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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Lâchez-moi !

— Il est où, ton mec ?

— Je vous l’ai dit… En déplacement.

— Il a tort de te laisser seule. Ce n’est pas très prudent. T’es sûre qu’il tient à toi ?

Sandra ferme les yeux, ses intestins s’amusent à faire des nœuds.

— C’est quoi son boulot ? poursuit Raphaël.

Il se colle contre Sandra, elle sent le colt qu’il porte à la ceinture appuyer sur ses reins. Coincée contre le plan de travail, elle ne peut pas faire grand-chose. Elle devine seulement que le repousser serait une grave erreur.

— Je t’ai posé une question.

Sandra réfléchit. Doit-elle dire la vérité ? Mentir ?

Pile ou face.

— Il est…

La main de Raphaël se crispe un peu sur sa gorge.

— Il est quoi ?

— Gendarme.

Elle a parlé si doucement qu’il pense ne pas avoir compris.

— Quoi ?

— Gendarme.

Raphaël reste un instant bouche bée. Il resserre encore son étreinte, elle étouffe.

— Me prends pas pour un con… Tu crois que je vais me tirer d’ici, c’est ça ? Tu crois que tu vas me faire peur ?

— Je n’essaie pas de vous effrayer, je réponds juste à vos questions. Je vous jure !

Raphaël recule, Sandra se retourne.

— Il n’y a pas de gendarmerie dans ce bled !

— Non, il… il travaille à soixante kilomètres d’ici, à Châteauroux. Il fait le trajet chaque matin et chaque soir. Mais là, il est en déplacement, pour une de ses enquêtes. Il est sur une affaire délicate… un tueur. Un prédateur, comme il dit. Un type qui s’attaque aux enfants. Enfin aux adolescentes, plutôt.

Le visage de Raphaël se contracte. Elle s’y attendait. Mais ne sait pas à quoi s’attendre ensuite.

Pile ou face.

— Et il devait rencontrer des collègues dans le Nord, vers Lille je crois… Parce que ce fou a sévi là-bas aussi… Voilà, vous savez tout.

— Je te conseille de me dire la vérité, menace le braqueur d’une voix glacée.

— C’est ce que je viens de faire. Je vous assure !

Il sent qu’elle est sincère. Parce que trop terrorisée pour mentir.

Putain… Une chance sur combien de millions ? Plusieurs dizaines, à coup sûr. De tomber chez un poulet. Surtout ici, à cinquante bornes du premier commissariat ou de la première gendarmerie.

Décidément, la poisse le poursuit.

— Vous serez sans doute partis, vous et votre frère, avant qu’il ne revienne.

Raphaël se force à sourire.

— T’as peur que je le bute, c’est ça ?

— Partez, je vous en prie ! Votre frère va aller mieux dans la journée, vous pourrez l’emmener avec vous sans risque.

— C’est pas toi qui décides ! Je sais ce que j’ai à faire et je pars quand je veux.

— Partez avant qu’il ne revienne, implore encore Sandra. Je ne vous dénoncerai pas ! Je peux vous donner de l’argent !

— De l’argent ?

Il se met à rire, elle frissonne de la tête aux pieds.

— Tu peux te le garder ton fric ! Tu me prends pour un voleur à la tire ou quoi ?! J’ai plusieurs dizaines de millions d’euros dans le coffre de ma caisse !

Elle se met à trembler, il file un coup de pied dans une chaise.

— Bordel de merde ! hurle-t-il. Bordel de merde !

Il perd son sang-froid, essaie de se reprendre. Rien ne marche comme prévu. Tout va de travers. Il est sur la mauvaise pente.

Un coup raté, le sang qui a coulé. Pour la première fois.

Un poulet en réanimation, ses petits copains qui vont mettre le paquet pour les choper. Ou les tuer.

Oui, ils vont tirer à vue.

Il croyait avoir trouvé un refuge parfait, voilà qu’il apprend qu’il est dans la tanière d’un flic. Ou plutôt d’un gendarme, mais c’est la même chose. Peut-être même pire.

La totale.

Il relève la chaise envoyée dans le décor, dévisage Sandra, réfugiée dans un angle de la pièce. Tétanisée.

— Alors, ce café, ça vient ?

— Oui… Oui.

Elle attrape une tasse dans le placard mais elle tremble tellement que sa main lâche prise. La tasse explose sur le carrelage, Raphaël lève les yeux au ciel.

— Et merde ! s’écrie la jeune femme.

Elle s’accroupit pour ramasser les morceaux, s’entaille un doigt, le porte à sa bouche. Et éclate soudain en sanglots. Elle tombe sur les fesses, continue à pleurer sans retenue, déversant des tonnes d’angoisse. Toute cette peur, engrangée depuis des heures.

Peur de mourir, de ne jamais le revoir. Peur de devenir une proie pour cet homme, cet inconnu au visage balafré.

— Calmez-vous, ordonne sèchement Raphaël.

Elle tente d’endiguer le flot, en vain. Des sanglots la secouent toujours par vagues successives. Elle se relève, se plie en deux.

— Du calme, répète Raphaël. Arrêtez de chialer. Tout de suite !

Elle fait son maximum, passe une main sous ses yeux. Il la conduit jusqu’à une chaise, l’assoit de force. Finalement, c’est lui qui sert le café. Il s’attable en face d’elle, la regarde avec une sorte de découragement.

— Arrête de pleurer, exige-t-il encore. Tu me tapes sur les nerfs !

Il a une voix moins dure, elle parvient enfin à se calmer.

— Si tu fais ce que je te dis, tu auras la vie sauve, ajoute-t-il.

— Vous mentez !

— Jamais. Mais si tu essayes encore de me saigner, là…

— Je ne voulais pas vous tuer… juste m’enfuir.

— Ben voyons ! C’était vraiment pas une bonne idée. Fais en sorte que William survive et plus un seul coup tordu… Je ne suis pas un tueur, mais si tu m’y forces, je n’hésiterai pas. Je suis prêt à tout pour sauver mon frère. Et ma peau, aussi. À tout, tu entends ?

Sa voix est redevenue aussi froide et tranchante que la lame d’un couteau.

— Bois ton café, maintenant. Et arrête de chialer comme une pisseuse. Je veux que tu ailles voir mon frère, il n’a pas l’air bien.

Elle prend une profonde inspiration, tente de se maîtriser.

— Il est sérieusement atteint, murmure-t-elle.

— Je sais. Combien de chances ?

— Pardon ?

— Combien de chances de s’en tirer ?

— Je ne sais pas… J’ai peur d’une infection à la jambe. Je n’ai pas d’antibiotiques et…

— Démerde-toi pour en trouver, aboie Raphaël.

Il approche son visage du sien.

— Et n’oublie pas : si Will meurt, tu meurs avec lui.

Un bruit de pas les surprend, ils tournent la tête vers la porte.

— Salut, marmonne Fred.

Il s’installe à table, attendant sans doute d’être servi. Sandra va lui chercher une tasse, il la suit des yeux.

— Qu’est-ce que tu as au bras ? demande-t-il soudain.

Raphaël est un peu embarrassé.

— Madame a essayé de me planter, avoue-t-il finalement.

— Ah ouais ? répond Fred en la fixant. Madame a envie de crever ou quoi ?

Madame, debout près de l’évier, fixe ses pieds.

— C’est bon, maintenant, ajoute Raphaël en allumant une clope. Elle a compris qu’elle doit se tenir à carreau.

— T’es sûr ? Parce que je peux la calmer, si tu veux.

— Ce ne sera pas nécessaire, assure Raphaël. J’ai besoin d’elle pour soigner Will.

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