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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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Carlos Sourdat se racla la gorge et dit :

- Sans doute dans les nouvelles que vous avez reçues, monsieur. Il y a eu bataille, à Valmy, où l'on s'est canonné durant des heures mais sans engagements de corps. Ensuite... on a traité et le général Dumouriez a permis à l'ennemi de faire retraite...

Les derniers mots firent bondir le comte :

- A permis? cracha-t-il. Avez-vous bien conscience des mots que vous employez, jeune homme ?

- Je n'emploie que les mots mêmes de mon père. Il vous fait dire qu'il ignore ce qui s'est passé exactement à Valmy mais qu'il s'efforce d'en apprendre le fin mot. Un bruit court à Paris, où il s'est rendu : on suppose que le vol des diamants de la Couronne a été commandé par Danton afin de pouvoir acheter Brunswick. C'est possible, mais il faut admettre que les troupes prussiennes et autrichiennes, décimées par la dysenterie, les fièvres et le temps abominable, ont eu quelques excuses...

- Foutaises ! Le temps était le même pour ceux d'en face...

- Mais ils n'étaient pas coupés de leur ravitaillement. Ils étaient chez eux, appuyés par la population, avec des abris plus convenables que des tentes de toile... Encore une fois, nous ne sommes pas informés des faits réels...

- Et le Roi ?

- Il n'y a plus de Roi. Il est déchu et la république est proclamée. Pour l'instant il est toujours au Temple mais on parlerait d'un procès...

- Ah!

- Vous allez laisser ce jeune homme debout encore longtemps? claironna Mme d'Antraigues qui venait aux nouvelles. Vous ne voyez pas qu'il est rompu de fatigue ?

Le comte tressaillit et abandonna à regret la sombre rêverie où il pensait s'ensevelir.

- Oh!... oui, sans doute! Je vous demande excuse, jeune homme! Il faut vous reposer bien sûr. Mme d'Antraigues va prendre soin de vous. Nous nous reverrons plus tard...

Il était écrit, apparemment, que la sombre rêverie ne serait pas pour tout de suite. A peine Didon-Saint-Huberty eut-elle disparu avec son invité que le roulement d'une chaise de poste dans la cour intérieure attirait le comte à une fenêtre. Le véhicule poussiéreux devait venir de loin; la portière ouverte révéla de larges souliers à boucle et la soutane d'un ecclésiastique. La seconde suivante, le père Angelotti tout entier apparaissait au grand jour et le comte d'Antraigues dévalait les escaliers pour accueillir comme il convenait un homme qui arrivait de Coblence, qui était le confesseur de la comtesse de Balbi, la maîtresse déclarée de Monsieur et, assez souvent, l'ambassadeur occulte de celui-ci. On allait avoir d'autres nouvelles.

Petit, noir de poil, noir de peau - ses ablutions matinales ne lui prenaient guère de temps -, Angelotti, jésuite de profession et de caractère, avait de longues oreilles qui lui étaient fort utiles. Elles offraient un curieux contraste au visage rond dans lequel des yeux de chat, flottant entre le jaune et le vert, ne soulevaient que rarement le rideau de leurs lourdes paupières et pas toujours en même temps.

Antraigues l'embrassa comme un frère :

- Mon ami ! Vous avez fait tout ce chemin pour venir jusqu'à moi et vous arrivez à un moment où je suis plein de trouble et d'incertitudes ! En vérité, c'est Dieu qui vous envoie !

- Si ce n'est lui, c'est celui qui pourrait recevoir, un jour prochain, sa sainte bénédiction pour rendre à la France sa dignité et son bonheur perdus... Quand dîne-t-on chez vous, mon cher comte ? Je meurs de faim !

- A onze heures comme tout le monde, mais je vais vous faire servir un petit en-cas avec un peu de vin d'Espagne..

Le sachant frileux, Antraigues établit son visiteur dans un vaste fauteuil placé au coin du feu allumé, dans la pièce qui lui servait de cabinet de travail les jours de mauvais temps. Le père s'y épanouit comme une fleur au soleil, tendit ses grands pieds à la flamme, croqua quelques massepains, les fit passer avec trois verres de xérès, poussa un soupir de satisfaction, rota et, croisant ses mains sur son ventre, releva les coins de sa bouche en une grimace qui pouvait passer pour un sourire :

- Ah! Voilà qui est mieux! Je me sens prêt à répondre, à présent, à vos questions.

- Mes questions viendront quand vous m'aurez délivré votre message, cher ami... car je suppose que Monsieur vous en a donné un pour moi ?

- En effet ! Il tient en peu de mots : tout va mal ! Vient alors en corollaire une question bien naturelle : que faisons-nous?

Les épais sourcils du comte remontèrent d'un coup au milieu de son front :

- J'espérais que vous veniez me le dire. Il n'y a pas une heure que j'ai appris le désastre de Valmy et la volte-face du duc de Brunswick renonçant à marcher sur Paris. Je vous avoue que je n'en suis pas encore remis et vous venez me demander ce que nous faisons ! Encore faudrait-il que je sache où nous en sommes au juste. Pouvez-vous au moins me dire ce qui s'est passé à Valmy ?

- Plus exactement au château de Hans où Brunswick cantonnait. Certes, l'état de ses troupes n'était pas des meilleurs, mais les Prussiens sont solides et en ont vu d'autres; seulement, deux grains de sable sont venus s'infiltrer dans les rouages d'une machine que nous espérions si bien montée. Le premier étant la franc-maçonnerie qui voulait que le duc s'abstienne pour des raisons que je ne développerai pas, le second revêtant la forme flatteuse d'un trésor : les diamants de la Couronne, dont une part appréciable va remplir les poches de notre conquérant manqué.

- On m'en a parlé. C'était donc vrai ?

- Tout ce qu'il y a de plus vrai et vous imaginez sans peine quelle douleur cette affaire cause à Monsieur! Les joyaux de famille volés par les hommes de Danton et remis à celui qui aurait dû lui permettre de rentrer à Paris en triomphateur ! Il y avait surtout la fameuse Toison d'Or du roi Louis XV, qui est une pièce inestimable et dont Monseigneur déplore la perte. A ce propos, il aimerait que vous et vos gens essayiez de la récupérer.

- Moi ? Mais je n'ai personne à Brunswick et je ne vois pas bien qui pourrait aller voler quelque chose dans le bourg médiéval d'Henri le Lion !

- Si ce n'était que cela, nous pourrions nous en charger nous-mêmes mais la Toison d'Or n'ira jamais là-bas. Elle est déjà repartie pour Paris dans la poche d'un de vos amis. Le baron de Batz a su convaincre le duc de la lui rendre.

Un observateur attentif aurait pu entendre grincer les dents du comte. Depuis des années il haïssait l'homme du Roi de toutes ses forces, celui-ci ne lui ayant jamais caché le mépris qu'il lui inspirait.

- Que faisait-il là-bas ?

- Je vais vous le dire. Monsieur, n'ayant pas pu suivre lui-même Frédéric-Guillaume et Brunswick, avait délégué l'un de ses plus zélés serviteurs, le marquis de Pontallec. Vous connaissez ?

- Depuis longtemps. Nous sommes amis.

- Ce qui n'est pas le cas de Batz. Arrivé là-bas sous un déguisement à la veille de la bataille, si on peut l'appeler comme ça, il a tranquillement provoqué Pontallec en duel et lui a mis deux pouces de fer dans les côtes...

- Il est mort ?

- J'ai dit dans les côtes. Pas dans le cour. Il se remet. Heureusement, il avait avec lui l'un des serviteurs de Monsieur chargé de le surveiller plus ou moins. Monsieur, vous le savez, n'a confiance en personne. C'est cet homme qui a suivi les événements. Mais, écoutez encore!... Le baron de Batz était accompagné d'une jeune Américaine très séduisante, Laura Adams, amenée là sans doute pour séduire le duc. Il semble qu'elle ait réussi. Au cours d'un entretien orageux où Batz a sommé le duc de poursuivre sa mission qui était de s'emparer de Paris et de délivrer le Roi, il a tout juste réussi à lui arracher la Toison d'Or, mais il a dû abandonner sa compagne qui est restée au château...

- Voilà qui est intéressant! Si Brunswick y tient, elle peut nous être utile. Une Américaine!... C'est très original ! Et le duc qui est collectionneur a dû être sensible à cette... rareté!

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