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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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� La derni�re fois que quoi ?

� Que j'emmerdais les gros... Que je les m�prisais, que... Enfin, tu vois quoi, que je jugeais les gens � leur physique... Donc, et on en revient � toi... Pas de jaloux, c'est pareil pour les maigres. Et m�me si j'en pense pas moins, m�me si j'ai la certitude qu'avec quelques kilos en plus, t'aurais moins froid et que tu serais plus app�tissante, je t'en parlerai plus. Parole d'ivrogne.

� Franck ?

� H� ! On a dit qu'on dormait maintenant !

� Tu vas m'aider ?

� � quoi ? � avoir moins froid et � devenir plus app�tissante ?

� Oui...

� Pas question. Pour que tu te fasses enlever par le premier blaireau qui passe... Ttt tt... Je te pr�f�re racho et avec nous... Et je suis s�r que Philou serait bien d'accord l�-dessus...

Silence.

� Un petit peu alors... D�s que je vois tes seins qui poussent trop, j'arr�te.

� D'accord.

� Bon, me vl� transform� en Rika Zara�, maintenant... Putain tu m'auras tout fait, toi... Comment on va faire ? Premi�rement, tu ne fais plus les courses parce que t'ach�tes que des conneries. Les barres de c�r�ales, les g�teaux secs, les Flanby, tout �a, c'est termin�. Je sais pas � quelle heure tu te l�ves le matin, mais � partir de mardi, tu te souviens que c'est moi qui te nourris, vu ? Tous les jours, � trois heures quand je rentrerai, je te ram�nerai une assiette... T'inqui�te pas, je connais les filles, je te donnerai pas du confit de canard ou des tripoux.... Je te pr�parerai un bon frichti rien que pour toi.... Du poisson, des viandes grill�es, des bons petits l�gumes, que des choses que t'aimeras.... Je te ferai des petites quantit�s mais tu seras oblig�e de tout manger sinon j'arr�te. Et le soir, je serai pas l� donc je t'emb�terai pas, mais je t'interdis de grignoter. Je continuerai de faire une grande gamelle de soupe en d�but de semaine pour Philou comme j'ai toujours fait et basta. Le but, c'est que tu deviennes accro � mon picotin. Que tous les matins tu te l�ves en te demandant ce qu'il y aura au menu. Bon, euh... Je te promets pas du grandiose � chaque fois, mais ce sera bien, tu verras... Et quand tu commenceras � te remplumer, je...

� Tu quoi ?

� Je te mangerai !

� Comme la sorci�re dans H�nsel et Gretel ?

� Exactement. Et ce sera pas la peine de me tendre un os quand je voudrais palper ton bras parce que je suis pas miro, moi ! Maintenant, je veux plus t'entendre... Il est presque deux heures et on a une longue journ�e demain...

� En fait, tu te donnes des airs comme �a mais t'es un gentil, toi...

� Ta gueule.

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� Debout le bibendum !

Il posa le plateau au pied du matelas.

� Oh ! le petit d�jeuner au 1...

� T'emballe pas. C'est pas moi, c'est Jeannine. Allez, grouille, on est en retard... Et mange au moins une tartine, leste-toi un peu, sinon tu vas douiller...

� peine avait-elle mis un pied dehors, encore toute barbouill�e de caf� au lait, qu'on lui tendit un verre de blanc.

� Allez, la petite dame ! On se donne du courage !

Ils �taient tous l�, ceux d'hier soir et tous les gens du hameau, une quinzaine de personnes environ. Tous exactement comme on les imagine, entre les Deschiens et le catalogue de la Camif. Les plus vieilles en blouse et les plus jeunes en surv�tement. Tapant du pied, serrant leurs verres, s'interpellant, rigolant et se taisant soudain : le Gaston venait d'arriver avec son grand couteau.

Franck assura les commentaires :

� C'est lui le tueur.

� Je m'en serais dout�e...

� T'as vu ses mains ?

� Impressionnant...

� On tue deux cochons aujourd'hui. Ils sont pas cons, on les a pas nourris ce matin, donc, y savent qu'y vont y passer... Ils le sentent... Tiens, ben voil� le premier justement... T'as ton carnet ?

� Oui, oui...

Camille ne put s'emp�cher de sursauter. Elle ne voyait pas �a si gros...

Ils le tir�rent jusque dans la cour, le Gaston l'assomma avec un gourdin, ils le couch�rent sur un banc; et le ligot�rent � toute vitesse en laissant la t�te pendouiller. Jusque-l�, �a allait parce qu'il �tait un peu stone, mais quand l'autre lui enfon�a sa lame dans la carotide, l'horreur. Au lieu de le tuer, c'�tait comme s'il venait de le r�veiller. Tous les bonshommes sur lui, le sang qui giclait, la m�m� qui te fout une cocotte l�-dessous et qui remonte sa manche pour le touiller. Sans cuill�re, sans rien, � main nue. Burp. Mais �a encore �a allait, ce qui �tait insupportable, c'�tait de l'entendre... Comment il continuait de gueuler et de gueuler toujours... Plus il se vidait, plus il gueulait et plus il; gueulait, moins �a ressemblait au cri d'une b�te... C'�tait humain presque. Des r�les, des supplications... Camille serrait son carnet et les autres, ceux qui connaissaient tout �a par c�ur, n'�taient pas beaucoup plus fiers... Allez ! encore un godet pour se donner du courage...

� Sans fa�on, merci.

� �a va ?

� Oui.

� Tu dessines pas ?

� Non.

Camille, qui n'�tait pas la premi�re b�casse venue, se raisonnait et ne fit aucun commentaire d�bile. Pour elle, le pire �tait � venir. Pour elle, le pire ce n'�tait pas la mort en soi. Non, �a c'�tait la vie apr�s tout, mais ce qui lui parut le plus cruel, c'est quand on amena le second... Anthropomorphisme ou pas, chochotterie ou pas, on pouvait dire ce qu'on voulait, elle s'en foutait, elle eut vraiment du mal � contenir son �motion. Parce que l'autre, qui avait tout entendu, savait ce que son pote venait de subir et n'a pas attendu d'�tre transperc� pour gueuler comme un �ne. Enfin... � comme un �ne �, c'est con comme expression, comme un cochon qu'on �gorge plut�t...

� Merde, ils auraient pu lui boucher les oreilles quand m�me !

� Avec du persil ? demanda Franck en se marrant.

Et l�, oui, elle dessina pour ne plus voir. Elle se concentra sur les mains du Gaston pour ne plus entendre.

Ce n'�tait pas bon. Elle tremblait.

Quand la sir�ne fut �teinte, elle mit son carnet dans sa poche et s'approcha. �a y est, c'�tait fini, elle �tait curieuse et tendit son verre � la bouteille.

Ils les pass�rent au chalumeau, odeur de cochon grill�. L� aussi, expression parfaite, au poil si j'ose dire, puis les gratt�rent avec une brosse �tonnante : une planche en bois sur laquelle on avait clou� des capsules de bi�re retourn�es.

Camille la dessina.

Le boucher commen�a son travail de d�coupe et elle passa derri�re le banc pour ne rater aucun de ses gestes. Franck se r�galait.

� C'est quoi, �a ?

� De quoi ?

� L'esp�ce de boule transparente et toute visqueuse, l�?

� La vessie... D'ailleurs, c'est pas normal qu'elle soit si pleine... Lui, �a le g�ne dans son travail...

� Mais non ! protesta l'homme de l'art, �a me g�ne pas... Tiens la v'l� ! ajouta-t-il en donnant un coup de couteau.

Camille s'accroupit pour la regarder. Elle �tait fascin�e.

Des gamins arm�s de plateaux assuraient la navette entre le cochon encore fumant et la cuisine.

� Arr�te de boire.

� Oui m'dame Rika.

� Je suis content. Tu t'es bien tenue.

� T'avais peur ?

� J'�tais curieux... Bon c'est pas le tout mais j'ai du boulot...

� O� tu vas ?

� Chercher mon matos... Va te mettre au chaud, si tu veux...

Elle les trouva toutes dans la cuisine. Une rang�e de m�nag�res guillerettes avec leurs planches en bois et leurs couteaux.

� Viens par l� ! cria Jeannine. Tenez Lucienne, faites-lui une place pr�s du po�le... Mesdames, je vous pr�sente la copine � Franck, vous savez, c'est la gamine que je vous disais tout � l'heure... Celle qu'on a ressuscit�e hier soir... Viens donc t'asseoir avec nous...

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