âge de pierre !
— Heureux cuirassier! fit Gabassol.
Après Lacostadé ce fut Pontbuzaud qui tint à giisser de nouvelles confidences dans l'oreille de Cabassol.
— Mon bon, je suis parfois bourrelé de remords, tel que tu me voisl dit-il sans préambule.
— Mon Dieu, aurais-tu assassiné quelque tante antique et vénérable, et son spectre te hanterait-il par hasard?
— Non, j'ai fait pire que cela!
— Bigre! tu me fais frissonner...
— Chut! chut! chut!... J'ai soufflé Tulipia à Bezucheux... tu connais l'histoire de notre brouille... Bezucheux avait réellement des torts envers moi, ma foi je ne lui en veux plus car je lui ai rendu la pareille.
— Tu os un ami dangereux?
— Que veux-tu! l'amour est plus fort que l'amitié la plus solide et la plus résistante... Tu connais Tulipia, l'amitié ne pouvait pas tenir... Je vais te montrer son portrait à elle!... il est dans une poche que j'ai fait pratiquer à mon gilet sur mon cœur... j'avais eu d'abord l'intention de le porter en sca-pulaire, mais ce n'était pas aussi commode... Tiens, regarde mon adorée, et lis ce qu'elle a eu l'amabilité de m'écrire en un jour de transports :
A lui, lui, lui, LUI! 11
Tulipia,
— Fortuné Pontbuzaud? toutes mes félicitations!
A son tour, Saint-Tropez trouva le moment d'épancher son cœur dans celui de Gabassol.
— Dis donc, tu sais, notre malentendu avec Tulipia, ça s'est arrangé admirablement... pour moi....
— Parbleu, je n'en ai jamais douté! fît Gabassol, tu es habitué à tous les succès!
— Oh! tu exagères...
— Tu crois que je ne sai= pas!... Tiens, veux-tu que je te dise, Saint-Tropez, eh bien, tu dois avoir de la corde de pendu!... j'avais bien dit que c'était toi qu'elle aimait...
— Ah ! tu avais vu ?
— Je suis plein de perspicacité! je parie qu'elle t'a dit : Mon petit Saint-Tropez, c'est mal de m'avoir méconnue, je n'ai jamais aimé que toi!... et qu'elle t'a donné un gage... je ne sais quoi, moi, une... un portrait...
— C'est vrai! tu es donc sorcier?
— Parbleu! ce portrait, tu l'as là, sur ton cœur... Cabassol appuya le doigt sur le gilet de Saint-Tropez.
— Tiens, il y est, je le sens! veux-tu faire un pari, Saint-Tropez?... je te parie qu'elle t'a écrit au bas de ce portrait quelque chose de délicieux, de tendre, d'adorable.., quelque chose comme : Il n'y a que lui, il n'y a que lui, lui, lui, lui ! ! ! Est-ce vrai?
Saint-Tropez stupéfait, inclina la tête.
— Quelle perspicacité! c'est absolument exact, voici l'autographe :
A lui, lui, lui, LUI!!!
Tulipia.
Cabassol était satisfait, la confiance lui revenait, bientôt, sans doute, le farouche Badinard allait avoir l'occasion d'enregistrer du haut du cief, ».' bonnes vengeances!
Le lendemain, après une soirée entièrement consacrée à Bezucheux et compagnie et une nuit embellie par les plus doux rêves, Cabassol retourna chez le savant Poulet-Golard.
M. Poulet-Golard avait pioché comme un nègre pendant une partie de la nuit et, dès six heures du matin, il s'était replongé dans ses études sur l'âge de pierre. Il lui tardait de voir arriver son secrétaire pour lui indiquer les travaux qu'il aurait à poursuivre, pendant que lui-même mènerait, pour se reposer, la vie de Bille de billard.
— Mon jeune ami, fit M. Poulet-Golard, je croyais vous avoir dit que je n'avais commencé à me donner quelques vacances qu'à partir de quarante-cinq ans...
— En effet vous me l'avez dit.
— Et que jusque-là, mon existence tout entière avait été à la science pure et à ses joies sereines I Vous n'avez pas reparu hier dans le sanctuaire dutra-
Tulipia était allée cacher ta douleur dans une solituda.
vail. voua n'avez pas quarante-cinq ans, VOUfl êtes jeune, sériez-vous donc blasé sur les joies sereines de la science?
— Hélas, cher maître, excusez cet instant d'oubli... Je ne suis malheureusement pas un homme de marbre comme vous, je ne suis qu'un modeste disciple, moi, je ne puis donc avoir la prétention d'égaler jamais votre stoïcisme... j'ai des faiblesses!
— Déjà ! fit M. Poulet-Golard, la jeunesse d'aujourd'hui me navre par son penchant précoce aux joies matérielles... moi, je ne me suis considéré comme libre de jeter ma gourme que lorsque, par un travail obstiné, j'ai réussi à doter mon pays et la science de lumières nouvelles, lorsque j'ai été membre de l'Institut!
— Serai-je jamais membre de l'Institut? fit Cabassol.