Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
À propos de ces actes symptomatiques ayant pour objet la bague, l'anneau ou l'alliance, on constate une fois de plus que la psychanalyse rie découvre rien que les poètes n'aient pressenti depuis longtemps déjà. Dans le roman de Fontane Avant l'orage, le conseiller de justice Turgany dit pendant un jeu de gages: «Croyez-moi, mesdames, la remise d'un gage révèle parfois les mystères les plus profonds de la nature.» Parmi les exemples qu'il cite à l'appui de son affirmation, il en est un qui mérite un intérêt particulier. «Je me souviens, dit-il, d'une femme de professeur, à l'âge de l'embonpoint, qui, chaque fois, remettait en gage son alliance qu'elle tirait du doigt. Permettez-moi de ne pas vous décrire le bonheur conjugal de cette maison.» «Il se trouvait dans la même société, continua-t-il, un monsieur qui ne se lassait pas de déposer sur les genoux de cette dame son couteau de poche, muni de dix lames, d'un tire-bouchon et d'un briquet, jusqu'à ce que ce couteau monstre, après avoir déchiré plusieurs jupes de soie, ait disparu à travers les déchirures, à la grande indignation du public.»
Il n'est pas étonnant qu'un objet comme une bague ait une signification aussi riche, alors même qu'aucun sens érotique ne s'y trouve attaché, c'est-à-dire alors même qu'il ne s'agit ni d'une bague de fiançailles, ni d'une alliance. Le Dr Kardos a mis à ma disposition l'exemple suivant d'un acte manqué de ce genre:
Acte manqué éq uivalant à un aveu.
Il y a quelques années, un homme beaucoup plus jeune que moi et partageant mes idées, a bien voulu s'associer à mes travaux et adopter à mon égard une attitude que je qualifierai comme celle d'un disciple. À une certaine occasion, je lui ai offert une bague qui a provoqué de sa part un grand nombre d'actes symptomatiques ou manqués, et cela toutes les fois où nos relations ont été troublées par un malentendu. Tout récemment, il me fit part du fait suivant, particulièrement intéressant et transparent: sous un prétexte quelconque, il manqua l'un de nos rendez-vous hebdomadaires, au cours desquels nous avions l'habitude d'échanger à loisir nos idées; en réalité, il avait préféré rencontrer une jeune dame, avec laquelle il avait rendez-vous à la même heure. Le lendemain matin il s'aperçoit, mais longtemps après avoir quitté sa maison, qu'il a oublié de mettre sa bague. Il ne s'en inquiète pas outre mesure, se disant qu'il l'a sans doute laissée sur sa table de nuit où il avait l'habitude de la déposer tous les soirs, et persuadé qu'il la retrouvera à son retour. Aussitôt rentré, il se met à chercher la bague, mais en vain: elle n'était pas plus sur la table de nuit qu'ailleurs. Il finit par se rappeler qu'il avait, selon une habitude remontant à plus d'une année, déposé sa bague sur la table de nuit, à côté d'un petit canif; aussi pensa-t-il avoir mis, par distraction, la bague dans cette poche, en même temps que le canif. Il plonge donc les doigts dans la poche du gilet et y retrouve effectivement la bague.
«L'alliance dans la poche du gilet», telle est la recommandation qu'un proverbe populaire adresse au mari qui se propose de tromper sa femme. La conscience de sa faute l'a donc poussé d'abord à s'infliger un châtiment: «Tu ne mérites plus de porter cette bague», et ensuite à avouer son infidélité, sous la forme d'un acte manqué qui, il est vrai, n'avait pas de témoins. Il n'est arrivé à avouer sa petite «infidélité» que par le détour (c'était d'ailleurs à prévoir) du récit qu'il en fit.»
Je connais aussi un monsieur âgé ayant épousé une très jeune fille et qui, au lieu de partir tout de suite en voyage, préféra passer avec sa jeune femme la première nuit dans un hôtel de la capitale. À peine arrivé à l'hôtel, il constata avec angoisse que son portefeuille contenant la somme destinée au voyage de noces avait disparu. Il eut encore le temps de téléphoner à son domestique, qui avait retrouvé le portefeuille dans une poche de l'habit que notre nouveau marié avait déposé chez lui en revenant de la cérémonie du mariage. Rentré en possession de son portefeuille, il put le lendemain partir en voyage avec sa jeune femme; mais, ainsi qu'il l'avait redouté, il n'avait pas été capable de remplir pendant la nuit ses devoirs conjugaux.
Il est consolant de penser que, dans l'immense majorité des cas, les hommes, lorsqu'ils perdent quelque chose, accomplissent un acte symptomatique et qu'ainsi la perte d'un objet répond à une intention secrète de celui qui est victime de cet accident. Très souvent, la perte de l'objet témoigne seulement du peu de prix qu'on attache à celui-ci ou du peu d'estime qu'on a pour la personne de qui on le tient; ou encore, la tendance à perdre un objet déterminé vient d'une association d'idées symbolique entre cet objet et d'autres, beaucoup plus importants, la tendance se trouvant transférée de ceux-ci à celui-là. La perte d'objets précieux sert à exprimer les sentiments les plus variés: elle peut constituer la représentation symbolique d'une idée refoulée, donc un avertissement auquel on ne prête pas volontiers l'oreille, ou bien (et avant tout) elle doit être considérée comme un sacrifice offert aux obscures puissances qui président à notre sort et dont le culte subsiste toujours parmi nous [86].
Voici quelques exemples à l'appui de ces propositions concernant la perte d'objets:
Dr B. Dattner: «Un collègue me raconte qu'il a perdu par hasard son stylo qu'il avait depuis deux ans et auquel il tenait beaucoup, parce qu'il le trouvait très commode. L'analyse révéla la situation suivante. La veille, le collègue avait reçu de son beau-frère une lettre profondément désagréable qui se terminait ainsi: «Je n'ai d'ailleurs ni le temps ni l'envie d'encourager ta légèreté et ta paresse.» L'émotion provoquée par cette lettre fut telle que le lendemain le collègue perdit son stylo, qu'il avait précisément reçu en cadeau de ce beau-frère: ce fut comme un sacrifice qu'il offrit, afin de ne rien devoir à ce dernier.»
Une dame de ma connaissance ayant perdu sa vieille mère s'abstient naturellement de fréquenter les théâtres. L'anniversaire de la mort devant expirer dans quelques jours, elle se laisse entraîner par des amis à prendre un billet pour une représentation particulièrement intéressante. Arrivée devant le théâtre, elle constate qu'elle a perdu son billet. Elle croit l'avoir, par mégarde, jeté avec le billet de tramway, en descendant de voiture. Cette dame se vante précisément de n'avoir jamais rien perdu par inattention.
On peut admettre qu'une autre perte faite par elle eut également ses raisons.
Arrivée dans une station thermale, elle se décide à faire une visite dans une pension de famille où elle était logée lors d'un séjour antérieur. Elle y est reçue comme une vieille connaissance, invitée à dîner, et lorsqu'elle veut payer, on ne veut rien accepter d'elle, ce qui lui déplaît quelque peu. On lui accorde seulement la permission de laisser quelque chose à la servante, et elle ouvre sa bourse pour retirer un billet de 1 mark. Le soir, le domestique de la pension lui apporte un billet de 5 marks qu'il a trouvé sous la table et qui, d'après la maîtresse de la pension, ne peut appartenir qu'à elle. Elle l'a donc laissé tomber, pendant qu'elle cherchait dans son porte-monnaie le billet qu'elle voulait laisser en pourboire à la bonne. Il est probable qu'elle tenait quand même à payer son repas.
Dans une communication assez longue, publiée sous le titre: «La signification symptomatique de la perte d'objets» dans Zentralblatt für Psychoanalyse (I, 10/11), M. Otto Rank a eu recours à l'analyse de rêves pour faire ressortir le caractère de «sacrifice» inhérent à cet acte et dégager ses raisons profondes. (D'autres communications sur le même sujet ont paru dans Zeitschr. f. Psychoanalyse, Il et Internat. Zeitschr. f Psychoanalyse, I, 1913). Le plus intéressant, c'est que l'auteur montre que ce n'est pas seulement la perte d'objets qui est déterminée par des raisons cachées, mais qu'on peut souvent en dire autant de la découverte d'objets. L'observation suivante montre dans quel sens il faut entendre cette proposition. Il est évident que, lorsqu'il s'agit de perte, l'objet est déjà donné, tandis que dans le cas de trouvaille il doit encore être cherché (Internat. Zeitschr. f. Psychoanal., III, 1915).