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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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— Tu es sévère, mon Grand !

Elle n'aime pas la rébellion, M'man. Elle vote « oui » parce que, pour elle, c'est le plus chouette mot de la langue française après mon prénom.

— Du moment que nous avons besoin d'être dirigés et que des gens assument cette responsabilité, reprend-elle, on ne peut que les aider à le faire. Pourquoi toujours regimber, Antoine ?

— Par principe, M'man.

— Ce n'est pas un bon principe, mon Grand. Tu devrais essayer de dormir un peu.

— J'ai eu mon taf.

— Tu ne veux pas boire quelque chose ? Quand on a de la fièvre, il faut éliminer.

— D'accord, sers-moi un verre de tisane.

Je bois. Elle est contente. Chaque gorgée, c'est un grand plaisir que je lui procure. Elle imagine mes microbes entraînés par ce raz de marée, submergés, noyés, foutus !

La voilà repartie. Je suis brusquement environné de silence et d'ombres illustres. Que reste-t-il de ce somptueux dix-septième siècle ? Une culture ? Une certaine forme de pensée ? Des musées ? Des statues équestres sur les places ?

Je donne un coup de pouce au magnéto.

« Allô, Gros ! C'est re-moi ! Il faut que je te dise une chose : Louis XIV, malgré ses rayons, il était… comme la lune ! Tout à l'heure, je me suis laissé embarquer par un enthousiasme stupide. J'ai fait des trémolos, des effets de voix et j'ai eu tort ! Ça devait provenir de mes 39 de fièvre. J'avais le thermomètre en forme de fleur de lis !

« Le Roi-Soleil ! Je te demande un peu ! Il doit bien se marrer, le soleil, encore que lui aussi il soit en train de s'éteindre !

« Louis XIV a employé également son règne à faire la guerre. On s'est encore battu comme des chiffonniers si bien qu'à sa mort la France était à genoux. Bagarre contre les Espagos pour pas changer. Mazarin a dû l'avoir sec, là-haut, quand il matait le communiqué ! Bagarre aussi contre les Habsbourg.

« Des victoires, ça, oui. Mais c'est ce qui coûte le plus cher, une victoire. Je te les épargne. J'aime pas parler de guerres. On est obligé d'apprendre par la suite la date des traités et c'est ce qui te fait chuter dans les examens. Le traité de Westphalie et celui des Pyrénées, qu'est-ce qu'ils signifient maintenant ? On le sait qu'un pays c'est un accordéon qui s'étire ou se referme suivant les époques.

« Tu vas m'objecter que Louis a construit Versailles. Soit ! Mais cette fantaisie a coûté les yeux de la tranche ! Pendant qu'on lui bâtissait son Grand Temple, au Dieu en dentelles, les péquenots claquaient du bec ! Et maintenant, Versailles, faut l'entretenir pour que des touristes amerloques puissent aller coller leur chewing-gum dans les moulures des appartements royaux ! D'ailleurs, ce château, il n'est pas si beau que ça. Majestueux d'accord ! Mais pas vraiment beau ! J'aurais préféré que son père s'en occupât. Parle-moi du Louis XIII, ça tient le coup ! C'est viril et sobre et harmonieux ! Mais avec le Louis XIV on se lance dans le fromage. C'est le style Shell (que j'aime pas) : y a de la coquille Saint-Jacques partout. S'il avait pu se faire faire des meubles à perruques il les aurait commandés. Et son plumard, dis-moi, tu l'as vu ? Il craignait pas les cauchemars, le souverain ! Quant aux nanas qui venaient l'y retrouver, elles devaient se faire reluire en Gevacolor et se prendre pour « Sissi Impératrice ». Faut admettre à propos des nières qu'il se défendait pour la gymnastique sous baldaquin, Louis XIV. Après la Signorina Mancini, la senorita Marie-Thérèse (celle qui rit quand on la sacre) et Miss Cravate (autrement dit Louise de La Vallière) le voilà qui tombe éperdument dingue de la Montespan. Elle, elle lui fait Montespan dans l'œil et lui, il lui fait Montespan dans la lune, comme dirait l'ignoble Bérurier qui m'écoute. Cette gredine a mis le paquet pour séduire le roi. C'était une drôle de vénéneuse qui avait davantage confiance dans la magie noire que dans ses charmes. Elle était en cheville avec une horrible sorcière (la dame Monvoisin, plus connue sous l'appellation de La Voisin) laquelle, avec son petit ami Guibourg, célébrait des messes ultra black et procédait à des sacrifices humains. Ces braves gens achetaient des bébés à des pauvres et les égorgeaient sur le corps nu de la Montespan. Comme cette dernière croyait en la magie, elle était certaine d'obtenir le résultat escompté, comprends-tu, Gros ? Et étant sûre de l'obtenir, mon Dieu, elle l'obtenait, car c'est la foi qui sauve, même si cette foi prend sa source dans les veines d'un nouveau-né. Bref, elle est arrivée à ses fins. Un beau matin, Louis XIV l'a inscrite à son palmarès avec mention spéciale du jury. Et comme c'était une inquiète, dans le fond, la marquise criminelle, elle s'est mise à le bourrer de cantharide et autres mystérieux aphrodisiaques, son gros Loulou, pour le tenir en forme. Ça l'a tellement dopé, le monarque, qu'il lui a fait sept gosses sans respirer. Quand on est roi-soleil, on n'a pas le droit de se priver. C'est pas Versailles qu'il aurait dû habiter, mais un clapier. Juges-en plutôt, Grosse Pomme, je te dresse un petit bilan de ses prouesses. Il a fait six gosses à sa légitime, quatre à La Vallière, sept, donc, à la Montespan, plus une bonne demi-douzaine à des dames ou à des demoiselles de passage, ce qui représente un total d'environ deux douzaines de chiares. On peut, à ce tarif-là, espérer (ou redouter) avoir de la gelée royale dans les tuyaux. Faudrait qu'un matheux se livre à un calcul de progression pour cerner mieux le problème. M'est avis que ta bouille bourbonienne peut s'expliquer de cette façon. Tu serais un reliquat de bâtard que ça ne me surprendrait pas.

« Pour en revenir à Louis-Casanova XIV rendons-lui justice tout de même. Il aimait les nanas, mais il ne s'est jamais laissé mener par le bout du tarin qu'il avait fort et par conséquent facile à empoigner. S'il a fait des folies pour Madame Tricotin-Montespan, ç'a été en dehors des affaires. Cette sacrée Montespan a commis des dégâts, malgré tout. Lorsqu'une petite frôleuse virgulait des regards trop salaces au roi, elle la faisait empoisonner pour clarifier la situation. Le poison, elle l'administrait aussi délibérément que de l'aspirine. Elle en refilait même au roi quand elle était jalouse ! Rappelle-toi que Louis XIV a dû avoir une fameuse santé pour vivre soixante-dix-sept ans en étant bourré de poison et d'excitants de toutes sortes. C'était un petit Raspoutine dans son genre, le frisé ! Mais un jour, la vérité a éclaté.

« On a arrêté la Voisin et sa clique. Le San-Antonio de l'époque a brillamment mené son enquête et a découvert la participation de la Montespan à ces sacrifices humains. On a prévenu Loulou. Le pauvre Gros n'en revenait pas. Comprenant à quel danger il avait échappé, il s'est grouillé d'envoyer la marquise dans ses terres. Puis il a écrasé le coup. Les grandes affaires finissent toujours commak, tu ne l'ignores pas. Le scandale a pour lui deux atouts maîtres : le silence et le temps. Les pièces prouvant la culpabilité de la favorite furent détruites et tout rentra lentement dans l'ordre. Par la suite, l'épagneul vieillissant se tourna vers la religion et prit pour seconde femme la gouvernante des enfants de la Montespan : la veuve du poète Scarron qui allait bientôt devenir Madame de Maintenon. Il l'épousa clandestinement en 1683, si mes souvenirs sont exacts.

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