Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
Pendant que je parlais, le garçon avait cessé de pétrir sa mie, et lorsque je fus arrivé au passage racontant ce que le roi fit dans son jardin, et notamment aux mots: «abattit sans mot dire», mon malade abattit, à son tour, la tête de son bonhomme avec la rapidité d'un éclair. Il m'avait donc compris et remarqué que je le comprenais moi aussi. Je pus commencer à l'interroger directement et lui donnai les renseignements qui l'intéressaient et au bout de peu de temps il fut guéri de sa névrose.
Les actes symptomatiques, dont on trouve une variété inépuisable aussi bien chez l'homme sain que chez l'homme malade, méritent notre intérêt pour plus d'une raison. Ils fournissent au médecin des indications précieuses qui lui permettent de s'orienter au milieu de circonstances nouvelles ou encore peu connues; elles révèlent à l'observateur profane tout ce qu'il désire savoir, et quelquefois même plus qu'il ne désire. Celui qui sait utiliser ces indications doit à l'occasion procéder comme le faisait le roi Salomon qui, d'après la légende, comprenait le langage des animaux. Un jour, je fus prié de venir examiner un jeune homme qui se trouvait chez sa mère. La première chose qui me frappa lorsqu'il vint au-devant de moi, ce fut une grande tache blanche sur son pantalon, tache qui, à en juger pas ses bords caractéristiques, devait provenir d'un blanc d'œuf. Après un bref moment d'embarras, le jeune homme s'excusa, en disant qu'étant un peu enroué, il avait gobé un oeuf cru dont un peu de blanc avait coulé sur son pantalon et, pour confirmer ses dires, il me montra une assiette sur laquelle il y avait encore de la coquille d'œuf. La provenance de la tache suspecte semblait donc expliquée de la manière la plus naturelle. Mais lorsque la mère nous eut laissés en tête-à-tête, je le remerciai de m'avoir ainsi facilité le diagnostic et pus sans difficulté obtenir de lui l'aveu qu'il se livrait à la masturbation. – Une autre fois, j'eus à examiner une dame aussi riche que vaniteuse et sotte et qui avait l'habitude de répondre aux questions du médecin par une avalanche de plaintes incohérentes, qui rendaient le diagnostic particulièrement difficile. En entrant, je la trouvai assise devant un petit guéridon en train de ranger en tas des florins d'argent, et en se levant, elle fit tomber quelques pièces sur le parquet. Je l'aidai à les ramasser et ne tardai pas à interrompre la description de sa misère en lui demandant: «Votre distingué gendre vous a-t-il donc fait perdre tant d'argent que cela?» Elle me répondit par un non! irrité, pour me raconter l'instant d'après l'état d'exaspération dans lequel la mettait la prodigalité de son gendre, Je dois ajouter que je ne l'ai plus jamais revue – c'est qu'on ne se fait pas toujours des amis parmi ceux à qui l'on révèle la signification de leurs actes symptomatiques.
Le Dr J. E. G. van Emden (de La Haye) relate un autre cas d'aveu «par acte symptomatique»: «Lors de l'addition, le garçon d'un petit restaurant de Berlin prétendit que le prix d'un certain plat avait été augmenté de 10 pfennigs. Comme je lui demandais pourquoi cette augmentation ne figurait pas sur la carte, il répondit qu'il s'agissait évidemment d'une omission, mais qu'il était sûr de ce qu'il avançait. En mettant l'argent dans sa poche, il fit tomber sur la table, juste devant moi, une pièce de dix pfennigs. – «Je sais maintenant que vous m'avez trop compté. Voulez-vous que je me renseigne à la caisse?» – «Pardon, permettez… un instant…» et il disparut.
Il va sans dire que je ne me suis pas opposé à sa retraite, et lorsqu'il revint deux minutes plus tard, en s'excusant d'avoir, par une erreur inconcevable, confondu le plat en question avec un autre, je lui ai remis les dix pfennigs en récompense de sa contribution à la psychopathologie de la vie quotidienne.»
C'est en observant les gens pendant qu'ils sont à table qu'on a l'occasion de surprendre les actes symptomatiques les plus bcaux et les plus instructifs.
Voici ce que raconte le Dr Hanns Sachs:
«J'ai eu l'occasion d'assister au souper d'un couple un peu âgé auquel je suis apparenté. La femme a une maladie d'estomac et observe un régime rigoureux. Lorsqu'on apporta le rôti, le mari pria la femme, qui ne devait pas toucher à ce plat, de lui donner la moutarde. La femme ouvre le buffet, en retire un petit flacon contenant les gouttes dont elle fait usage et le dépose devant le mari. Entre le pot de moutarde en forme de tonneau et le petit flacon à gouttes, il n'y avait évidemment aucune ressemblance susceptible d'expliquer la confusion; et cependant la femme ne s'aperçut de son erreur que lorsque le mari eut en riant attiré son attention sur ce qu'elle avait fait.
Inutile d'insister sur la signification de cet acte symptomatique. Elle saute aux yeux.»
Je dois au docteur B. Dattner (de Vienne) la communication d'un précieux cas de ce genre, qui a été très habilement utilisé par l'observateur:
«Je suis en train de déjeuner au restaurant avec mon collègue de philosophie, le Dr H. Il me raconte ce qu'il y a de pénible dans la situation d'un stagiaire et ajoute à ce propos qu'avant la fin de ses études il était entré à titre de secrétaire chez le ministre plénipotentiaire du Chili. «Puis le ministre a été remplacé, et je ne me suis pas présenté au nouveau.» Et pendant qu'il prononce cette dernière phrase, il porte à la bouche un morceau de gâteau, mais le laisse tomber du couteau, comme par maladresse. Je saisis aussitôt le sens caché de cet acte symptomatique et je glisse, comme en passant, à mon collègue, peu familiarisé avec la psychanalyse: «Vous avez laissé tomber là un bon morceau.» Il ne s'aperçoit pas que mes paroles peuvent se rapporter tout aussi bien à son acte symptomatique, et il répète avec une vivacité surprenante les mots que je viens de prononcer: «Oui, c'était en effet un bon morceau, celui que j'ai laissé tomber.» Et il se soulage en me racontant, sans omettre un détail, sa maladresse qui l'a privé d'une place bien payée.