Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
De tous les poètes qui se sont prononcés sur les petits actes symptomatiques ou actes manquées, ou ont eu à s'en servir, il en est peu qui aient aussi bien entrevu leur nature cachée et éclairé aussi crûment les situations qu'ils provoquent que le fit Strindberg (dont le génie fut d'ailleurs aidé dans ce travail par son propre état psychique, profondément pathologique).
Le Dr Karl Weiss (de Vienne) a attiré J'attention sur le passage suivant d'un de ses ouvrages (Internat. Zeitschr. f. Psychoanal., I, 1913, p. 268):
«Au bout d'un instant, le comte arriva en effet et s'approcha tranquillement d'Esther, comme s'il lui avait donné rendez-vous.
– Attends-tu depuis longtemps? demanda-t-il d'une voix sourde.
– Depuis six mois, tu le sais, répondit Esther. Mais m'as-tu vue aujourd'hui?
– Oui, tout à l'heure, dans le tramway; et je te regardais dans les yeux, au point que je croyais te parler.
– Beaucoup de choses se sont passées depuis la, dernière fois.
– Oui, et je croyais que tout était fini entre nous.
– Comment cela?
– Tous lès petits objets que j'ai reçus de toi se sont brisés et cassés, et cela d'une façon mystérieuse. Mais c'est connu depuis longtemps.
– Que dis-tu? Je me rappelle maintenant une foule de cas que je considérais comme de simples effets du hasard. Un jour j'ai reçu de ma grand-mère un pince-nez; c'était à l'époque où nous étions encore bonnes amies. Les verres étaient en cristal de roche taillé et m'étaient très utiles lorsque je pratiquais des autopsies; ce pince-nez était une véritable merveille que je gardais soigneusement. Un jour je rompis avec la vieille et elle fut en colère contre moi. Or, à la première autopsie qui suivit cette brouille, les verres tombèrent de leur monture, sans aucune cause. Je croyais qu'il s'agissait d'un accident des plus simples. Je fis donc réparer le pince-nez. Mais il continua de me refuser son service. Je l'ai fourré dans mon tiroir et ne sais plus ce qu'il est devenu.
– Bizarre! Ce sont les objets liés aux yeux qui sont les plus sensibles. J'avais reçu d'un ami une lorgnette de théâtre; elle était tellement bien adaptée à mes yeux que m'en servir était pour moi un véritable plaisir. Un jour, cet ami et moi sommes devenus ennemis. Tu sais, cela arrive, sans cause apparente; l'un trouve tout à coup qu'on a tort de rester unis. Voulant me servir, pour la première fois après cet événement, de ma lorgnette, je n'arrivai pas à voir clair. Je trouvais les deux verres trop rapprochés et je voyais deux images. Inutile de te dire qu'il n'en était rien: les verres n'étaient pas plus rapprochés et l'écartement de mes yeux n'avait pas augmenté. C'était un de ces miracles qui s'accomplissent tous les jours et qu'un mauvais observateur n'aperçoit pas. L'explication? La force psychique de la haine est plus grande que nous ne le croyons. À propos: la bague que tu m'as donnée a perdu sa pierre. Impossible de la réparer, impossible. Veux-tu maintenant te séparer de moi?… (Die gotischen Zimmer, pp. 258 et suiv.).»
C'est ainsi que, dans le domaine des actes symptomatiques, l'observation psychanalytique doit également accorder la priorité aux poètes. Elle ne peut que répéter ce que ceux-ci ont dit depuis longtemps. M. Wilh. Stross attire mon attention sur le passage du célèbre roman humoristique de Lawrence Sterne – Tristram Shandy (Vle partie, ch. V):
«Et je ne suis nullement étonné que Grégoire de Nazianze, en observant les gestes brusques et agités de Julien, ait prédit qu'il deviendrait un jour renégat; ou que saint Ambroise ait chassé son Amanuen, à cause des mouvements inconvenants qu'il faisait avec sa tête, qu'il remuait comme un fléau à droite et à gauche; ou que Démocrite, voyant Protagoras faire un fagot de broutilles et mettre les branches les plus minces à l'intérieur du fagot, ait conclu que Protagoras était un savant. Il existe mille orifices invisibles, continue mon père, à travers lesquels un œil pénétrant peut voir d'un seul coup ce qui se passe dans une âme; et j'affirme ajouta-t-il, qu'un homme sensé ne mettra pas son chapeau sur la tête en entrant dans une pièce et ne se découvrira pas en sortant, ou, s'il fait l'un au l'autre, il laisse échapper quelque chose qui le trahit.»
10. Les erreurs
Les erreurs de mémoire ne se distinguent des oublis avec faux souvenir que par ce détail que les premières, loin d'être reconnues comme telles, trouvent créance. l' «emploi du mot «erreur» semble se rattacher encore à une autre condition. Nous parlons d'erreur, au lieu de parler de faux souvenir, lorsque dans les matériaux psychiques qu'on veut reproduire on tient à mettre l'accent sur leur réalité objective, c'est-à-dire lorsqu'on veut se souvenir d'autre chose que d'un fait de la vie psychique de la personne qui cherche à se souvenir, d'une chose pouvant être confirmée ou réfutée par le souvenir d'autres personnes. D'après cette définition, c'est l'ignorance qui serait le contraire d'une erreur de mémoire.
Dans mon livre Die Traumdeutung (1900; 3e édit., 1919), je me suis rendu coupable d'une foule d'erreurs portant sur des faits historiques et autres, erreurs qui m'ont frappé et étonné lorsque j'ai relu le livre après sa publication. Un examen un peu approfondi n'a pas tardé à me montrer que ces erreurs ne tenaient nullement à mon ignorance, que c'étaient des erreurs de mémoire facilement explicables par l'analyse.
a) Page 266, je donne la ville de Marburg, dont le nom se retrouve en Styrie, comme étant la ville natale de Schiller. Je retrouve la cause de cette erreur dans l'analyse d'un rêve que j'ai fait au cours d'un voyage de nuit et dont j'ai été brusquement tiré par le conducteur annonçant la station Marburg. Dans ce rêve, il était question d'un livre de Schiller. Or, Schiller est né, non dans la ville universitaire de Marburg, mais dans la ville souabe Marbach. Cela, je l'affirme, je l'ai toujours su.
b) Page 135, je donne au père d'Hannibal le nom d'Hasdrubal. Cette erreur, qui m'a été particulièrement désagréable, ne m'a d'ailleurs que confirmé dans la conception que je me suis faite des erreurs de ce genre. Peu de lecteurs de mon livre étaient mieux au courant de l'histoire des Barkides que moi qui ai commis cette erreur et l'ai laissée passer dans trois épreuves. Le père d'Hannibal s'appelait Hamilcar Barkas; quant à Hasdrubal, c'était le nom du frère d'Hannibal, ainsi d'ailleurs que celui de son beau-frère et prédécesseur au commandement.
c) Pages 177 et 370, j'affirme que Zeus a émasculé et renversé du trône son père Kronos. J'ai, par erreur, fait avancer cette horreur d'une génération: la mythologie grecque l'attribue à Kronos à l'égard de son père Ouranos [87].