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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Le lendemain, le prince Camaralzaman prit son temps: il témoigna au roi son père l’envie qu’il avait de prendre un peu l’air, et le pria de trouver bon qu’il allât à la chasse un jour ou deux avec Marvazan. «Je le veux bien, lui dit le roi, à la charge néanmoins que vous ne coucherez pas dehors plus d’une nuit. Trop d’exercice dans les commencements pourrait vous nuire, et une absence plus longue me ferait de la peine.» Le roi commanda qu’on lui choisit les meilleurs chevaux, et il prit soin lui-même que rien ne lui manquât. Lorsque tout fut prêt il l’embrassa, et après avoir recommandé à Marvazan de bien prendre soin de lui, il le laissa partir.

Le prince Camaralzaman et Marzavan gagnèrent la campagne, et pour amuser les deux palefreniers qui conduisaient les chevaux de relais, ils firent semblant de chasser, et ils s’éloignèrent de la ville autant qu’il leur fut possible. À l’entrée de la nuit, ils s’arrêtèrent dans un logement de caravanes, où ils soupèrent, et dormirent environ jusqu’à minuit. Marzavan, qui s’éveilla le premier, éveilla aussi le prince Camaralzaman sans éveiller les palefreniers. Il pria le prince de lui donner son habit et d’en prendre un autre qu’un des palefreniers avait apporté. Ils montèrent chacun le cheval de relais qu’on leur avait amené, et après que Marzavan eut pris le cheval d’un des palefreniers par la bride, ils se mirent en chemin, en marchant au grand pas de leurs chevaux.

À la pointe du jour, les deux cavaliers se trouvèrent dans une forêt, en un endroit où le chemin se partageait en quatre. En cet endroit-là. Marzavan pria le prince de l’attendre un moment et entra dans la forêt. Il y égorgea le cheval du palefrenier, déchira l’habit que le prince avait quitté, le teignit dans le sang, et lorsqu’il eut rejoint le prince, il le jeta au milieu du chemin, où il se partageait.

Le prince Camaralzaman demanda à Marzavan quel était son dessein. «Prince, répondit Marzavan, dès que le roi votre père verra ce soir que vous ne serez pas de retour, ou qu’il aura appris des palefreniers que nous serons partis sans eux pendant qu’ils dormaient, il ne manquera pas de mettre des gens en campagne pour courir après nous. Ceux qui viendront de ce côté et qui rencontreront cet habit ensanglanté ne douteront pas que quelque bête ne vous ait dévoré et que je ne me sois échappé de crainte de sa colère. Le roi, qui ne vous croira plus au monde, selon leur rapport, cessera d’abord de vous faire chercher, et nous donnera lieu de continuer notre voyage sans crainte d’être poursuivi. La précaution est véritablement violente, de donner ainsi tout à coup l’alarme assommante de la mort d’un fils à un père qui l’aime si passionnément; mais la joie du roi votre père en sera plus grande quand il apprendra que vous serez en vie et content. – Brave Marzavan, reprit le prince Camaralzaman, je ne puis qu’approuver un stratagème si ingénieux, et je vous en ai une nouvelle obligation.»

Le prince et Marzavan, munis de bonnes pierreries pour leur dépense, continuèrent leur voyage par terre et par mer, et ils ne trouvèrent d’autre obstacle que la longueur du temps qu’il fallut y mettre de nécessité. Ils arrivèrent enfin à la capitale de la Chine, où Marzavan, au lieu de mener le prince chez lui, fit mettre pied à terre dans un logement public des étrangers. Ils y demeurèrent trois jours à se délasser de la fatigue du voyage, et dans cet intervalle, Marzavan fit faire un habit d’astrologue pour déguiser le prince. Les trois jours passés, ils allèrent au bain ensemble, où Marzavan fit prendre l’habillement d’astrologue au prince, et à la sortie du bain il le conduisit jusqu’à la vue du palais du roi de la Chine, où il le quitta pour aller faire avertir sa mère, nourrice de la princesse Badoure, de son arrivée, afin qu’elle en donnât avis à la princesse.

La sultane Scheherazade en était à ces derniers mots, lorsqu’elle s’aperçut que le jour avait déjà commencé de paraître. Elle cessa aussitôt de parler, et en poursuivant, la nuit suivante, elle dit au sultan des Indes:

CXCVIII NUIT.

Sire, le prince Camaralzaman, instruit par Marzavan de ce qu’il devait faire, et muni de tout ce qui convenait à un astrologue, avec son habillement, s’avança jusqu’à la porte du palais du roi de la Chine, et en s’arrêtant il cria à haute voix, en présence de la garde et des portiers: «Je suis astrologue, et je viens donner la guérison à la respectable princesse Badoure, fille du haut et puissant monarque Gaïour, roi de la Chine, aux conditions proposées par Sa Majesté, de l’épouser si je réussis, ou de perdre la vie si je ne réussis pas.»

Outre les gardes et les portiers du roi, la nouveauté fit assembler, en un instant, une infinité de peuple autour du prince Camaralzaman. En effet, il y avait longtemps qu’il ne s’était présenté ni médecin, ni astrologue, ni magicien, depuis tant d’exemples tragiques de ceux qui avaient échoué dans leur entreprise. On croyait qu’il n’y en avait plus au monde, ou du moins qu’il n’y en avait plus d’aussi insensés.

À voir la bonne mine du prince, son air noble, la grande jeunesse qui paraissait sur son visage, il n’y en eut pas un à qui il ne fît compassion. «À quoi pensez-vous, seigneur? lui dirent ceux qui étaient le plus près de lui. Quelle est votre fureur, d’exposer ainsi à une mort certaine une vie qui donne de si belles espérances? Les têtes coupées que vous avez vues au-dessus des portes ne vous ont-elles pas fait horreur? Au nom de Dieu, abandonnez ce dessein de désespoir, retirez-vous.»

À ces remontrances, le prince Camaralzaman demeura ferme, et, au lieu d’écouter ces harangueurs, comme il vit que personne ne venait pour l’introduire, il répéta le même cri avec une assurance qui fit frémir tout le monde. Et tout le monde s’écria alors: «Il est résolu de mourir, Dieu veuille avoir pitié de sa jeunesse et de son âme!» Il cria une troisième fois, et le grand vizir enfin vint le prendre en personne, de la part du roi de la Chine.

Ce ministre conduisit Camaralzaman devant le roi. Le prince ne l’eut pas plutôt aperçu sur son trône, qu’il se prosterna et baisa la terre devant lui. Le roi, qui de tous ceux qu’une présomption démesurée avait fait venir apporter leurs têtes à ses pieds, n’en avait encore vu aucun digne qu’il arrêtât ses yeux sur lui, eut une véritable compassion de Camaralzaman, par rapport au danger auquel il s’exposait. Il lui fit aussi plus d’honneur, il voulut qu’il s’approchât et s’assît près de lui. «Jeune homme, lui dit-il, j’ai de la peine à croire que vous ayez acquis, à votre âge, assez d’expérience pour oser entreprendre de guérir ma fille. Je voudrais que vous pussiez y réussir: je vous la donnerais en mariage, non-seulement sans répugnance, au lieu que je l’aurais donnée avec bien du déplaisir à qui que ce fût de ceux qui sont venus avant vous, mais même avec la plus grande joie du monde. Mais je vous déclare avec bien de la douleur que si vous y manquez, votre grande jeunesse, votre air de noblesse, ne m’empêcheront pas de vous faire couper le cou.

«- Sire, reprit le prince Camaralzaman, j’ai des grâces infinies à rendre à Votre Majesté de l’honneur qu’elle me fait, et de tant de bontés qu’elle témoigne pour un inconnu. Je ne suis pas venu d’un pays si éloigné que son nom n’est peut-être pas connu dans vos états, pour ne pas exécuter le dessein qui m’y a amené. Que ne dirait-on pas de ma légèreté si j’abandonnais un dessein si généreux après tant de fatigues et tant de dangers que j’ai essuyés! Votre Majesté elle-même ne perdrait-elle pas l’estime qu’elle a déjà conçue de ma personne? Si j’ai à mourir, Sire, je mourrai avec la satisfaction de n’avoir pas perdu cette estime après l’avoir méritée. Je vous supplie donc de ne me pas laisser plus longtemps dans l’impatience de faire connaître la certitude de mon art par l’expérience que je suis prêt d’en donner.»

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