Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
«Une jeune fille, encore à la charge de ses parents, veut s'acheter un bijou bon marché. Elle demande le prix de l'objet qui la tente, mais apprend, à son regret, que ce prix dépasse ses économies. Il ne lui manque que deux couronnes pour pouvoir s'offrir cette petite joie. Très triste, elle se dirige chez elle à travers les rues, très animées à cette heure-là. Sur une des places les plus fréquentées, et bien que, d'après ses dires, elle fût profondément plongée dans ses pensées, elle aperçoit à terre un bout de papier qu'elle allait dépasser sans y prêter attention. Mais elle se ravise, se baisse pour le ramasser et constate, à son grand étonnement, que c'est un billet de deux couronnes plié. Elle pense: «C'est un heureux hasard qui me l'envoie, pour que je puisse m'acheter le bijou», et elle se propose de rebrousser chemin pour réaliser son intention. Mais, au même moment, elle se dit qu'elle ne doit pas le faire, car l'argent trouvé porte-bonheur et qu'il faut le garder.
L'analyse qui peut nous faire comprendre cet acte accidentel, se dégage toute seule de la situation donnée, sans que nous ayons besoin d'interroger la personne intéressée. Parmi les idées qui préoccupaient la jeune fille pendant qu'elle se rendait chez elle, figurait certainement, et en premier lieu, celle de sa pauvreté et de sa gêne matérielle, et nous pouvons supposer que cette idée était associée au désir de voir cette situation cesser au plus tôt. Il est plus que probable qu'en pensant à la satisfaction de soin modeste désir de posséder le bijou qui la tentait, elle se demandait quel serait le moyen le plus facile de compléter la somme nécessaire, et il est tout naturel qu'elle se soit dit que la difficulté serait résolue le plus simplement du monde, si elle trouvait la somme de deux couronnes qui lui manquait. C'est ainsi que soin inconscient (ou son préconscient) fut orienté vers la «trouvaille», à supposer même que, son attention étant absorbée par autre chose (elle était «profondément plongée» dans ses pensées), l'idée d'une pareille possibilité n'ait pas atteint sa conscience. Et même, nous rappelant d'autres cas analogues qui ont été analysés, nous pouvons affirmer que la «tendance à chercher», inconsciente, peut plus facilement aboutir à un résultat positif que l'attention consciemment orientée. Autrement il serait difficile d'expliquer pourquoi ce fut justement cette personne, parmi les centaines d'autres ayant suivi le même trajet, qui fit cette trouvaille, étonnante par elle-même, et cela malgré l'obscurité du crépuscule et malgré la bousculade de la foule pressée. Pour montrer toute la force de cette tendance inconsciente ou préconsciente, il suffit de citer ce fait singulier qu'après sa première trouvaille notre jeune fille en fit une autre: elle ramassa un mouchoir dans un endroit obscur et solitaire d'une rue de faubourg. Or, le fait d'avoir trouvé le billet de deux couronnes lui ayant procuré la satisfaction qu'elle cherchait, il est certain que le désir de trouver autre chose était devenu complètement étranger à sa conscience et ne pouvait plus, en tout cas, diriger et guider son attention.»
Il faut dire que ce sont justement les actes symptomatiques de ce genre qui nous ouvrent le meilleur accès à la connaissance de la vie psychologique intime de l'homme.
Sur le grand nombre d'actes symptomatiques isolés que je connais, j'en citerai un dont le sens profond se révèle sans qu'on ait besoin de recourir à l'analyse. Il révèle on ne peut mieux les conditions dans lesquelles ces actes se produisent, sans que la personne intéressée s'en aperçoive et il autorise, en outre, une remarque de grande importance pratique. Au cours d'un voyage de vacances, il m'arriva d'être obligé de rester plusieurs jours dans le même endroit, pour attendre l'arrivée de mon compagnon. Je fis entre temps la connaissance d'un jeune homme qui semblait également se sentir seul et se joignit volontiers a moi. Comme nous habitions le même hôtel, il arriva tout naturellement que nous prîmes nos repas et fîmes des promenades ensemble. L'après-midi du troisième jour il m'annonça subitement qu'il attendait le soir même sa femme qui devait arriver par l'express. Mon intérêt psychologique se trouva éveillé, car j'avais déjà été frappé dans la matinée par le fait qu'il avait repoussé mon projet d'une excursion plus importante et qu'au cours de notre petite promenade il avait refusé de prendre un certain chemin, parce qu'il le trouvait trop raide et dangereux. Pendant notre promenade de l'après-midi il me dit brusquement de ne pas retarder mon dîner à cause de lui, de manger sans lui, si j'avais faim, car, en ce qui le concerne, il ne dînerait pas avant l'arrivée de sa femme. Je compris l'allusion et me mis à table, tandis qu'il se rendait à la gare. Le lendemain matin nous nous rencontrâmes dans le hall de l'hôtel. Il me présenta sa femme et ajouta: «Vous allez bien déjeuner avec nous?» J'avais quelque chose à acheter dans la rue la plus proche et promis de revenir aussitôt. En entrant dans la salle à manger, je trouvai le couple installé, tous deux sur le même rang, devant une petite table à côté d'une fenêtre. En face d'eux il n'y avait qu'un fauteuil, dont le dossier et le siège étaient encombrés par le lourd imperméable du mari. J'ai très bien compris le sens de cette situation, qui n'était certainement pas intentionnelle, mais d'autant plus significative. Cela voulait dire: «Ici il n'y a pas place pour toi, tu es maintenant de trop.» Le mari ne remarqua pas que j'étais resté debout devant la table, sans m'asseoir, mais sa femme le poussa du coude et lui chuchota: «Tu as encombré le fauteuil de ce monsieur.»
À propos de ce fait, et d'autres analogues, je me suis dit plus d'une fois que les actes non-intentionnels de ce genre doivent nécessairement devenir une source de malentendus dans les relations humaines. Celui qui accomplit un acte pareil, sans y attacher aucune intention, ne se l'attribue pas et ne s'en estime pas responsable. Quant à celui qui est, pour ainsi dire, victime d'une telle action, qui en supporte les conséquences, il attribue à son partenaire des intentions et des pensées dont celui-ci se défend, et il prétend connaître de ses processus psychiques plus que celui-ci ne croit en avoir révélé. L'auteur d'un acte symptomatique est on ne peut plus contrarié, lorsqu'on le met en présence des conclusions que d'autres en ont tirées; il déclare ces conclusions fausses et sans fondement: c'est qu'il n'a pas conscience de l'intention qui a présidé à son acte. Aussi finit-il par se plaindre d'être incompris ou mal compris par les autres. Au fond, les malentendus de ce genre tiennent au fait qu'on comprend, trop et trop finement. Plus deux hommes sont «nerveux», et plus il y aura d'occasions de brouille entre eux, occasions dont chacun déclinera la responsabilité avec autant d'énergie qu'il l'attribuera à l'autre. C'est là le châtiment pour notre manque de sincérité intérieure: sous le masque de l'oubli et de la méprise, en invoquant pour leur justification l'absence de mauvaise intention, les hommes expriment des sentiments et des passions dont ils feraient bien mieux d'avouer la réalité, en ce qui les concerne aussi bien qu'en ce qui concerne les autres, dès l'instant où ils ne sont pas à même de les dominer. On peut, en effet, affirmer d'une façon générale que chacun se livre constamment à l'analyse de ses prochains, qu'il finit par connaître mieux qu'il ne se connaît lui-même. Pour se conformer au précepte [en grec dans le texte] il faut commencer par l'étude de ses propres actes et omissions, apparemment accidentels.