Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
� Apr�s nous avoir pos� quelques lapins, elle a fini par venir. Je suis mont� dans sa voiture. Elle m'a montr� son mari, son autre gamin et mon nouveau lit...
� Au d�but, �a me plaisait vachement, ce truc-l�, de dormir dans un lit superpos�, et puis le soir, j'ai chial�. Je lui ai dit que je voulais retourner chez moi. Elle m'a r�pondu que c'�tait ici chez moi et qu'il fallait que je me taise sinon j'allais r�veiller le petit. Cette nuit-l�, et toutes les autres, j'ai piss� dans mon lit. �a l'�nervait. Elle disait : je suis s�re que tu le fais expr�s, tu resteras mouill�, tant pis pour toi. C'est ta grand-m�re. Elle t'a pourri le caract�re. Et apr�s je suis devenu fou.
� Jusqu'� pr�sent, j'avais v�cu dans les champs, j'allais � la p�che tous les soirs apr�s l'�cole, l'hiver mon p�p� m'emmenait aux champignons, � la chasse, au caf�... J'�tais toujours dehors, toujours en bottes, toujours en train de jeter mon v�lo dans les buissons pour aller apprendre le m�tier avec les braconniers et puis me voil� dans un HLM pourri dans une banlieue de merde, coinc� entre quatre murs, une t�l� et un autre m�me qui se r�coltait toutes les douceurs... Alors j'ai p�t� les plombs. J'ai... Non... Peu importe... Trois mois plus tard, elle m'a remis dans le train en me r�p�tant que j'avais tout g�ch�...
� T'as tout g�ch�, t'as tout g�ch�... Quand je suis mont� dans la Simca de mon p�p�, �a r�sonnait encore dans ma petite t�te. Et le pire, tu vois, c'est que... � C'est que quoi ?
� C'est qu'elle m'a p�t� en mille morceaux, cette conne... Apr�s �a n'a plus jamais �t� comme avant... J'�tais plus dans l'enfance, j'en voulais plus de leurs c�lins et de toute cette merde... Parce que le pire qu'elle ait fait, c'�tait pas tellement de revenir me prendre, le pire, c'est toutes les horreurs qu'elle m'a dit sur ma grand-m�re avant de me jeter encore une fois. Comment elle m'a flingue l� t�te avec ses bobards... Que c'�tait sa m�re qui l'avait forc�e � m'abandonner avant de la mettre � la porte. Que elle, elle avait tout fait pour m'emmener avec elle mais qu'ils avaient sorti le fusil et tout �a...
� C'�tait des conneries ?
� Bien s�r... Mais je le savais pas, moi, � ce moment-l�... Je ne comprenais plus rien et puis, peut-�tre que j'avais envie de la croire aussi ? Peut-�tre bien que �a m'arrangeait de penser qu'on nous avait s�par�s de force et que si mon p�p� n'avait pas sorti son tromblon, j'aurais eu la m�me vie que tout le monde et que personne ne m'aurait trait� de fils de pute derri�re l'�glise... Ta m�re, c'est une putain qu'y disaient et toi, t'es qu'un b�tard. Des mots que je ne comprenais m�me pas... Pour moi, un b�tard, c'�tait du pain... Un vrai couillon, je te dis...
� Et apr�s ?
� Apr�s je suis devenu un sale cpn... J'ai fait tout; ce que j'ai pu pour me venger... Pour les faire payer de m'avoir priv� d'une maman si gentille...
Il ricanait.
� J'ai bien r�ussi... J'ai fum� les gauloises de mon p�p�, vol� dans le porte-monnaie des courses, foutu l! bordel au coll�ge, je me suis fait renvoyer et j'ai pass� le plus clair de mon temps assis sur une mob ou dans les arri�re-salles des caf�s � monter des coups et tripoter les filles... De ces mochet�s... T'aurais m�me pas id�e... J'�tais le ca�d. Le meilleur. Le roi des merdeux...
� Et apr�s ?
� Apr�s dodo. La suite au prochain �pisode...
� Alors ? T'as pas envie de me prendre dans tes bras maintenant ?
� J'h�site... T'as pas �t� viol� quand m�me...
Il se pencha vers elle :
� Tant mieux. Parce que moi j'en voudrais pas de tes bras. Enfin pas comme �a... Plus comme �a... J'y ai longtemps jou� � ce petit jeu-l�, mais plus maintenant... �a ne m'amuse plus. �a marche jamais... 'Tain, mais t'as combien de couvertures, l� ?
� Euh... Trois plus l'�dredon...
� C'est pas normal, �a... C'est pas normal que t'aies toujours froid, que tu mettes deux heures � te remettre d'un trajet en moto... Il faut que tu grossisses, Camille...
� ...
� Toi aussi, tu... J'ai pas vraiment l'impression que t'aies un bel album de photos avec ta famille qui rigole autour de toi, si ?
� Non.
� Tu le raconteras un jour ?
� Peut-�tre...
� Tu sais je... je te ferai plus jamais chier avec �a...
� Avec quoi ?
� Je te parlais de Fred tout � l'heure en te disant que c'�tait mon seul pote, mais j'ai tort. J'en ai un autre... Pascal Lechampy, le meilleur p�tissier du monde... Retiens bien son nom, tu verras... Ce mec, c'est un dieu. Du simple sabl� au saint-honor� en passant par les tartes, le chocolat, les mille-feuilles, le nougat, les choux ou n'importe quoi, tout ce qu'il touche se transforme en inoubliable. C'est bon, c'est beau, c'est fin, c'est �tonnant et c'est hyper ma�tris�. J'en ai crois� des bons ouvriers dans ma vie, mais lui c'est autre chose encore... C'est la perfection. Un type adorable en plus de �a... Une cr�me, un J�sus, une vraie tarte au sucre... Eh ben, y se trouve que ce mec �tait �norme. �normis-sime. Jusque-l�, pas de probl�me... On en a vu d'autres... Le probl�me, c'est qu'il fouettait affreusement... Tu pouvais pas te tenir � c�t� de lui un moment sans avoir la gerbe. Bon, je te passe les d�tails, les moqueries, les r�flexions, les savons d�pos�s dans son casier et tout le bazar... Un jour on s'est retrouv�s dans la m�me chambre d'h�tel parce que je l'avais accompagn� � un concours pour lui servir d'assistant... La d�monstration a lieu, bien s�r il la gagne, mais moi, � la fin de la journ�e, je te dis pas dans quel �tat j'�tais... Je pouvais m�me plus respirer et j'avais l'intention de passer la nuit dans un bar plut�t que de rester une minute de plus dans son sillage... Ce qui m'�tonnait quand m�me, c'est qu'il avait pris une douche le matin, je le savais : j'y �tais. Finalement on rentre � l'h�tel, je picole pour m'anesth�sier et finis par lui en parler... T'es toujours l�?
� Oui, oui, je t'�coute...
� Je lui dis : Merde Pascal, tu pues. Tu pues la mort, vieux. C'est quoi ce bordel ? Tu te laves pas ou quoi ? Et l�, t'as ce gros nounours, ce mec monstrueux, ce pur g�nie avec son gros rire et sa montagne de graisse qui se met � pleurer, � pleurer, � pleurer... Comme une fontaine... Un truc affreux, des gros sanglots de b�b� et tout... Il �tait inconsolable, ce cr�tin... Putain, j'�tais mal... Au bout d'un moment, le voil� qui se fout � poil, comme �a, sans pr�venir... Alors, je me retourne, je vais pour aller dans la salle de bains et y m'attrape par le bras. Y me dit : � Regarde-moi, Lestaf, regarde-moi cette merde... � Putain, je... J'ai failli tourner de l'�il dis donc !
� Pourquoi ?
� D'abord son corps... C'�tait carr�ment rago�tant. Mais surtout, et c'est ce qu'il voulait me montrer, c'�tait... ah... rien que d'y penser, �a me d�bect� encore... C'�taient des esp�ces de plaques, de cro�tes, de ce je sais pas quoi qu'il avait entre ses plis de peau... Et c'�tait �a qui puait, cette esp�ce de gale sanguinolente... Putain, je te jure, j'ai picol� toute la nuit pour m'en remettre... En plus, il me racontait qu'il avait super mal quand il se lavait mais qu'il frottait comme un dingue pour faire partir l'odeur et qu'il s'aspergeait de parfum en serrant les dents pour ne pas pleurer... Quelle nuit, quelle angoisse, quand j'y repense...
� Et apr�s ?
� Le lendemain, je l'ai tra�n� � l'hosto, aux urgences... C'�tait � Lyon, je me souviens... Et m�me le mec, il a chancel� quand il a vu �a. Il lui a nettoy� ses plaies, il lui a fil� plein de trucs, une super ordonnance avec des pommades et des cachets dans tous les sens. Il lui a fait la le�on pour qu'il maigrisse et � la fin quand m�me, il lui a dit : � Mais pourquoi vous avez attendu si longtemps ? � Pas de r�ponse. Et moi, sur le quai de la gare, je suis revenu � la charge : � C'est vrai, bordel, pourquoi t'as attendu si longtemps ? � � Parce que j'avais trop honte... �� il a r�pondu en baissant la t�te. Et l�, je me suis jur� que c'�tait la derni�re fois.