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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Il devait y avoir une armée d’étrangers semblables à son prisonnier de l’autre côté de la montagne et, très probablement, le Temps du Départ était arrivé pour d’autres tribus sur toute la surface de la planète depuis que l’atmosphère se réchauffait. Pour elle, qui avait passé toute sa vie au sein d’un petit groupe de soixante individus, il était presque impossible de concevoir qu’il pût y en avoir six mille, ou soixante mille… Tant de noms différents, tant d’âmes différentes, tant de personnalités qui toutes revendiquaient une place au soleil… Et pourtant, c’était certainement le cas.

Sur ces entrefaites, on frappa à la porte.

— Hresh est de retour, Koshmar, annonça Torlyri.

— Fais-le entrer.

Hresh avait l’air bizarre. Éreinté et couvert de poussière, il semblait avoir énormément vieilli d’un coup. Il avait les yeux cernés et ne paraissait pas être dans son assiette, mais dès qu’il aperçut l’étranger, son visage s’anima. Koshmar avait l’impression d’entendre les questions germer et se développer dans son cerveau.

Elle le mit rapidement au fait de la capture et de l’échec de l’interrogatoire.

— On ne peut rien en tirer, dit-elle. Il fait semblant de ne pas comprendre ce que nous disons.

— Es-tu sûre qu’il fait semblant ? Et s’il ne nous comprenait vraiment pas ?

— Tu veux dire qu’il est aussi stupide qu’un animal ?

— Non, ce que je veux dire, c’est qu’il parle peut-être une autre langue.

— Une autre langue ? répéta Koshmar, l’air déconcerté. Je ne sais pas ce que tu entends par « une autre langue ».

— Eh bien… euh !… une autre langue, dit piteusement Hresh en agitant les mains avec impuissance. Nous avons notre langue qui est constituée d’un ensemble de sons qui transmettent les idées. On peut imaginer que son peuple utilise un ensemble différent de sons. Quand nous disons « viande », ils peuvent dire « flookh » ou bien « splig ».

— Mais ce sont des sons qui n’ont aucun sens, objecta Koshmar. Quelle signification peut-il…

— Ils n’ont aucune signification pour nous, dit Hresh. Mais peut-être pas pour d’autres gens. Les sons que j’ai choisis n’étaient que des exemples, mais ils ont peut-être leur propres mots pour dire la viande, le ciel, la lance… Des mots différents des nôtres pour tout exprimer.

— C’est de la folie ! s’écria Koshmar. Comment peut-il exister un autre mot pour dire la viande ? La viande, c’est la viande. Ce n’est pas flookh ni splig, c’est la viande ! Et le ciel, c’est le ciel ! Je croyais que tu pourrais m’aider, Hresh, mais tu ne fais que me compliquer les choses !

— Pour moi aussi, ces idées-là sont nouvelles, dit Hresh qui semblait extraordinairement las et avait énormément de peine à exprimer ce qu’il pensait. Je ne connais aucune autre langue que la nôtre et je n’ai jamais pensé qu’il pût y en avoir une autre. C’est en regardant le prisonnier que cette idée m’est venue. Mais réfléchis à ceci, Koshmar ; les hjjk ont peut-être leur propre langue, les animaux aussi et toutes les tribus qui ont survécu au Long Hiver.

Nous sommes restés seuls pendant si longtemps, totalement coupés du monde de l’extérieur pendant des centaines de milliers d’années. Tout le monde parlait peut-être la même langue à l’origine, mais à la longue, après ces centaines de milliers d’années…

— Peut-être, dit Koshmar d’un air gêné. Mais, dans ce cas, comment pouvons-nous communiquer avec lui ? Il nous faut absolument trouver un moyen de communiquer avec lui ! Nous devons savoir s’il faut le considérer comme un ami ou comme un ennemi !

— Nous pouvons essayer la seconde vue, suggéra Hresh après un moment de réflexion.

Koshmar tourna vers lui un regard empreint de stupéfaction.

— Mais la seconde vue ne peut être utilisée avec les êtres humains !

— Si, répondit Hresh, manifestement mal à l’aise. Dans une situation extrême… Il faut penser à la sécurité de la tribu. Nous ne devons pas hésiter à employer tous les moyens pour obtenir ce que nous voulons savoir.

— Mais c’est une violation de…

Koshmar s’interrompit en secouant la tête. Puis elle se tourna vers Torlyri qui était restée près de la porte.

— Qu’en penses-tu ? demanda-t-elle. Cela te paraît-il convenable ?

— Même si cela semble un peu bizarre, je ne vois pas où serait le mal, répondit la femme-offrande d’un ton légèrement dubitatif après quelques instants de réflexion. Comme il ne fait pas partie de la tribu, nos coutumes ne s’appliquent pas à lui et il n’y a pas lieu de considérer cela comme un manquement à la loi.

— Les dieux nous ont donné la seconde vue pour nous aider quand la parole et le regard ne suffisent pas, dit Hresh en s’adressant à Koshmar. Comment pourraient-ils nous tenir rigueur d’y avoir recours dans une situation comme celle-ci ?

Koshmar demeura silencieuse. Elle examinait la question avec la plus grande attention. Sur le visage toujours aussi impassible de l’étranger, rien ne montrait s’il avait suivi la discussion. Peut-être parle-t-il vraiment une langue entièrement différente, se dit Koshmar. Mais cette idée était toujours aussi difficile à accepter. Comme si elle apprenait qu’un homme était devenu une femme du jour au lendemain, ou comme si elle découvrait que la pluie s’élevait du sol, ou encore comme si on lui annonçait que la bénédiction de Yissou pouvait lui être retirée d’un moment à l’autre et qu’elle allait être remplacée à la tête de la tribu. Rien de tout cela ne lui semblait possible. Mais tout était devenu si étrange. Peut-être Hresh était-il dans le vrai, peut-être leur prisonnier parlait-il avec d’autres mots que les leurs. S’il était capable de parler.

— Très bien, dit-elle brusquement en se tournant vers Hresh. Tu es l’expert en matière de langues. Utilise ta seconde vue et tâche de découvrir qui il est et ce qu’il est venu chercher ici.

Hresh s’avança et fit face à l’Homme au Casque.

Il ne s’était jamais senti aussi fatigué de sa vie. Quelle folle journée ! Et elle n’était pas encore terminée. Tous les regards convergeaient sur lui. Il était tellement épuisé qu’il n’était absolument pas sûr d’avoir la force d’utiliser une nouvelle fois sa seconde vue.

L’Homme au Casque le considérait de toute sa hauteur d’un air froid et distant, comme si Hresh n’était rien d’autre qu’un petit animal importun. Le regard de ses mystérieux yeux rouges avait une intensité déconcertante. Hresh avait le sentiment d’y lire du mépris, une pointe de colère et la conscience de sa valeur qu’avait le prisonnier. Pas la moindre trace de crainte. Il y avait de l’héroïsme chez cet étranger casqué.

Hresh rassembla toutes ses forces et projeta sa seconde vue.

Il s’attendait à rencontrer une résistance, à repousser une tentative de l’étranger visant à arrêter la poussée de son esprit ou à la détourner. Mais il attendit l’approche de Hresh avec indifférence et l’esprit de Hresh plongea aisément et profondément dans celui de l’Homme au Casque.

Le contact ne dura pas plus d’une fraction de seconde.

Pendant cet instant, Hresh eut un aperçu de la puissance de l’âme de l’étranger et de sa résolution. Il eut aussi la vision fugace d’une horde de guerriers semblables à l’étranger, rassemblés sur une colline boisée, la tête coiffée de casques aussi extravagants que le sien, mais ayant tous une décoration différente. Puis le contact fut rompu et tout devint noir. Hresh sentit ses jambes se dérober sous lui. Il recula en titubant, réussit à pivoter au dernier moment et s’abattit aux pieds d’Harruel. Et il perdit connaissance.

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