Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Философия » Les Essais – Livre III
Les Essais – Livre III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Essais – Livre III

Электронная книга - «Les Essais – Livre III». Краткое содержание книги:

Lecteur, je suis moi-m?me la mati?re de mon livre: c'est ce surprenant aveu de subjectivit? qui ouvre l'un des textes les plus modernes de la litt?rature fran?aise, quoique l'un des plus anciens. ? la mort de son ami La Bo?tie, Montaigne d?cide en effet de prendre la plume pour perp?tuer leurs discussions si f?condes. Sur ce mode autobiographique, tous les sujets seront abord?s, de l'amiti? ? l'?ducation, de la philosophie ? la lecture, de la religion ? la mort des hommes. En s'observant lui-m?me, Montaigne fait ainsi le tour de l'homme, proposant une r?flexion essentielle sur sa place dans le monde et sur le champ d'action de la pens?e humaine.
1 ... 54 55 56 57 58 59 60 61 62 ... 73
Перейти на страницу:

videas desertáque regna

Pastorum, et longè saltus latéque vacantes :

En ce lieu, mon meilleur revenu est manueclass="underline" Ce que cent hommes travailloient pour moy, chauma pour long temps.

Or lors, quel exemple de resolution ne vismes nous, en la simplicité de tout ce peuple? Generalement, chacun renonçoit au soing de la vie. Les raisins demeurerent suspendus aux vignes, le bien principal du pays: tous indifferemment se preparans et attendans la mort, à ce soir, ou au lendemain: d'un visage et d'une voix si peu effroyee, qu'il sembloit qu'ils eussent compromis à ceste necessité, et que ce fust une condemnation universelle et inevitable. Elle est tousjours telle. Mais à combien peu, tient la resolution au mourir? La distance et difference de quelques heures: la seule consideration de la compagnie, nous en rend l'apprehension diverse. Voyez ceux-cy: pour ce qu'ils meurent en mesme mois: enfans, jeunes, vieillards, ils ne s'estonnent plus, ils ne se pleurent plus. J'en vis qui craignoient de demeurer derriere, comme en une horrible solitude: Et n'y cogneu communément, autre soing que des sepultures: il leur faschoit de voir les corps espars emmy les champs, à la mercy des bestes: qui y peuplerent incontinent. Comment les fantasies humaines se descouppent! Les Neorites, nation qu'Alexandre subjugua, jettent les corps des morts au plus profond de leurs bois, pour y estre mangez. Seule sepulture estimee entr'eux heureuse. Tel sain faisoit desja sa fosse: d'autres s'y couchoient encore vivans. Et un maneuvre des miens, avec ses mains, et ses pieds, attira sur soy la terre en mourant. Estoit ce pas s'abrier pour s'endormir plus à son aise? D'une entreprise en hauteur aucunement pareille à celle des soldats Romains, qu'on trouva apres la journee de Cannes, la teste plongee dans des trous, qu'ils avoient faicts et comblez de leurs mains, en s'y suffoquant. Somme toute une nation fut incontinent par usage, logee en une marche, qui ne cede en roideur à aucune resolution estudiee et consultee.

La plus part des instructions de la science, à nous encourager, ont plus de monstre que de force, et plus d'ornement que de fruict. Nous avons abandonné nature, et luy voulons apprendre sa leçon: elle, qui nous menoit si heureusement et si seurement: Et ce pendant, les traces de son instruction, et ce peu qui par le benefice de l'ignorance, reste de son image, empreint en la vie de ceste tourbe rustique d'hommes impollis: la science est contrainte, de l'aller tous les jours empruntant, pour en faire patron à ses disciples, de constance, d'innocence, et de tranquillité. Il fait beau voir, que ceux-cy plains de tant de belle cognoissance, ayent à imiter ceste sotte simplicité: et à l'imiter, aux premieres actions de la vertu. Et que nostre sapience, apprenne des bestes mesmes, les plus utiles enseignemens, aux plus grandes et necessaires parties de nostre vie. Comme il nous faut vivre et mourir, mesnager nos biens, aymer et eslever nos enfans, entretenir justice. Singulier tesmoignage de l'humaine maladie: et que ceste raison qui se manie à nostre poste; trouvant tousjours quelque diversité et nouvelleté, ne laisse chez nous aucune trace apparente de la nature. Et en ont faict les hommes, comme les parfumiers de l'huile: ils l'ont sophistiquee de tant d'argumentations; et de discours appellez du dehors, qu'elle en est devenue variable, et particuliere à chacun: et a perdu son propre visage, constant, et universel. Et nous faut en chercher tesmoignage des bestes, non subject à faveur, corruption, ny à diversité d'opinions. Car il est bien vray, qu'elles mesmes ne vont pas tousjours exactement dans la route de nature, mais ce qu'elles en desvoyent, c'est si peu; que vous en appercevez tousjours l'orniere. Tout ainsi que les chevaux qu'on meine en main, font bien des bonds, et des escapades, mais c'est à la longueur de leurs longes: et suyvent neantmoins tousjours les pas de celuy qui les guide: et comme l'oiseau prend son vol, mais sous la bride de sa filiere.

Exilia, tormenta; bella; morbos; naufragia meditare, ut nullo sis malo tyro. A quoy nous sert ceste curiosité; de preoccuper tous les inconveniens de l'humaine nature, et nous preparer avec tant de peine à l'encontre de ceux mesme, qui n'ont à l'avanture point à nous toucher? (Parem passis tristitiam facit, pati posse. Non seulement le coup, mais le vent et le pet nous frappe.) Ou comme les plus fievreux, car certes c'est fievre, aller dés à ceste heure vous faire donner le fouët, par ce qu'il peut advenir, que fortune vous le fera souffrir un jour: et prendre vostre robe fourree dés la S. Jean, pour ce que vous en aurez besoing à Noel? Jettez vous en l'experience de tous les maux qui vous peuvent arriver, nommement des plus extremes: esprouvez vous là, disent-ils, asseurez vous là. Au rebours; le plus facile et plus naturel, seroit en descharger mesme sa pensee. Ils ne viendront pas assez tost, leur vray estre ne nous dure pas assez, il faut que nostre esprit les estende et les allonge, et qu'avant la main il les incorpore en soy, et s'en entretienne, comme s'ils ne poisoient pas raisonnablement à nos sens. Ils poiseront assez, quand ils y seront (dit un des maistres, non de quelque tendre secte, mais de la plus dure) cependant favorise toy: croy ce que tu aimes le mieux: que te sert il d'aller recueillant et prevenant ta male fortune: et de perdre le present, par la crainte du futur: et estre dés ceste heure miserable, par ce que tu le dois estre avec le temps? Ce sont ses mots. La science nous faict volontiers un bon office, de nous instruire bien exactement des dimensions des maux,

Curis acuens mortalia corda.

Ce seroit dommage, si partie de leur grandeur eschappoit à nostre sentiment et cognoissance.

Il est certain, qu'à la plus part, la preparation à la mort, a donné plus de torment, que n'a faict la souffrance. Il fut jadis veritablement dict, et par un bien judicieux Autheur, Minus afficit sensus fatigatio, quam cogitatio.

Le sentiment de la mort presente, nous anime par fois de soy mesme, d'une prompte resolution, de ne plus eviter chose du tout inevitable. Plusieurs gladiateurs se sont veus au temps passé, apres avoir couardement combattu, avaller courageusement la mort; offrans leur gosier au fer de l'ennemy, et le convians. La veue esloignee de la mort advenir, a besoing d'une fermeté lente, et difficile par consequent à fournir. Si vous ne sçavez pas mourir, ne vous chaille, nature vous en informera sur le champ, plainement et suffisamment; elle fera exactement ceste besongne pour vous, n'en empeschez vostre soing.

Incertam frustra mortales funeris horam

Quæritis, Et qua sit mors aditura via:

Poena minor certam subito perferre ruinam,

Quod timeas, gravius sustinuisse diu.

Nous troublons la vie par le soing de la mort, et la mort par le soing de la vie. L'une nous ennuye, l'autre nous effraye. Ce n'est pas contre la mort, que nous nous preparons, c'est chose trop momentanee: Un quart d'heure de passion sans consequence, sans nuisance, ne merite pas des preceptes particuliers. A dire vray, nous nous preparons contre les preparations de la mort. La Philosophie nous ordonne, d'avoir la mort tousjours devant les yeux, de la prevoir et considerer avant le temps: et nous donne apres, les reigles et les precautions, pour prouvoir à ce, que ceste prevoyance, et ceste pensee ne nous blesse. Ainsi font les medecins qui nous jettent aux maladies, afin qu'ils ayent où employer leurs drogues et leur art. Si nous n'avons sçeu vivre, c'est injustice de nous apprendre à mourir, et difformer la fin de son total. Si nous avons sçeu vivre, constamment et tranquillement, nous sçaurons mourir de mesme. Ils s'en venteront tant qu'il leur plaira. Tota Philosophorum vita commentatio mortis est. Mais il m'est advis, que c'est bien le bout, non pourtant le but de la vie. C'est sa fin, son extremité, non pourtant son object. Elle doit estre elle mesme à soy, sa visee, son dessein Son droit estude est se regler, se conduire, se souffrir. Au nombre de plusieurs autres offices, que comprend le general et principal chapitre de sçavoir vivre, est cest article de sçavoir mourir. Et des plus legers, si nostre crainte ne luy donnoit poids.

A les juger par l'utilité, et par la verité naifve, les leçons de la simplicité, ne cedent gueres à celles que nous presche la doctrine au contraire. Les hommes sont divers en sentiment et en force: il les faut mener à leur bien, selon eux: et par routes diverses. Quo me cumque rapit tempestas, deferor hospes. Je ne vy jamais paysan de mes voisins, entrer en cogitation de quelle contenance, et asseurance, il passeroit ceste heure derniere: Nature luy apprend à ne songer à la mort, que quand il se meurt. Et lors il y a meilleure grace qu'Aristote: lequel la mort presse doublement, et par elle, et par une si longue premeditation. Pourtant fut-ce l'opinion de Cæsar, que la moins premeditee mort, estoit la plus heureuse, et plus deschargee. Plus dolet, quàm necesse est, qui antè dolet, quàm necesse est. L'aigreur de ceste imagination, naist de nostre curiosité. Nous nous empeschons tousjours ainsi: voulans devancer et regenter les prescriptions naturelles. Ce n'est qu'aux docteurs, d'en disner plus mal, tous sains, et se renfroigner de l'image de la mort. Le commun, n'a besoing ny de remede ny de consolation, qu'au hurt, et au coup. Et n'en considere qu'autant justement qu'il en souffre. Est-ce pas ce que nous disons, que la stupidité, et faute d'apprehension, du vulgaire, luy donne ceste patience aux maux presens, et ceste profonde nonchalance des sinistres accidens futurs? Que leur ame pour estre plus crasse, et obtuse, est moins penetrable et agitable? Pour Dieu s'il est ainsi, tenons d'ores en avant escole de bestise. C'est l'extreme fruit, que les sciences nous promettent, auquel ceste-cy conduict si doucement ses disciples.

1 ... 54 55 56 57 58 59 60 61 62 ... 73
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)