Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Le roi de la Chine commanda à l’eunuque garde de la princesse Badoure, qui était présent, de mener le prince Camaralzaman chez la princesse sa fille. Avant de le laisser partir, il lui dit qu’il était encore à sa liberté de s’abstenir de son entreprise. Mais le prince ne l’écouta pas, il suivit l’eunuque avec une résolution ou plutôt avec une ardeur étonnante.
L’eunuque conduisit le prince Camaralzaman, et quand ils furent dans une longue galerie, au bout de laquelle était l’appartement de la princesse, le prince, qui se vit si près de l’objet qui lui avait fait verser tant de larmes, et pour lequel il n’avait cessé de soupirer depuis si longtemps, pressa le pas et devança l’eunuque.
L’eunuque pressa le pas de même et eut de la peine à le rejoindre. «Où allez-vous donc si vite? lui dit-il en l’arrêtant par le bras; vous ne pouvez pas entrer sans moi. Il faut que vous ayez une grande envie de mourir, de courir si vite à la mort. Pas un, de tant d’astrologues que j’ai vus et que j’ai amenés où vous n’arriverez que trop tôt, n’a témoigné cet empressement.
«- Mon ami, reprit le prince Camaralzaman en regardant l’eunuque et en marchant à son pas, c’est que tous ces astrologues dont tu parles n’étaient pas sûrs de leur science comme je le suis de la mienne. Ils savaient avec certitude qu’ils perdraient la vie s’ils ne réussissaient pas, et ils n’en avaient aucune de réussir. C’est pour cela qu’ils avaient raison de trembler en approchant du lieu où je vais et où je suis certain de trouver mon bonheur.» Il en était à ces mots lorsqu’ils arrivèrent à la porte. L’eunuque ouvrit et introduisit le prince dans une grande salle, d’où l’on entrait dans la chambre de la princesse, qui n’était fermée que par une portière.
Avant d’entrer, le prince Camaralmazan s’arrêta, et en prenant un ton beaucoup plus bas qu’auparavant, de peur qu’on ne l’entendit de la chambre de la princesse: «Pour te convaincre, dit-il à l’eunuque, qu’il n’y a ni présomption, ni caprice, ni feu de jeunesse dans mon entreprise, je laisse l’un des deux à ton choix: qu’aimes-tu mieux que je guérisse la princesse en sa présence, ou d’ici, sans passer plus avant et sans la voir?»
L’eunuque fut extrêmement étonné de l’assurance avec laquelle le prince lui parlait. Il cessa de l’insulter, et en lui parlant sérieusement: «Il n’importe pas, lui dit-il, que ce soit là ou ici. De quelque manière que ce soit, vous acquerrez une gloire immortelle, non-seulement dans cette cour, mais même par toute la terre habitable.
«- Il vaut donc mieux, reprit le prince, que je la guérisse sans la voir, afin que tu rendes témoignage de mon habileté. Quelle que soit mon impatience de voir une princesse d’un si haut rang, qui doit être mon épouse, en ta considération néanmoins, je veux bien me priver quelques moments de ce plaisir.» Comme il était fourni de tout ce qui distinguait un astrologue, il tira son écritoire et du papier, et écrivit ce billet à la princesse le la Chine:
BILLET DU PRINCE CAMARALZAMAN À LA PRINCESSE DE LA CHINE.
«Adorable princesse, l’amoureux prince Camaralzaman ne vous parle des maux inexprimables qu’il souffre depuis la nuit fatale où vos charmes lui firent perdre une liberté qu’il avait résolu de conserver toute sa vie. Il vous marque seulement qu’alors il vous donna son cœur dans votre charmant sommeiclass="underline" sommeil importun qui le priva du vif éclat de vos beaux yeux, malgré ses efforts pour vous obliger de les ouvrir. Il osa même vous donner sa bague pour marque de son amour, et prendre la vôtre en échange, qu’il vous envoie dans ce billet. Si vous daignez la lui renvoyer pour gage réciproque du vôtre, il s’estimera le plus heureux de tous les amants. Sinon, votre refus ne l’empêchera pas de recevoir le coup de la mort avec une résignation d’autant plus grande qu’il le recevra pour l’amour de vous. Il attend votre réponse dans votre anti-chambre.»
Lorsque le prince Camaralzaman eut achevé ce billet, il en fit un paquet avec la bague de la princesse, qu’il enveloppa dedans sans faire voir à l’eunuque ce que c’était; et en le lui donnant: «Ami, dit-il, prends et porte ce paquet à ta maîtresse. Si elle ne guérit du moment qu’elle aura lu le billet et vu ce qui l’accompagne, je te permets de publier que je suis le plus indigne et le plus impudent de tous les astrologues qui ont été, qui sont et qui seront à jamais.»
Le jour, que la sultane Scheherazade vit paraître en achevant ces paroles, l’obligea d’en demeurer là. Elle poursuivit la nuit suivante, et dit au sultan des Indes:
CXCIX NUIT.
Sire, l’eunuque entra dans la chambre de la princesse de la Chine, et en lui présentant le paquet que le prince Camaralzaman lui envoyait: «Princesse, dit-il, un astrologue plus téméraire que les autres vient d’arriver, et prétend que vous serez guérie dès que vous aurez lu ce billet et vu ce qui est dedans. Je souhaiterais qu’il ne fût ni menteur ni imposteur.»
La princesse Badoure prit le billet et l’ouvrit avec assez d’indifférence; mais dès qu’elle eut vu sa bague, elle ne se donna presque pas le loisir d’achever de lire. Elle se leva avec précipitation, rompit la chaîne qui la tenait attachée de l’effort qu’elle fit, courut à la portière et l’ouvrit. La princesse reconnut le prince, le prince la reconnut. Aussitôt ils coururent l’un à l’autre, s’embrassèrent tendrement, et, sans pouvoir parler dans l’excès de leur joie, ils se regardèrent longtemps, en admirant comment ils se revoyaient après leur première entrevue, à laquelle ils ne pouvaient rien comprendre. La nourrice, qui était accourue avec la princesse, les fit entrer dans la chambre, où la princesse rendit sa bague au prince: «Reprenez-la, lui dit-elle, je ne pourrais pas la retenir sans vous rendre la vôtre, que je veux garder toute ma vie. Elles ne peuvent être l’une et l’autre en de meilleures mains.»
L’eunuque cependant était allé en diligence avertir le roi de la Chine de ce qui venait de se passer: «Sire, lui dit-il, tous les astrologues, médecins et autres qui ont osé entreprendre de guérir la princesse jusqu’à présent n’étaient que des ignorants. Ce dernier venu ne s’est servi ni de grimoires, ni de conjurations d’esprits malins, ni de parfums, ni d’autres choses; il l’a guérie sans la voir.» Il lui en raconta la manière, et le roi, agréablement surpris, vint aussitôt à l’appartement de la princesse, qu’il embrassa. Il embrassa le prince de même, prit sa main, et en la mettant dans celle de la princesse: «Heureux étranger, lui dit-il, qui que vous soyez, je tiens ma promesse et je vous donne ma fille pour épouse. À vous voir néanmoins, il n’est pas possible que je me persuade que vous soyez ce que vous paraissez et ce que vous avez voulu me faire croire.»
Le prince Camaralzaman remercia le roi dans les termes les plus soumis, pour lui mieux témoigner sa reconnaissance. «Pour ce qui est de ma personne, sire, poursuivit-il, il est vrai que je ne suis pas astrologue, comme Votre Majesté l’a bien jugé. Je n’en ai pris que l’habillement pour mieux réussir à mériter la haute alliance du monarque le plus puissant de l’univers. Je suis né prince, fils de roi et de reine: mon nom est Camaralzaman, et mon père s’appelle Schahzaman, qui règne dans les îles assez connues des Enfants de Khalédan.» Ensuite il lui raconta son histoire et lui fit connaître combien l’origine de son amour était, merveilleuse, que celle de l’amour de la princesse était la même, et que cela se justifiait par l’échange des deux bagues.