Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
Glenn ouvrit tout grand les yeux et Cuza ne put s’empêcher de rire.
— C’est ce qu’il vous a promis ? demanda Glenn.
— Ce n’est pas une promesse ! Molasar s’est enflammé quand je lui ai parlé du projet de camp de la mort à Ploiesti. Et, quand il a appris qu’il y avait en Allemagne un homme nommé Hitler qui était le grand responsable de tout cela, il s’est juré de le détruire dès qu’il serait assez fort pour quitter le donjon. Je vous le répète, il n’est pas question de récompense, de marché ou de prix à payer : nous luttons pour une cause commune !
Il avait dû hausser le ton car Magda s’était éloignée de lui, le front soucieux, pour s’appuyer contre Glenn. Il tenta de se calmer et demanda :
— Et toi, mon enfant, qu’as-tu fait depuis hier matin ?
— Oh… je suis restée la plupart du temps avec Glenn.
Elle n’avait pas besoin d’en dire davantage. Il savait. Oui, elle était allée avec Glenn. Cuza contempla sa fille serrée contre cet étranger, la tête nue, les cheveux au vent. Elle était allée avec Glenn. Il la laissait deux jours toute seule pour la retrouver ensuite avec ce païen. Il mettrait un terme à cette situation ! Mais pas maintenant. Bientôt. Des choses capitales étaient en jeu. Dès que Molasar et lui-même auraient achevé leur travail à Berlin, il veillerait à ce que soit réglé le cas de Glenn.
… à ce que soit réglé le cas de Glenn…? Il ne savait même pas ce que cela signifiait et s’étonna de l’hostilité qu’il nourrissait pour cet inconnu.
— Tu ne comprends donc pas ? dit Magda pour l’apaiser. Nous pouvons nous enfuir, Papa ! Nous pouvons emprunter le défilé et quitter cet endroit. Tu n’as plus besoin de revenir au donjon ! Et Glenn nous aidera. N’est-ce pas, Glenn ?
— Oui, mais il vaudrait mieux que tu commences par demander à ton père s’il a vraiment envie de partir.
Bon sang ! se dit Cuza tandis que Magda tournait vers lui un visage interrogateur. On dirait qu’il sait tout !
— Papa… ? commença-t-elle, mais le regard de son père lui apporta la réponse qu’elle sollicitait.
— Je dois y retourner, lui dit-il. Pas pour moi, cela n’a plus d’importance, mais pour notre peuple. Pour notre culture. Pour le monde. Ce soir, il sera assez fort pour abattre Kaempffer et tous les autres Allemands. Ensuite, je lui rendrai le service qu’il m’a demandé et nous pourrons quitter ces lieux sans nous soucier des patrouilles. Puis, quand Molasar aura tué Hitler…
— Tu crois qu’il peut y arriver ?
— Je me suis posé cette question. J’ai repensé à tout ce qui s’était passé dans ce donjon, à la façon dont les hommes étaient prêts à s’entre-tuer. Et quand je vois ce qu’il a fait pour moi, rien ne me permet de douter de sa puissance.
— Est-ce que tu peux lui faire confiance ?
Cuza la regarda. La nature soupçonneuse de Glenn avait déteint sur elle. Décidément, cet homme lui était néfaste.
— Puis-je agir autrement ? Mon enfant, te représentes-tu ce que signifierait un retour à la normalité ? Nos amis tziganes ne seront plus traqués, stérilisés, réduits à l’esclavage. Nous autres Juifs, nous ne serons plus dépossédés de notre travail et de nos maisons, nous n’aurons plus à redouter la fin de notre race. Comment puis-je faire autrement qu’avoir confiance en Molasar ?
Sa fille demeura silencieuse. Elle n’émit aucune objection, ce qui ne veut pas dire que les objections n’existaient pas.
— Quant à moi, poursuivit-il, je pourrai retourner à l’Université.
— Oui, ton travail… fit Magda, perdue dans une sorte de brume.
— J’ai d’abord pensé à mon travail, c’est vrai. Mais à présent que j’ai recouvré la santé, je ne vois pas pourquoi je ne serais pas chancelier.
Magda releva vivement la tête.
— Tu as toujours détesté l’administration.
— C’était avant. Et si je libère la Roumanie des fascistes, tu ne crois pas que je mériterai quelque reconnaissance ?
— Vous aurez également permis à Molasar de déferler sur le monde, dit Glenn après un long silence. Et cela pourrait vous valoir une autre sorte de reconnaissance.
Cuza serra les poings de colère. Qu’est-ce que cet étranger était venu faire ici ?
— Molasar est déjà libre, et mon rôle consistera à canaliser sa puissance ! Nous pouvons conclure un accord avec lui. Il a tant de choses à nous apprendre et à nous offrir. Qui sait ce qu’il pourra faire pour les autres malades considérés comme moi comme incurables ? Nous lui serons éternellement reconnaissants de nous avoir débarrassés des nazis. Et je pense que c’est pour nous une obligation morale de lui donner quelque chose…
— Précisez votre pensée.
— Eh bien, je ne sais pas exactement… nous pourrions lui livrer les nazis qui ont déclenché cette guerre.
— Et ensuite, de qui sera-ce le tour ? Souvenez-vous que Molasar n’en aura jamais assez. Sa soif de sang ne s’apaisera jamais. Dites-moi qui viendra ensuite !
— Je ne supporterai pas plus longtemps d’être ainsi interrogé ! s’écria Cuza. Nous trouverons une solution. Si une nation peut s’accommoder d’Adolf Hitler, nous trouverons bien le moyen de coexister avec Molasar !
— On ne cohabite pas avec les monstres, dit Glenn, que ce soient des nazis ou des Nosferatu ! Excusez-moi.
Il fit demi-tour et s’en alla. Magda ne bougea pas mais Cuza comprit tout de suite qu’elle le suivait en esprit sinon en corps. Il avait perdu sa fille.
Cette révélation aurait dû le faire souffrir, elle aurait dû trancher à vif dans sa chair. Malgré cela, il n’éprouvait rien de douloureux. Seule la colère l’habitait, la colère pour cet homme qui lui avait volé sa fille.
Il ne comprenait toutefois pas pourquoi il n’avait pas mal.
Magda regarda Glenn disparaître au coin de l’auberge puis elle se tourna vers son père. Elle observa son visage tourmenté pour essayer de deviner quels sentiments l’animaient en cet instant.
Papa avait été guéri, c’était tout bonnement merveilleux. Mais à quel prix ? Il était transformé – pas seulement physiquement mais moralement, spirituellement. Il parlait avec une certaine arrogance qui lui était totalement étrangère. La façon dont il défendait Molasar ne correspondait absolument pas à son caractère.
— Et toi ? dit Papa. Est-ce que tu vas t’éloigner à ton tour ?
Magda attendit pour répondre. L’homme qui se tenait devant elle était une sorte d’inconnu.
— Bien sûr que non, dit-elle en espérant que sa voix ne révélerait pas trop son désir de courir après Glenn. Mais…
— Mais quoi ? fit-il, cinglant.
— Est-ce que tu t’es vraiment demandé ce que signifiait traiter avec une créature telle que Molasar ?
Papa grimaçait de colère, et les contorsions de son visage avaient quelque chose de choquant pour Magda.
— C’est cela, hein ? Ton amant a réussi à te dresser contre ton propre père, contre ton peuple ? fit-il en éclatant d’un rire plein d’amertume. J’admire ta force de caractère, mon enfant. Quelques muscles, deux yeux bleus, et tu es prête à trahir ton peuple à l’instant où il va être sacrifié !
Non, ce ne pouvait être Papa qui s’exprimait ainsi ! Il n’avait jamais fait preuve de cruauté envers qui que ce soit et voilà qu’il prenait plaisir à s’acharner sur elle ! Mais elle se refusait à lui montrer à quel point il lui faisait mal.
— Rien ne te dit que tu peux avoir confiance en Molasar.