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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Elle se tourne vers Raphaël, visiblement très anxieux.

— A-t-il bu ou mangé quelque chose ces dernières heures ?

— Il a déjeuné à midi et depuis, il a bu de l’eau.

— Ma trousse est restée dans la voiture.

— Christel va aller vous la chercher. Autre chose ?

— Quel est son prénom ?

— William. Will, quoi.

Sandra s’intéresse à nouveau à son patient.

— Ça va aller, William.

Elle ressent le besoin de le rassurer. Peut-être parce qu’elle-même est morte de trouille.

Il est si jeune. Même pas 30 ans. Et sa vie ne tient plus qu’à un fil.

— Vous êtes docteur ? demande-t-il.

Elle sourit.

— Oui. Vous n’êtes pas le genre de patient que je soigne habituellement, mais ça va aller.

— Je vais mourir ?

Elle n’a pas le temps de répondre, Raphaël le faisant à sa place.

— Mais non, tu ne vas pas mourir ! Arrête avec ça… La toubib va s’occuper de toi !

Sandra fouille la trousse que Christel vient de lui rapporter. Elle en sort des gants de chirurgien et divers instruments de torture.

William tourne la tête vers cet attirail, tandis que son frère prend sa main dans la sienne. Il a rangé son flingue à la ceinture, la véto n’ayant pas l’air de vouloir leur jouer un mauvais tour.

Sandra s’adresse à Christel qui s’est effondrée sur le canapé, apparemment épuisée.

— Allez dans la cuisine et faites bouillir une casserole d’eau.

Christel la toise de travers. Elle a des yeux étonnants ; chacun d’une couleur différente.

— J’suis pas ta bonniche, OK ?

— Ferme-la ! gueule Raphaël. Fais ce qu’elle te demande et magne-toi !

La jeune femme souffle mais s’exécute.

— Journée de merde ! grogne-t-elle en cherchant la cuisine.

Sandra attrape une paire de ciseaux dans le bahut et commence à découper le pantalon du blessé. Une balle s’est incrustée dans la cuisse du jeune homme, juste au-dessus du genou.

— Aidez-moi à le déshabiller, dit-elle.

À deux, ils retirent la veste puis Sandra découpe la chemise. Will se retrouve quasiment à poil, se met à trembler.

— Montez les radiateurs à fond, ordonne-t-elle. Il ne faut pas qu’il ait froid.

La blessure à l’épaule est moins grave que l’autre ; le projectile est ressorti après avoir arraché un bon morceau de chair tout en haut du bras.

Pourtant, Sandra a envie de déclarer forfait face à l’ampleur de la tâche. Mais Raphaël veille, juste dans son dos. Elle sent son regard épier chacun de ses mouvements, sa présence au-dessus de son épaule. Ça la déconcentre.

Putain, je n’aurais pas dû décrocher le téléphone !

Elle tente de recouvrer son sang-froid. De retrouver les gestes. De calmer les tremblements pathétiques de ses mains. Opérer un homme, gravement touché, sous la menace d’un flingue et sur une table de ferme.

Tenter de lui sauver la vie alors que la sienne est en danger.

Elle manque de tourner de l’œil à son tour, s’accroche à la table.

Je connais leurs visages, leurs prénoms. Quand j’aurai terminé, ils me tueront.

L’évidence la percute de plein fouet, elle suffoque.

Raphaël s’approche dangereusement, lui parle d’une voix à peine audible.

— Pas le moment de flancher. Question de vie ou de mort…

23 h 00

Raphaël et Fred portent William jusqu’au canapé. Il est encore inconscient, ils étalent une couverture sur lui.

Sandra s’est assise sur le banc, exténuée. Elle a extrait la balle, refermé les plaies. Mission accomplie.

— Beau boulot, reconnaît Raphaël.

Elle ne répond pas, ne lève même pas les yeux sur lui.

Christel a monté leurs affaires au premier étage, en a profité pour se changer, troquant son tailleur chic contre un jean complètement destroy et un tee-shirt à manches longues.

— Y a deux chambres en haut et une en bas, annonce-t-elle. J’en ai choisi une en haut.

— J’ai faim, dit soudain Fred. Tu nous fais à bouffer ?

— Et puis quoi encore ? Si t’as faim, tu te démerdes !

— Arrêtez de vous engueuler, ordonne Raphaël. Allez vous reposer, je vais rester avec Will.

— Et elle ? demande Fred en regardant Sandra.

La vétérinaire lève la tête, tombe sur les yeux de Raphaël.

— On l’attache sur son lit. Désolé, docteur, mais je n’ai pas le choix.

— Ce ne sera pas nécessaire. Je dois rester près de lui, être là s’il se réveille.

— Très bien.

Fred dévalise le frigo avant de disparaître à l’étage. Christel s’attarde encore quelques minutes, fumant une cigarette sur le pas de la porte.

— Je vais me pieuter, dit-elle. Bonne nuit…

— Bonne nuit, ma belle, répond Raphaël.

La jeune femme monte l’escalier d’un pas léger, Raphaël s’assoit sur l’accoudoir du canapé, couvant son frère du regard. Sandra reprend doucement ses esprits ; elle se dirige naturellement vers la cuisine mais sent soudain une main saisir son bras. Marche arrière brutale.

— Où allez-vous ?

— Boire un verre d’eau, j’ai le droit ?

Raphaël resserre sa poigne.

— Vous bougez pas un cil sans me demander la permission, c’est clair ?

Sandra hoche doucement la tête, il relâche la pression.

— Je vous accompagne, ajoute-t-il.

Elle ouvre le robinet, sent que ses jambes ne vont pas tarder à lâcher. Elle flaire la présence de Raphaël, juste dans son dos. Elle n’échappera pas à sa vigilance, sauf s’il s’endort. De toute façon, il ne la tuera pas maintenant, il peut encore avoir besoin d’elle.

— Votre mari rentre quand ?

Sandra sursaute, lâche son verre qui explose dans l’évier. Raphaël sourit.

— Alors, il rentre quand ?

— Je… je ne sais pas.

— Où est-il ?

— En déplacement. Pour… son travail. Il m’appellera pour me dire.

Ils repartent dans la salle à manger, Sandra tire un fauteuil près du sofa. Elle prend le pouls du miraculé, touche son front. Raphaël la fixe avec insistance.

— Je ne sais pas s’il va survivre, avoue-t-elle à voix basse.

Les yeux du braqueur se plissent, ses lèvres se pincent.

— Je l’espère, dit-il. Je l’espère pour vous.

Il se place juste derrière elle, se penche. Elle sent ses mains se poser lourdement sur ses épaules.

— J’espère pour toi qu’il est sauvé, murmure-t-il dans son oreille.

— J’ai fait ce que j’ai pu ! se défend Sandra. Avec les moyens du bord…

Il devine les larmes dans sa voix, les tremblements dans son corps. Accentue la pression.

— Peut-être… Mais s’il y passe, je m’occuperai de toi personnellement, je te le promets. Si Will meurt, tu meurs.

Mercredi 5 novembre

CHAPITRE 3

4 h 40

William ouvre parfois les yeux. Pourtant, il ne semble pas vraiment là, gémissant des mots sans suite. Raphaël tient sa main dans la sienne, tente de l’apaiser. En cet instant, il pense à leur mère.

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