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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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Q : QUEL ÉTAIT LE NOM VÉRITABLE DU MARÉCHAL D'ANCRE ?

R : Consigné Consinistre !

Q : RICHELIEU ÉTAIT-IL UN HOMME D'UNE GRANDE VALEUR ?

R : Mille anciens francs ! Y a pas de quoi se monter le bourrichon !

TROISIÈME PARTIE

LES TEMPS MODERNES

Douzième Leçon :

LOUIS XIV — SES RAYONS — SES POMPES — SES ŒUVRES

Le Gravos somnole. Je le secoue.

— Mort de Louis XIII, fin de section ! C'est là que je descends !

Il sursaute.

— C'est pas vrai, j'ai roupillé ?

— Et moi aussi. Tu m'as largué pendant la lecture et je me suis offert une ronflette-party juste après.

— Où sont les dames ?

— Elles font la vaisselle, dis-je en désignant M'man et B.B. autour du petit brasier au milieu duquel flambent les gobelets et les assiettes de carton.

— Allons voir la ligne où ce qu'elle en est, décrète Béru en bâillant.

Nous descendons du wagon à contre-voie pour être plus vite à l'étang.

— Nom de Zeux ! brame le Mugissant, je vois plus le bouchon !

Effectivement, sa balise ne figure plus à la surface des eaux. Il cramponne la canne à pêche. Le bout de ligne décrit immédiatement un arc de cercle très prononcé tandis que ça s'agite ferme à l'extrémité du fil.

— Y a du monde sur la ligne ! observé-je finement.

— Le filochon ! crie l'Enflure. Prépare-toi pour l'accouchement sans douleur, gars. Tel que c'est parti, on va retirer un sous-marin de là-dedans. C'est bien pour dire que la fortune vient en pionçant. Tu as l'épuisette en main ?

— Je l'ai.

— Alors sois prêt à toute éventualité ! recommande mon ami, avec le visage soucieux du monsieur contrôlant le Strategic-Air-Command.

Il tient sa canne d'une main souple. Le fil tendu comme la jarretelle d'une jeune fille dans la loge d'un cinéma décrit une ronde folle.

— Rappelle-toi que ça doit être un Monsieur, jubile Bérurier. C'est du beefsteak de trois livres qui se prépare, San-A. Je le noie un peu pour lui casser les pattes. La carpe a des réactions qu'on peut pas supposer. Faut drôlement la fatiguer avant de l'opérer.

Ses commentaires sont ceux d'un grand patron détaillant pour ses élèves les phases d'une délicate intervention.

— Mollo… Vas-y cocotte, énerve-toi, t'auras beau te démener c'est dans la poêle à frire de l'ami Béru que tu vas terminer ta culture physique. Si tu cherches à déc… avec moi t'auras pas le dernier mot, ma Belle, j'aime mieux te prévenir tout de suite ! Vise un peu, San-A ! Mademoiselle fait ses caprices ! La Danse du Sabre qu'elle m'interprète. Elle se prend pour Lumignon de chez Rina. Regarde : je lui donne un peu de mou pour qu'elle se croye sauvée des airs, et puis je lui tire un peu sur les naseaux, commako, histoire de lui faire le coup de la douche écossaise, à cette chichiteuse…

Il se tortille drôlement, Béru. Il en oublie de soutenir sa couvrante impudique qui, à nouveau, déballe ses richesses au grand jour. II n'en a cure.

— Tu veux te faire la valise dans les roseaux, Mignonne ! poursuit ce scientifique du bambou. Excuse un peu si je suis pas d'accord, mais j'ai des principes. Maintenant il va être temps de faire surface. Tu vas mater, San-A, la façon dont à laquelle j'opère. Sitôt qu'elle a le pif hors de la flotte je la fais zigzaguer en surface pour la saouler. Tout est dans le poignet, comme chez les collégiens. Si tu as le malheur de lui permettre une secousse, elle te dit « bons baisers à mardi ». Faut du vaseline dans les relations. T'as toujours la filoche parée pour l'empaquetage final, San-A ?

— Toujours, Monseigneur.

— Quand elle se laissera glisser sur le flanc, ça voudra dire qu'elle met les pouces. A ce moment-là, tu incinères l'épuisette par en dessous et tu relèves. Mais pas d'énervement. La plus légère fausse manœuvre et on va à la catastrophe. T'avais bonne mine de me dire que l'étang à Flumet était pas poissonneux..

Il se tait, inquiet, car la carpe, n'est pas encore soumise. Elle lui file de violentes secousses dans le crin-végétal.

— Tu te rends compte d'une vitalité ! fait-il observer. Je vois parfaitement ce qui s'est passé. Elle s'est piquée juste la lèvre supérieure. Si je tire trop fort je lui fais un bec-de-lièvre et elle m'échappe. Tout est dans Fart et la manière de la décourager, comprends-tu ?

Mais il a beau faire, dès qu'il tire sur sa canne à pêche ça bouillonne vilain. Ce n'est que lorsqu'il donne du mou que la carpe cesse de gigoter pour s'enfoncer dans les profondeurs cloaqueuses.

— Si tu ne te décides pas, fais-je remarquer, on sera encore là demain.

J'éternue. J'ai dû prendre froid dans son abominable wagon plein de courants d'air.

— Jockey ! admet Béru. On va risquer l'opération.

Et il se met à tirer le plus lentement possible. Un éclat métallique parcourt la surface de l'eau noire.

Je m'avance dans le bourbier avec l'épuisette. Allons, bon ! V'là que j'ai les pieds dans la flotte à c't'heure. Avec mon début de rhume, c'est pas la thérapeutique idéale !

— Grouille-toi de harponner ton cachalot, Gros, je commence à ne plus trouver ça joyce.

— Plus basse, l'épuisette, San-A ! Plus basse ! Que si tu lui touches le bide avant qu'elle soye in the pochette, cette petite gueuse va nous donner le coup de rein libératoire. C'est là, le crucial de la capture. Un qui débloque avec l'enfilochage il n'a plus qu'à aller se faire considérer par les Grecs ! Elle pige tout de suite le topo, la carpe.

Il m'agace singulièrement, le Vaseux.

— Ta carpe, Gros, elle est tout de même pas licenciée en philosophie ! protesté-je. A t'écouter, on pourrait croire que c'est Einstein en personne que tu tiens au bout de ta ligne !

— Fais gaffe, San-A ! Fais gaffe, v'là la minute de vérité !

J'enfîloche, je remonte l'épuisette. Il pousse un cri de liesse.

— Faut-il vous l'envelopper, c'est pour aller loin ? hurle cet heureux Terre-neuva.

Deux secondes plus tard il pousse une bouille qui ferait avorter une guenon sur le point de mettre bas. Ce n'est pas une carpe qui fit au fond de l'épuisette ruisselante, mais un ventilateur de voiture. L'hameçon du Mahousse l'a griffé par une vis. Chaque fois qu'il tirait, les pales de l'objet se déguisaient en hélice de moteur, d'où cette résistance mobile.

Je pars d'un formidable éclat de rire.

— Dis voir, Bonhomme, les carpes de ton étang, elles viennent du Creusot ! C'est avec une drague qu'il faut pêcher ici !

Je sors le ventilateur du filet et le présente au Gros déconfit.

— Tu mettras ça sur ta cheminée. Béru. C'est plus beau que certaines sculptures modernes et comme trophée, ça se pose là.

Vert de déception et de rage rentrée, le Mastar se saisit du ventilateur limoneux et le balance loin de lui. Mais le vent souffle fort. Aussi l'objet joue les boomerangs et au lieu de respecter la direction du jet, décrit un large arc de cercle avant de pulvériser le pare-brise de la bagnole.

Nous rentrons donc at home en plein courant d'air.

Le lendemain matin, je suis brûlant de fièvre. Mon thermomètre habituel me confirme la chose : 39,2. Du coup, voilà ma Félicie dans tous ses états.

— Te tracasse pas, M'man, la rassuré-je, c'est une petite grippe saisonnière. Ça va me donner l'occasion de flemmarder un peu dans la maison.

Du coup, ça la rend secrètement toute contente, ma Vieille. Elle dit qu'elle va téléphoner au toubib, ce que je lui interdis formellement, alléguant que si on me bourre de saloperies je risque de faire une véritable maladie. On ne devrait jamais chercher à homologuer ses maux, sinon ils se prennent au sérieux et n'en finissent plus. Y a pas plus cabot qu'un microbe. Si vous le traitez par le mépris, neuf fois sur dix il se retire dans ses appartements ; mais essayez de le traquer avec des trucs en « inné » ou en « biaz », et le voilà qui se fiche en pétard et qui joue les empêcheurs de danser en rond. Je suis obligé de transiger vilain avec Félicie. Elle y croit ferme à la science d'Hippocrate quand il ne s'agit pas d'elle. Son rêve c'est de me faire gober des cachets, de me compter des gouttes et d'accueillir « la-dame-des-piqûres », une solide gaillarde qui te vous plante sa seringue dans les noix comme une crémière plante une étiquette dans une motte de beurre.

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