Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Marzavan répondit que s’il savait la maladie dont cette personne était attaquée, peut-être y trouverait-il un remède.
Le grand vizir raconta alors à Marzavan l’état où était le prince Camaralzaman, en prenant la chose dès son origine. Il ne lui cacha rien de sa naissance si fort souhaitée, de son éducation, du désir du roi Schahzaman de l’engager dans le mariage de bonne heure, de la résistance du prince et de son aversion extraordinaire pour cet engagement, de sa désobéissance en plein conseil, de son emprisonnement, de ses prétendues extravagances dans la prison, qui s’étaient changées en une passion violente pour une dame inconnue, qui n’avait d’autre fondement qu’une bague que le prince prétendait être la bague de cette dame, qui n’était peut-être pas au monde.
À ce discours du grand vizir, Marzavan se réjouit infiniment de ce que dans le malheur de son naufrage, il était arrivé si heureusement où était celui qu’il cherchait. Il connut, à n’en pas douter, que le prince Camaralzaman était celui pour qui la princesse de la Chine brûlait d’amour, et que cette princesse était l’objet des vœux si ardents du prince. Il ne s’en expliqua pas au grand vizir: il lui dit seulement que s’il voyait le prince, il jugerait mieux du secours qu’il pourrait lui donner. «Suivez-moi, lui dit le grand vizir, vous trouverez le roi près de lui, qui m’a déjà marqué qu’il voulait vous voir.»
La première chose dont Marzavan fut frappé en entrant dans la chambre du prince, fut de le voir, dans son lit, languissant et les yeux fermés. Quoiqu’il fût en cet état, sans avoir égard au roi Schahzaman, père du prince, qui était assis près de lui, ni au prince, que cette liberté pouvait incommoder, il ne laissa pas de s’écrier: «Ciel! rien au monde n’est plus semblable!» Il voulait dire qu’il le trouvait ressemblant à la princesse de la Chine, et il était vrai qu’ils avaient beaucoup de ressemblance dans les traits.
Ces paroles de Marzavan donnèrent de la curiosité au prince Camaralzaman, qui ouvrit les yeux et le regarda. Marzavan, qui avait infiniment d’esprit, profita de ce moment et lui fit son compliment en vers sur-le-champ. Quoique d’une manière enveloppée, où le roi et le grand vizir ne comprirent rien, il lui dépeignit si bien ce qui lui était arrivé avec la princesse de la Chine, qu’il ne lui laissa pas lieu de douter qu’il ne la connût et qu’il ne pût lui en apprendre des nouvelles. Il en eut d’abord une joie dont il laissa paraître des marques dans ses yeux et sur son visage.
La sultane Scheherazade n’eut pas le temps d’en dire davantage cette nuit. Le sultan lui donna celui de continuer la nuit suivante, et de lui parler en ces termes:
CXCVII NUIT.
Sire, quand Marzavan eut achevé son compliment en vers, qui surprit le prince Camaralzaman si agréablement, le prince prit la liberté de faire signe de la main au roi son père de vouloir bien s’ôter de sa place et de permettre que Marzavan s’y mît.
Le roi, ravi de voir dans le prince son fils un changement qui lui donnait bonne espérance, se leva, prit Marzavan par la main et l’obligea de s’asseoir à la même place qu’il venait de quitter. Il lui demanda qui il était et d’où il venait; et après que Marzavan lui eut répondu qu’il était sujet du roi de la Chine et qu’il venait de ses états: «Dieu veuille, lui dit-il, que vous tiriez mon fils de sa profonde mélancolie! je vous en aurai une obligation infinie, et les marques de ma reconnaissance seront si éclatantes que toute la terre reconnaîtra que jamais service n’aura mieux été récompensé.» En achevant ces paroles, il laissa le prince son fils dans la liberté de s’entretenir avec Marzavan, pendant qu’il se réjouissait d’une rencontre si heureuse avec son grand vizir.
Marzavan s’approcha de l’oreille du prince Camaralzaman, et en lui parlant bas: «Prince, dit-il, il est temps désormais que vous cessiez de vous affliger si impitoyablement. La dame pour qui vous souffrez m’est connue, c’est la princesse Badoure, fille du roi de la Chine, qui se nomme Gaïour. Je puis vous en assurer sur ce qu’elle m’a appris elle-même de son aventure, et sur ce que j’ai déjà appris de la vôtre. La princesse ne souffre pas moins pour l’amour de vous que vous ne souffrez pour l’amour d’elle.» Il lui fit ensuite le récit de tout ce qu’il savait de l’histoire de la princesse, depuis la nuit fatale qu’ils s’étaient entrevus d’une manière si peu croyable. Il n’oublia pas le traitement que le roi de la Chine faisait à ceux qui entreprenaient en vain de guérir la princesse Badoure de sa folie prétendue. «Vous êtes le seul, ajouta-t-il, qui pouvez la guérir parfaitement et vous présenter pour cela sans crainte. Mais avant d’entreprendre un si grand voyage, il faut que vous vous portiez bien: alors nous prendrons les mesures nécessaires. Songez donc incessamment au rétablissement de votre santé.»
Le discours de Marzavan fit un puissant effet: le prince Camaralzaman en fut tellement soulagé par l’espérance qu’il venait de concevoir, qu’il se sentit assez de force pour se lever, et qu’il pria le roi son père de lui permettre de s’habiller, d’un air qui lui donna une joie incroyable.
Le roi ne fit qu’embrasser Marzavan pour le remercier, sans s’informer du moyen dont il s’était servi pour faire un effet si surprenant, et il sortit aussitôt de la chambre du prince avec le grand vizir pour publier cette agréable nouvelle. Il ordonna des réjouissances de plusieurs jours, il fit des largesses à ses officiers et au peuple, des aumônes aux pauvres, et fit élargir tous les prisonniers. Tout retentit enfin de joie et d’allégresse dans la capitale, et bientôt dans tous les états du roi Schahzaman.
Le prince Camaralzaman, extrêmement affaibli par des veilles continuelles et par une longue abstinence, presque de toute sorte d’aliments, eut bientôt recouvré sa première santé. Quand il sentit qu’elle était bien rétablie pour supporter la fatigue d’un voyage, il prit Marzavan en particulier: «Cher Marzavan, lui dit-il, il est temps d’exécuter la promesse que vous m’avez faite. Dans l’impatience où je suis de voir la charmante princesse et de mettre fin aux tourments étranges qu’elle souffre pour l’amour de moi, je sens bien que je retomberais au même état que vous m’avez vu si nous ne partions incessamment. Une chose m’afflige et m’en fait craindre le retardement: c’est la tendresse importune du roi mon père, qui ne pourra jamais se résoudre à m’accorder la permission de m’éloigner de lui. Ce sera une désolation pour moi si vous ne trouvez le moyen d’y remédier. Vous voyez vous-même qu’il ne me perd presque pas de vue°.» Le prince ne put retenir ses larmes en achevant ces paroles.
«Prince, reprit Marzavan, j’ai déjà prévu le grand obstacle dont vous me parlez: c’est à moi de faire en sorte qu’il ne nous arrête pas. Le premier dessein de mon voyage a été de procurer à la princesse de la Chine la délivrance de ses maux, et cela par toutes les raisons de l’amitié mutuelle dont nous nous aimons presque dès notre naissance, du zèle et de l’affection que je lui dois d’ailleurs. Je manquerais à mon devoir si je n’en profitais pas pour sa consolation et en même temps pour la vôtre, et si je n’y employais toute l’adresse dont je suis capable. Voici donc ce que j’ai imaginé pour lever la difficulté d’obtenir la permission du roi votre père, telle que nous la souhaitons, vous et moi. Vous n’êtes pas encore sorti depuis mon arrivée: témoignez-lui que vous désirez de prendre l’air, et demandez-lui la permission de faire une partie de chasse de deux ou trois jours avec moi: il n’y a pas d’apparence qu’il vous la refuse. Quand il vous l’aura accordée, vous donnerez ordre qu’on nous tienne à chacun deux bons chevaux prêts, l’un pour monter et l’autre de relais, et laissez-moi faire le reste.