Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
Comment se fait-il que ma mémoire se soit trouvée en défaut sur ces points, alors que (et j'espère que mes lecteurs ne me démentiront pas) j'y retrouve habituellement sans difficulté les matériaux les plus éloignés et les moins usités? Et comment se fait-il encore que, malgré trois corrections d'épreuves, ces erreurs m'aient échappé, comme si j'avais été frappé de cécité?
Goethe a dit de Lichtenberg: «dans chacun de ses traits d'esprit il y a un problème caché». On peut en dire autant des passages cités de mon livre: derrière chaque erreur, il y a quelque chose de refoulé ou, plus exactement, une absence de sincérité, une déformation reposant sur des choses refoulées. En analysant les rêves rapportés dans ces passages, j'ai été obligé, par la nature même des sujets auxquels se rapportaient les idées du rêve, d'interrompre à un moment donné l'analyse avant qu'elle fût achevée, et aussi d'atténuer par une légère déformation le relief de tel ou tel autre détail indiscret. Je ne pouvais pas faire autrement et n'avais pas d'autre choix, si je voulais en général citer des exemples et des preuves; je me trouvais dans une situation difficile, découlant de la nature même des rêves, qui consiste à exprimer ce qui est refoulé, c'est-à-dire inaccessible à la conscience. J'ai dû cependant laisser pas mal de choses susceptibles de choquer les âmes sensibles. Or, la déformation ou la suppression de certaines idées qui m'étaient connues et qui étaient en plein développement ne s'est pas effectuée sans qu'il restât des traces de ces idées. Ce que j'ai voulu supprimer s'est souvent glissé à mon insu dans ce que j'ai maintenu et s'y est manifesté sous la forme d'une erreur. Dans les trois exemples cités plus haut il s'agit d'ailleurs du même sujet: les erreurs sont des produits d'idées refoulées se rapportant à mon père décédé.
Reprenons ces erreurs:
a) Si vous relisez le rêve analysé page 266 de mon ouvrage Die Traumdeutung, vous constaterez soit directement, soit à travers certaines allusions, que j'ai interrompu mon exposé parce que j'allais aborder des idées qui auraient pu contenir une critique inamicale à l'égard de mon père. En poursuivant cette série d'idées et de souvenirs, je retrouve une histoire désagréable dans laquelle des livres jouent un certain rôle, et j'y retrouve un ami et associé de mon père qui s'appelait Marburg, c'est-à-dire du nom même de la station dont l'annonce par le conducteur du train avait interrompu mon sommeil. Au cours de mon analyse, j'ai voulu dissimuler ce M. Marburg à moi-même et à mes lecteurs; mais il s'est vengé, en se faufilant là où il n'était pas à sa place et il a transformé de Marbach en Marburg le nom de la vie natale de Schiller.
b) L'erreur qui m'a fait dire Hasdrubal au lieu de Hamilcar, c'est-à-dire qui m'a fait mettre le nom du frère à la place de celui du père, se rattache à un ensemble d'idées où il s'agit de l'enthousiasme pour Hannibal que j'avais éprouvé étant encore jeune lycéen et du mécontentement que m'inspirait l'attitude de mon père à l'égard des «ennemis de notre peuple». J'aurais pu laisser se dérouler les idées et raconter comment mon attitude à l'égard de mon père s'est modifiée à la suite d'un voyage en Angleterre, où j'ai fait la connaissance de mon demi-frère, le fils que mon père avait eu d'un premier mariage. Mon demi-frère a un fils qui me ressemble; je pouvais donc, sans aucune invraisemblance, envisager les conséquences de l'éventualité où j'aurais été le fils, non de mon père, mais de mon frère. C'est à l'endroit même où j'ai interrompu mon analyse que ces fantaisies ont faussé mon texte, en me faisant mettre le nom du frère à la place de celui du père.
c) C'est encore sous l'influence de ce souvenir de mon frère que je pense avoir commis l'erreur consistant à faire avancer d'une génération l'horreur mythologique de l'Olympe grec. Des conseils que m'avait donnés mon frère, il en est un qui est resté très longtemps dans ma mémoire: «En ce qui concerne ta conduite dans la vie, me disait-il, il est une chose que tu ne dois pas oublier: tu appartiens, non à la deuxième, mais à la troisième génération, à partir de celle de notre père.» Notre père s'est d'ailleurs remarié plus tard pour la troisième fois, alors que ses enfants du deuxième mariage étaient déjà assez avancés en âge. Je commets l'erreur c) à l'endroit précis de mon livre où je parle du respect que les enfants doivent à leurs parents.
Il est aussi arrivé plus d'une fois que des amis et des patients dont je publiais les rêves ou auxquels je faisais allusion dans mes analyses de rêves, aient attiré mon attention sur les inexactitudes qui s'étaient glissées dans mon récit portant sur tel ou tel fait que nous avions discuté ensemble. Dans ces cas encore, il s'agissait d'erreurs historiques. Ayant, après rectification, examiné à nouveau tous les cas qui m'ont été signalés à ce point de vue, j'ai pu m'assurer que mes souvenirs portant sur des faits concrets ne se sont trouvés en défaut que là où j'ai cru devoir déformer ou dissimuler quelque chose au cours de l'analyse. Donc, ici encore il s'agissait d'une erreur passée inaperçue et constituant comme une revanche pour un refoulement ou une suppression intentionnels.
De ces erreurs issues du refoulement, il faut distinguer nettement celles qui reposent sur une ignorance réelle. Ce fut, par exemple, par ignorance que me trouvant un jour en excursion en Wachau, dans le village d'Emmersdorf, je croyais fouler le sol du pays natal du révolutionnaire Fischhof. Il n'y a entre les deux villages qu'une identité de nom; Emmersdorf, village natal de Fischhof, se trouve en Corinthie. Mais je l'ignorais.
Voici encore une erreur instructive et qui me fait honte, un exemple, pour ainsi dire, d'ignorance temporaire. Un patient me prie un jour de lui prêter les deux livres sur Venise que je lui avais promis et qu'il voulait consulter avant de partir en voyage pour les vacances de Pâques. «Je les ai préparés», lui répondis-je et je me rendis dans la pièce voisine où se trouvait ma bibliothèque. Mais, en réalité, j'avais totalement oublié de préparer ces livres, car je n'approuvais pas tout à fait le voyage de mon malade, dans lequel je voyais une interruption inutile du traitement et un préjudice matériel pour moi. Je jette un rapide coup d'œil sur ma bibliothèque, à la recherche des deux livres que j'avais promis à mon malade. L'un s'appelle Venise centre artistique. Le voici. Mais je dois avoir encore un ouvrage historique sur Venise, faisant partie de la même collection. En effet, le voici à son tour: Les Médicis. J'apporte les deux livres à mon malade, mais m'aperçois aussitôt, à ma honte, de mon erreur. Je n'ignorais pas que les Médicis n'avaient rien à voir avec Venise; mais au moment où j'enlevais ce dernier livre du rayon de la bibliothèque, je ne pensais pas du tout qu'un ouvrage sur les Médicis n'avait rien à apprendre à quelqu'un qui s'intéressait à Venise. Or, il fallait être franc; ayant si souvent reproché à mon malade ses propres actes symptomatiques, je ne pouvais sauver mon autorité qu'en usant de sincérité et en lui avouant sans ambages les motifs cachés de mes préventions contre son voyage.
On est étonné de constater que le penchant à la vérité est beaucoup plus fort qu'on n'est porté à le croire. Il faut peut-être voir une conséquence de mes recherches psychanalytiques dans le fait que je suis devenu presque incapable de mentir. Toutes les fois où j'essaie de déformer un fait, je commets une erreur ou un autre acte manqué qui, comme dans ce dernier exemple et dans les exemples précédents, révèle mon manque de sincérité.
Le mécanisme de l'erreur est beaucoup plus lâche que celui de tous les autres actes manqués; je veux dire par là que, d'une façon générale, une erreur se produit lorsque l'activité physique correspondante doit lutter contre une influence perturbatrice, sans que toutefois le genre de l'erreur soit déterminé par la qualité de l'idée perturbatrice dissimulée dans les profondeurs du domaine psychique. J'ajouterai cependant qu'on observe le même état de choses dans beaucoup de cas de lapsus linguae et de lapsus calami. Toutes les fois où nous commettons l'un ou l'autre de ces lapsus, nous devons conclure à un trouble produit par des processus psychiques qui échappent à nos intentions, mais nous devons aussi admettre que le lapsus de la parole ou de l'écriture obéit souvent aux lois de la ressemblance, ou correspond au désir de la commodité ou de la rapidité, sans que l'auteur du lapsus réussisse à trahir dans l'erreur commise tel ou tel trait de son caractère. C'est la plasticité du langage qui permet la détermination de l'erreur et impose des limites à celle-ci.