Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
- J'aurais trop l'air de venir demander pardon alors que je n'ai rien à me reprocher. Je le regrette à cause de Marie que j'aime beaucoup, mais je crois qu'au fond il n'est pas mécontent d'être débarrassé de moi...
C'était une question que Pitou s'était déjà posée sans pouvoir y répondre : nul ne pouvait se vanter de savoir ce qui se passait au juste dans la tête du baron... Il s'était donc résigné à faire monter Laura dans un fiacre et à prendre avec elle le chemin de la rue de Tournon en pensant qu'après tout ce n'était pas si idiot. Proche de Batz, le vieux duc était au courant du changement d'identité de sa jeune amie et, si d'aventure il était absent - les marques de bonne volonté données à la Nation lui avaient valu de n'être pas inquiété et surtout emprisonné après le 10 août - ou peut-être émigré, la jeune femme pourrait reprendre le logis de John Paul-Jones dont elle était censée être la parente. Dans l'autre cas, Laura serait accueillie avec affection. Ce dont, au fond, elle avait le plus besoin...
L'homme qu'elle retrouva n'était plus tout à fait le même que lors de son retour de Bretagne. C'était un être brisé par la douleur. Certes, les massacreurs de septembre ne l'avaient pas touché, mais ils avaient tué son gendre, le duc de Brissac, qui avait pris dans son cour la place du fils perdu. Arrêté à Orléans, le duc, qui avait commandé la Garde constitutionnelle du roi, avait été ramené à Versailles d'abord avant d'être conduit vers Paris avec d'autres prisonniers. Le 9 septembre, à l'angle de la rue de l'Orangerie et de la rue Royale, une foule hurlante s'était abattue sur les chariots où les captifs étaient entassés et les avait tous massacré. Brissac était connu dans la ville des rois, on savait en outre qu'il était devenu l'amant de Mme Du Barry, l'ancienne mais toujours ravissante favorite de Louis XV, et quelqu'un avait eu une bonne idée. On était parti en cortège pour le petit château de Louveciennes où elle vivait toujours en dépit du saccage de sa maison, pillée par des voleurs trop bien renseignés. On remonta les allées du parc. Une fenêtre était ouverte, celle du petit salon où elle se tenait toujours, et là... on avait jeté à ses pieds la tête sanglante de celui qui était son dernier et son plus pur amour...
- La nuit venue, elle l'a enterrée de ses mains dans son jardin, cette tête dont elle avait pensé mourir de terreur, sanglotait le vieux duc devant Laura désolée. Pauvre, pauvre femme ! Elle s'était d'abord réfugiée en Angleterre, mais elle était revenue pour lui, pour le revoir, bien plus que pour essayer de retrouver ses joyaux volés... Ce qui m'étonne, c'est qu'on ne l'ait pas massacrée elle aussi...
Ne sachant que dire, Laura écoutait ce récit qui n'en finissait plus, où se mêlaient des réminiscences du doux autrefois et du passé plus proche, quand le duc se rendait dans le petit hôtel de la rue de Bellechasse pour apprendre l'anglais à une toute jeune femme esseulée. Pitou, qui était encore là, écoutait, inquiet. Il voulut même emmener Laura quand il s'aperçut que le vieil homme, ayant tout oublié de ce que lui avait appris Batz, continuait à l'appeler Anne-Laure et lui demandait des nouvelles de son époux.
- Vous ne pouvez pas rester là, murmura-t-il alors. Ce vieux monsieur vous aime beaucoup, c'est évident, mais il perd un peu la tête et vous allez être en danger...
- Laissez-moi rester deux ou trois jours. Je suis si fatiguée, mon ami ! Je désire seulement dormir, dormir... Et puis Colin et Adèle qui servent le duc depuis des années sauront se conduire comme il faut avec moi. Ce sont de si braves gens ! Croyezmoi, le danger ne sera pas grand même si le duc s'égare un peu...
Il avait bien fallu en passer par où elle voulait, cependant Pitou en rentrant chez lui n'en pensait pas moins. Il se promit de courir chez Batz dès le jour venu mais sa logeuse, qui veillait sur lui avec des yeux un peu trop tendres, lui remit un pli arrivé dans la journée : en termes comminatoires son chef de section lui faisait savoir qu'il avait tout intérêt à se présenter le lendemain s'il ne voulait pas être obligé de renoncer à porter le brillant uniforme de la Garde nationale, ses absences réitérées et prolongées étant assez mal vues en haut lieu. Il se hâta donc d'obtempérer, sachant le prix attaché par Batz à cet uniforme qui permettait d'aller partout. Et en remerciant le ciel d'être rentré à temps. Sa rencontre avec son chef lui parut de bon augure. Aussi, vers la fin de l'après-midi se rendit-il chez Corazza, le café-glacier du Palais-Royal, qui était à la mode depuis longtemps et dont les Jacobins avaient fait leur antichambre. Le public y était mélangé. Souvent on y voyait paraître Chabot, toujours prêt à se lancer dans une harangue incendiaire. Un environnement dangereux, du moins en apparence, pour qui faisait de la conspiration son pain quotidien. C'était justement la raison pour laquelle Batz y donnait ses rendez-vous à visage découvert. Il ne faisait d'ailleurs que suivre une habitude. Du temps de la Constituante, Corazza était le rendez-vous des monarchistes tandis que le café de Chartres était celui des tenants d'une royauté constitutionnelle. On l'y connaissait sous
le simple nom de Batz, en élidant le titre nobiliaire - et l'on y appréciait sa réputation de financier émérite, d'homme de plaisir, amant d'une comédienne illustre tenant volontiers table ouverte, ainsi que sa générosité : il payait souvent à boire et donnait parfois des conseils judicieux. Il ne se mêlait jamais de politique et affichait des goûts paisibles pour le café et les glaces à la vanille. En résumé, un client auquel on tenait bien qu'il fût toujours d'une élégance sobre, n'ayant rien à voir avec la " mode " actuelle du débraillé, de la carmagnole et du bonnet rouge, sous lesquels, d'ailleurs on ne voyait pas plus Robespierre, Camille Desmoulins, Saint-Just et quelques autres...
Pitou trouva Batz chez Corazza. Ils portèrent ensemble l'obligatoire toast à la Nation, après quoi le journaliste entreprit de raconter à haute et intelligible voix l'exécution à laquelle il venait d'assister, y compris l'intervention de Chabot. Ce qui eut pour effet immédiat de lancer une controverse générale. L'atmosphère devint assourdissante et Pitou, dont on se désintéressa vite, put, abrité par la tempête, échanger quelques propos avec son ami.
Il décrivit brièvement l'état dans lequel il avait trouvé le duc de Nivernais et ses absences de mémoire qui pouvaient s'avérer désastreuses dans une maison abritant un corps de garde.
- Il ne faut pas qu'elle reste là, conclut-il. Il me semble qu'il avait été question de la confier à un couple américain?...
- Oui, les Blackden qui étaient les derniers intimes de John Paul-Jones. Malheureusement, ils ont disparu, comme la plupart de leurs compatriotes. Les massacres du mois dernier les ont épouvantés et ils se sont éparpillés dans les campagnes environnantes, mais où? Tout ce que je sais, c'est que leur ambassadeur, Gouverneur Morris qui est mon ami, est parti pour Seine-Port près de Fontainebleau...
- Ce n'est pas si loin, je peux l'y conduire ? Le baron eut l'ombre d'un sourire :
- Laura chez Morris? C'est l'agneau chez le loup. L'homme à la jambe de bois ne peut pas voir une femme un peu jolie sans lui sauter dessus. Comme il est plutôt bel homme et fort riche, cela lui réussit souvent.
- Je vois... mais si vous l'abandonnez à elle-même Dieu sait ce qu'elle va faire! En outre, n'oubliez pas qu'elle vous a été fort utile... et qu'elle ne demande qu'à l'être encore. Sinon elle n'a plus de raison d'exister. Sauf peut-être...
- Quoi donc?