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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Comment il va ?

Enfin, il demande !

— Il est mal… Pas en état de reprendre la route.

Les deux hommes se dévisagent. Fred n’a visiblement pas envie de s’éterniser dans ce trou.

— Pourtant, il vaudrait mieux qu’on se casse aujourd’hui.

— Hors de question, répond Raphaël. Il est pas en état, je te dis. Et on est en sécurité ici.

— Écoute, Raph, je pense que…

— Tu n’as pas à penser. C’est moi qui décide. OK ?

— Du calme, man. On peut discuter, non ?

— Non. On reste ici tant qu’il ne tient pas debout.

Fred pose sa tasse sur la table, beaucoup trop fort. Puis il quitte la pièce sans ajouter un mot. Raphaël soupire, se sert un autre café avant de se préparer un jambon-beurre.

Pourtant, c’est les doigts qu’il a envie de se bouffer.

La taule a dû me niquer le cerveau… Mais qu’est-ce qui m’a pris de monter sur ce coup avec ce mec et cette folle ?

Ce type qu’il connaît à peine. Croisé en taule et jugé fiable par un vieux pote à lui, certes, mais… Et cette nana, à moitié givrée.

Il a intérêt à rester sur ses gardes. Il ne peut pas s’appuyer sur eux. L’impression d’être seul, horriblement seul.

— Ne reste pas dans mon dos. Viens t’asseoir en face de moi.

Sandra obtempère, Raphaël replonge dans ses pensées en terminant son petit déjeuner.

Ça aurait pu se passer autrement à la sortie de la bijouterie. Ils auraient pu prendre un des vendeurs en otage et se faire la belle sans le moindre coup de feu.

Non, il a fallu que ce connard allume un flic et une passante !

Maintenant, ils ne sont plus simplement des braqueurs. Ils sont devenus des tueurs.

Ça change tout.

Leur tête est mise à prix.

À n’importe quel prix.

CHAPITRE 6

8 h 30

Le brouillard n’a pas encore capitulé, enveloppant toujours les paysages d’une aura humide et pénétrante. Fred se tient immobile sur le seuil, une épaule appuyée contre le montant de la porte, le regard ennuyé par cette vapeur blanche et froide.

— Tu devrais rentrer, reproche Raphaël. Quelqu’un pourrait te voir…

— Avec ce putain de brouillard, ça m’étonnerait !

Fred consent cependant à revenir à l’intérieur et verrouille la porte d’entrée à double tour. Il passe par la cuisine où Christel s’offre un copieux petit déjeuner, en ressort avec une tasse de café fumante.

Raphaël est dans le fauteuil, veillant encore et toujours sur le sommeil de William qui ressemble plus à un coma qu’à un paisible songe.

Main dans la main, les deux frères inséparables. Trop longtemps séparés par un mur d’enceinte et des barbelés.

Un dedans, l’autre dehors. Les deux qui attendent une seule et même liberté.

Sandra est tout près, assise sur un des deux bancs qui flanquent la grande table de ferme. Elle bouge à peine, se balançant légèrement d’avant en arrière.

Fred s’aventure dans la pièce exiguë qui communique avec le salon par une porte agrémentée d’une vitre martelée. Sorte de petit bureau sans fenêtre, avec une armoire en bois fermée à clef, deux ordinateurs dernier cri posés côte à côte et une imprimante. Le malfaiteur s’installe sur le siège pivotant, allume une des deux unités centrales et patiente. Un petit tour sur le Net trompera l’ennui un moment… Mais un message clignote sur l’écran, exigeant un mot de passe. Alors Fred allume le second PC pour se heurter au même obstacle.

Il passe la tête dans le salon, interroge Sandra.

— C’est quoi le mot de passe de l’ordi ?

— Je n’en sais rien. Y a que Patrick qui le connaît.

— Tu te fous de moi ?

— Non ! Je ne touche jamais à ces ordinateurs, je déteste ça.

— Ah ouais ? Et pourquoi ton mari les protège comme ça, ses bécanes ? Il ne veut pas que tu saches sur quels sites il va, c’est ça ? Il mate des films de cul ou quoi ?

Sandra hausse les épaules.

— J’en sais rien, je vous dis. Et je m’en fiche.

Fred soupire puis vient s’asseoir en face d’elle. Il détaille la pièce du regard, pour tuer le désœuvrement ; peut-être l’angoisse. Une enfilade en bois massif, exagérément sculptée, recouverte d’un marbre moucheté où trône un bouddha ventru en porcelaine, entouré d’enfants. Fred lui trouve une mine de pervers, avec ces gosses collés à lui… Une bibliothèque pauvrement garnie, un confiturier en noyer orné d’une chouette empaillée posée sur une branche. Un intérieur qu’il juge sombre, hétéroclite et de mauvais goût. Aucun raffinement, à part peut-être la pendule à mercure et le cavalier en bronze. Étonnant, pour cette femme qui a suivi de longues études, s’exprime fort bien et semble si instruite. Il se demande alors quelle est la profession exercée par l’époux fantôme… Tendant le bras, il se saisit d’un cadre en laiton où jaunit une vieille photo. Sandra et un homme. Le fameux mari, sans doute… Ce qui le surprend, c’est que Sandra ne sourit pas. Pourquoi alors avoir choisi ce cliché pour décorer sa salle à manger ? Elle y a l’air triste et sévère. Cet air dont elle ne se départ d’ailleurs jamais.

Mais elle n’a aucune raison de sourire depuis qu’elle a eu le malheur de croiser leur cavale.

— C’est lui, ton mec ? questionne Fred.

Elle hoche simplement la tête, sans même regarder ce qu’il tient entre ses mains.

— Dis donc, il est plus vieux que toi !

— Qu’est-ce que ça peut bien vous foutre ?

— Eh ! Tu me parles autrement, OK ?

— Vous n’avez pas à toucher à mes affaires ! Posez ce cadre !

— Bouclez-la un peu, marmonne Raphaël. Will a besoin de se reposer.

Le jeune homme ouvre un œil, le referme aussitôt. Le silence pèse à nouveau sur la maison ; seule la voix grave de Christel leur apporte un air familier, fredonné depuis la cuisine. Cet air d’opéra qu’elle psalmodie constamment.

Raphaël consulte sa montre et lève les yeux vers Sandra.

— Tu travailles avec quelqu’un à ton cabinet ?

— Oui, j’ai une assistante.

— Et à quelle heure tu commences d’habitude ?

— Vers neuf heures.

— Et tu attends quoi pour prévenir ton assistante ?

— Je… je sais pas.

— Parce que tu crois que tu vas aller bosser peut-être ? dit Fred.

— Mais j’ai des rendez-vous et…

— Stop ! coupe Raphaël d’une voix cinglante. Appelle ta secrétaire, mets le haut-parleur. Tu lui dis que t’es malade, que tu ne peux pas bouger de ton pieu et que tu ne viendras pas bosser. Ni aujourd’hui, ni demain.

Il s’extirpe de son fauteuil et saisit le sans-fil avant de le mettre de force dans la main de Sandra.

— Et pas d’entourloupe surtout, ajoute-t-il.

Elle compose le numéro, appuie sur la touche haut-parleur. Trois sonneries plus tard, son assistante décroche.

— Bonjour Amélie, c’est Sandra. Je ne vais pas pouvoir venir aujourd’hui. Je suis malade, j’ai attrapé une sorte de grippe… je suis clouée au lit.

— Aïe ! Vous avez vu le médecin ?

Sandra hésite, elle dévisage Raphaël qui lui répond d’un signe de tête.

— Non, j’ai ce qu’il faut à la maison, je vais soigner ça.

— Vous devriez l’appeler, sermonne Amélie d’une voix maternelle. Surtout que votre homme n’est pas là en ce moment !

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