Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— On dirait un… labrador.
— Il a un collier ?
— Non, rien… Vous pouvez m’aider ?
— J’arrive. Je serai là dans dix minutes environ.
— Merci beaucoup, je vous attends.
Elle raccroche, Raphaël sourit. Il rejoint l’Audi, Fred baisse la vitre.
— Elle arrive.
— Elle ?
— Ouais, elle.
— Y a un vieux qui nous mate par la fenêtre.
— J’ai vu, répond Raphaël en allumant une cigarette.
— Faut qu’on se tire d’ici vite fait.
— Arrête de flipper. Christel et toi, vous allez vous planquer dans la ruelle. Je m’occupe du reste…
Sandra s’engouffre dans son 4 × 4.
Une mauvaise soirée s’annonce, mais elle n’a pas le choix.
C’est le boulot. Son boulot.
D’après ce que le type lui a dit, elle va sans doute devoir euthanasier le chien. Pas envie de ça maintenant.
Maintenant qu’il n’est pas là. Qu’il lui manque.
Alors qu’elle est rentrée il y a peu d’une harassante journée. Quatre fermes à visiter.
Le Nissan s’engage sur la piste — quelques dizaines de mètres à peine — avant de rejoindre le goudron et d’accélérer.
Plus vite j’arrive, plus vite c’est terminé. Il avait une voix agréable, ce type. Grave, chaude, sensuelle. Et au moins, il n’a pas laissé le chien agoniser sur le bord de la route, comme le font certains.
La lumière des phares tranche difficilement le brouillard qui revient sournoisement à l’attaque, engloutira toute la plaine avant l’aube.
Huit minutes plus tard, Sandra entre dans le village de Mermaisan. Désert, silencieux, qui ressemble presque à un cimetière.
C’est pour ça qu’il a choisi de venir s’installer ici.
Ce calme, cette solitude… Cette absolue tranquillité.
Elle stoppe le Nissan devant son cabinet, aperçoit la silhouette de l’homme qui l’a appelée. Assez grand, en costard foncé et chemise.
— Bonsoir, je suis le docteur Thuillier.
Raphaël essaie de ne pas serrer trop fort la main qu’elle lui tend.
— Merci d’être venue si vite, docteur.
Elle remarque le sang sur sa chemise ; le labrador doit vraiment être salement amoché.
— Où est le chien ?
— À l’arrière de ma voiture. L’Audi, juste en face.
— Il va falloir le porter jusqu’à mon cabinet.
— Aucun problème.
Ils approchent de la berline noire, Raphaël ouvre la portière arrière, invite la vétérinaire à regarder à l’intérieur.
Sandra reste médusée un instant face au jeune homme allongé sur la banquette. Son regard s’attarde sur la blessure à sa jambe. Sur le sang, partout. Elle a un mouvement de recul, sent soudain quelque chose de dur s’enfoncer dans ses côtes.
— Ne bougez pas, ordonne doucement Raphaël. J’ai une arme braquée sur vous.
Sandra s’est figée, elle ferme les yeux.
— Mon frère est gravement blessé, j’ai besoin de vous.
— Je ne suis pas médecin, je suis…
— … parfaitement capable de le soigner, je le sais. Alors pas de ça avec moi.
— Écoutez monsieur, je ne vois pas bien l’état de votre frère, mais j’ai l’impression que ses blessures sont très sérieuses. Mon cabinet n’est pas équipé pour ce genre d’intervention. Il faut l’emmener à l’hôpital.
— Impossible. Vous allez donc vous en occuper. À moins que vous ne préfériez mourir, docteur ?
— Restez calme, je vous en prie !
— Je suis parfaitement calme. Parfaitement déterminé, aussi. On va aller ensemble chercher ce qu’il vous faut au cabinet et ensuite, on lève les voiles. On va chez vous.
— Ch… chez moi ?
— Oui, chez vous. Visiblement, ce n’est pas loin d’ici. Il y a combien de personnes à votre domicile ?
— Mon… mon mari et mes… trois fils.
Raphaël sourit dans son dos.
— Vous mentez très mal docteur !
Il fait pression sur l’arme, elle laisse échapper un cri.
— Je suis seule, mon mari est absent.
— Parfait, je préfère ça. Après vous, doc. Et surtout, pas de connerie. Si vous êtes sage, tout se passera bien, je vous assure.
CHAPITRE 2
Le Qashqai s’engage sur la piste boueuse, l’Audi collée au pare-chocs.
— On est arrivés, murmure Sandra.
Raphaël ne voit pas grand-chose avec ce satané brouillard qui a complètement bouffé l’espace.
— Garez-vous devant la porte, coupez le moteur et filez-moi les clefs.
Sandra s’exécute, l’Audi s’arrête juste derrière.
— Descendez.
Elle s’extirpe de la voiture avec difficulté, ses jambes tremblent. Raphaël l’empoigne immédiatement par un bras.
— Ouvrez la porte.
— C’est pas fermé…
Ils entrent dans la maison tandis que les trois autres patientent dans la S4. Sandra allume la lumière, ils sont dans une grande salle à manger. Raphaël la tient toujours fermement par un bras, elle ne fait pas le moindre mouvement pour se dégager.
L’habitude des chiens méchants.
— Y a personne ici, c’est sûr ? demande le malfaiteur en la fixant droit dans les yeux.
Il a un regard métallique, mêlant subtilement le bleu et le gris.
Métallique et magnétique.
Elle répond d’un signe négatif de la tête.
— OK, on va chercher les autres.
Ils rejoignent l’Audi, Raphaël confie son arme et la vétérinaire à Christel.
— Tu la lâches pas d’un pouce, compris ?
Christel braque le flingue sur Sandra tandis que Fred et Raphaël sortent le blessé de la voiture et l’escortent jusqu’à la maison, le soutenant chacun d’un côté.
Il est au bord de l’évanouissement, pèse une tonne.
— Allez Will, tiens bon ! On y est presque, encourage son frère.
Une fois à l’intérieur, Raphaël interroge Sandra du regard.
— Allongez-le là, dit-elle.
Une grande table de ferme, avec un banc de chaque côté. Très tendance dans la région.
Les deux hommes hissent William sur la table, Sandra récupère un plaid sur le canapé et le roule en boule sous la nuque du jeune homme.
— Il y a un endroit où on peut planquer la S4 ? interroge Raphaël.
— La quoi ?
— La bagnole !
— Les garages, juste derrière la maison.
— Filez-moi les clefs.
— Il y en a un qui reste ouvert…
Apparemment, ils ne craignent pas les cambrioleurs dans le coin. Il faut dire qu’à part les renards et les blaireaux, il ne doit pas passer grand monde dans ce trou perdu.
La planque idéale.
La chance serait-elle revenue de leur côté ?
— Fred, tu vas garer la caisse et tu ramènes nos affaires ici.
Fred obtempère sur-le-champ tandis que Sandra se penche sur le visage crispé et atrocement livide du blessé. La tâche sera difficile ; ils ont attendu trop longtemps, il a perdu beaucoup de sang.
— Comment vous vous sentez ? murmure-t-elle.
— J’ai mal. J’ai plus de force… J’ai soif.
— C’est normal. Mais je ne peux pas vous donner à boire maintenant. Parce qu’il va falloir que je vous endorme.