Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Tu m’as ouvert le bras, salope. Et je te garantis que je vais te le faire payer…
Il recule un peu, fait descendre le canon du Double Eagle le long de son cou, entre ses seins, sur son ventre. Lentement, en la fixant droit dans les yeux. Une main puissante est venue remplacer l’arme, qui la crucifie au mur. Le flingue remonte un peu puis se plante à nouveau, juste sous son sternum.
Ses poumons se bloquent, un cri reste coincé. Pourtant, elle ne l’implore pas du regard.
— Je crois que tu n’as pas compris qui je suis, murmure Raphaël. Alors je vais t’expliquer…
CHAPITRE 4
L’aube hésite.
Le ciel couvert offre un sursis au prédateur.
Il n’est encore qu’aux aguets. Il agira en plein jour. Cet après-midi, peut-être, si l’occasion se présente. Si les conditions sont réunies.
Ne jamais prendre de risques inutiles.
De toute façon, pourquoi se presser ? Le moment de la chasse demeure le plus enivrant. Celui où il prépare l’attaque, répète la scène cent fois dans sa tête.
Frissons dans les jambes, le dos, les épaules. Jusque dans la nuque.
Le moment où rien n’est encore certain.
Le moment du désir, peut-être plus puissant que celui du plaisir. Parce qu’il imagine la jouissance, la sublime, la rend plus forte qu’elle ne pourra jamais être. L’esprit va toujours tellement plus loin que les actes.
Il a déjà choisi sa proie, depuis longtemps. L’a sélectionnée dans le troupeau docile. C’était le mois dernier… Aujourd’hui, l’affût est terminé, il est temps de passer à l’action. De se mettre à table pour le festin.
Elle est là. Derrière cette fenêtre du premier étage. Derrière ces volets entrebâillés.
Elle est là, elle l’attend.
Elle ne sait pas encore qui il est, mais elle l’attend, c’est certain.
Belle. Tellement belle.
Petite, blonde, élancée. Visage de sainte, lèvres roses et charnues qu’elle aime mordiller entre ses dents. Petit nez légèrement retroussé. Peau blanche, laiteuse. Grands yeux clairs et rieurs.
Elle sait.
Elle sait ce qu’elle produit sur les hommes comme lui. Et elle en joue. S’en amuse sans pitié, sans vergogne.
Ange pervers. Irrésistible.
Sauf qu’avec lui, on ne joue pas.
Elle est belle, oui.
Et vierge.
Mais plus pour longtemps.
CHAPITRE 5
5 h 30
L’aube se faufile autour de la maison.
Eux aussi.
L’assaut se prépare, dans un silence de mort. Bataillon en formation serrée, cagoulés, armés jusqu’aux dents.
Prêts à en découdre, prêts à tout.
Prêts à tuer s’il le faut.
Le signal est donné, la porte explose sous les coups de bélier, la cohorte envahit la maison. Fracas de hurlements, de menaces et de sommations.
Raphaël se réveille dans un sursaut, la main sur son colt. Il coupe sa respiration, écoute.
Aucun bruit suspect. Ni pas, ni voix. Seulement les plaintes douloureuses de son frère.
Alors il referme les yeux, retournant malgré lui dans son cauchemar favori… Même s’il ne dort plus.
Ils entrent en force, pointant leurs armes automatiques sur un homme seul. Comme s’il pouvait représenter un péril pour cet escadron. Peut-être que oui, d’ailleurs.
Mais tout cela est bien inutile. Parce qu’il sait qu’il a perdu la partie, qu’il n’y a plus rien à faire, sauf se rendre. Ou mourir.
Parce que c’est le jeu et qu’il en respecte les règles.
Il tombe à genoux, mains derrière la tête.
Drôle de jeu.
Parce qu’il a choisi de vivre ainsi.
C’est le risque, celui qu’il aime tant. Autant que l’argent et la liberté.
Cette liberté qu’il vient de perdre et pour longtemps.
Les hommes en noir le plaquent au sol, lui passent les menottes. Il sent le canon du fusil d’assaut appuyer sur sa nuque. Au moindre mouvement…
On le relève, il se retrouve face au chef de meute. Tellement de choses dans leurs yeux. De la considération, de la rage, un peu de colère.
Tu nous as fait courir, putain…
Raphaël finit par lui sourire.
Chapeau ! J’ai perdu, tu as gagné. Mais ce n’est qu’une bataille, pas la guerre.
Le flic d’élite ne jubile pas, la victoire modeste. Car lui aussi, sait. Que Raphaël n’est pas un petit malfrat, un délinquant minable. C’est un beau mec, comme on dit. Un type qui inspire crainte et respect, même dans le camp adverse.
Un homme qui a appris les règles, n’y déroge jamais.
L’argent, le risque, la liberté, l’honneur. La violence.
La légion ennemie l’emporte vers une destination qu’il connaît déjà.
Début du calvaire.
Le 36, pour des heures et des heures d’interrogatoire. Que de temps perdu puisqu’il admet sa culpabilité dès les premières secondes. Les yeux dans les yeux. Mais qu’il ne donnera jamais ses complices, même sous la torture.
Après, ce sera le bureau d’un juge, les nuits au dépôt.
Et la maison d’arrêt. Son quartier d’isolement.
Suite du calvaire.
C’est le jeu.
Drôle de jeu.
Le procès, le troisième, déjà.
La peine, toujours plus lourde.
D’un point de vue pénal, mieux vaut violer une femme que le coffre d’une banque. Prendre les armes pour prendre l’argent là où il se trouve, voilà un crime impardonnable aux yeux de la justice… Vraiment aveugle, aucun doute.
Les taules qui se succèdent.
Pas de pitié pour les braqueurs. Ça tombe bien, ils n’en demandent pas.
C’est le jeu, après tout.
Un jeu à la con, parfois. Souvent.
L’isolement, encore. Les cachots, le noir et la solitude. Où il faut tenir. Tenir debout pour ne pas devenir fou. Se répéter inlassablement qui on est, pourquoi on est là. Et ce qu’on fera ensuite.
Debout pour ne pas devenir fou.
Et puis un jour, la liberté. Après des années et des années… La liberté que l’on peut affronter parce qu’on n’a jamais cédé.
Fin du calvaire. Mais pour combien de temps ?
Recommencer. C’est le jeu, ça aussi.
Raphaël replonge doucement, une main sur la crosse de son flingue. Dehors, le vent se lève, comme pour chasser le brouillard dans sa tête. Où s’insinuent d’autres images…
Les vitrines explosent, les bijoux glissent dans les sacs. Tout va si vite.
L’adrénaline qui descend après la montée en flèche.
Le chrono qui tourne.
Vite, faire vite.
Couchés sur le sol, ventre à terre, deux hommes, une femme. Terrorisés.
Et les vitrines qui se brisent, encore. À coups de marteau. Les écrins qui changent de main.
Vite, faire vite.
Jeter un œil dehors ; rien à signaler. Fred est près de la voiture, moteur au ralenti.
Tout est sous contrôle. C’est la règle si l’on ne veut pas perdre.
Tout perdre.
Dernière vitrine, derniers joyaux. Le dernier coup.
Un coup de maître.
Encore un regard vers la place mythique, sanctuaire du luxe, du fric. Du raffinement, de l’opulence. De l’indécence. Ce temple qu’ils osent profaner, avec une indicible jouissance.
Il est temps de sortir, avec calme. Comme si de rien n’était. Il suffit de pousser la porte et de marcher jusqu’à la voiture. Quelques mètres, à peine. Les plus périlleux.