Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
Malheureusement pour elle car la mort eût été une délivrance, Mme de Saint-Alferine était une femme d'une grande force d'âme. Ni son cour ni sa raison ne craquèrent durant l'odieux supplice. Elle enterra sa fille avec l'aide du fidèle serviteur puis se cacha, réussit à surprendre deux des assassins de son enfant et allait peut-être atteindre Chabot quand celui-ci, ayant jeté définitivement le froc aux orties, partit pour Paris. Elle le suivit, demanda et obtint sans peine l'aide de Jean de Batz qu'elle connaissait depuis longtemps, et fit naître, avec lui, le personnage de Lalie Briquet qu'elle entendait attacher aux pas de Chabot jusqu'à ce que sa vengeance soit satisfaite. Or, pour lui, elle ne se contenterait pas d'un coup de fusil comme pour ses complices : la honte, l'horreur subies par sa fille avaient été publiques : elle en voulait autant pour son meurtrier.
- Je veux pour lui l'échafaud, les ricanements d'une populace dont il n'aurait jamais dû sortir, la peur sur le visage et dans les yeux. Je veux jouir de son agonie...
- Je vous y aiderai de toutes mes forces, mais cela risque d'être long. Ce misérable a entamé une carrière politique en jouant sur les pires instincts du peuple, qui l'adule autant que son ami Marat...
- J'ai tout mon temps, baron ! L'important est le résultat et, pour cela, je veux savoir jour après jour ce qu'il fait...
Et c'est ainsi qu'un beau matin Lalie Briquet était entrée au club des Jacobins avec ses aiguilles à tricoter et une pelote de laine dans la poche de son tablier. En ce jour d'octobre, comme d'habitude, elle attendait Chabot...
Un murmure passa sur la foule comme une risée sur la mer, un remous se propagea, le pas mesuré des chevaux, les grincements des roues d'une charrette annoncèrent l'arrivée des condamnés : deux hommes jeunes qui, debout, le visage crispé, regardaient approcher leur mort, et une femme dont on ne voyait que le haut de la tête car elle était écroulée dans la paille garnissant la charrette. On dut la hisser sur l'échafaud où elle devait mourir la première et la soutenir ensuite pour l'amener jusqu'à la planche de la bascule. C'est alors qu'un homme bondit sur la plate-forme, les bras écartés, en clamant :
- Citoyens ! Citoyens ! Ces gens ne sont pas les vrais coupables.
Lalie eut un tressaillement et le citoyen Agricol posa aussitôt sa main sur son poignet. C'était Chabot dans la tenue qu'il affectionnait : en chemise ouverte jusqu'à la taille sous une carmagnole douteuse, les jambes à moitiés nues dans un pantaIon déchiré, le bonnet rouge enfoncé sur la tête au-dessus de son long nez pointu. Sa voix forte à l'accent rocailleux tonna sur la place soudain silencieuse :
- Citoyens, reprit-il, je suis là pour vous demander de faire grâce. Ces gens sont de bons enfants qu'on a pris au hasard parce qu'il fallait bien qu'on nous livre des coupables pour que le ministre Roland n'ait pas de comptes à nous rendre, mais ceux qui ont volé, ce sont les aristos, les suppôts de Capet et de l'Autrichienne afin de les soustraire à votre juste colère ! C'est eux qu'il faut aller chercher et amener ici si vous voulez les vrais coupables, et moi...
A ce moment, il fut rejoint par l'officier municipal chargé de surveiller l'exécution :
- Ça suffit, citoyen Chabot, fit-il avec rudesse. Tu n'as pas droit de t'opposer à la justice quand elle a rendu une sentence...
- Sentence inique ! Sentence criminelle ! Je dis, moi, que nous devons tous aller au Temple pour en tirer le gros cochon et sa putain, et les amener ici...
- Leur tour viendra ! Pour l'heure, c'est celui de ceux-ci. Qu'ils aient travaillé pour qui que ce soit, il n'en ont pas moins volé le bien du peuple et, de toute façon, le garde-meuble n'était pas leur coup d'essai! Citoyen Sanson, fais ton devoir!... Et toi, citoyen Chabot, fais-moi la grâce de m'accompagner ensuite jusqu'à la Convention. On verra bien si elle t'a chargé d'une mission... Allons, descends ! Sinon je fais monter mes hommes.
- Vous entendez? brailla l'ex-capucin. Vous entendez comment on me traite, moi, député de la Convention ?
Il n'en suivit pas moins l'officier tandis que le bourreau expédiait la femme Leclerc qui, en voyant disparaître l'espoir suscité un instant par l'interrupteur, venait de s'évanouir...
- Il était pourtant à sa place là-haut, gronda Lalie entre ses dents ! Mais il faudra bien qu'un jour je l'y voie monter pour n'en plus descendre.
Les deux hommes moururent avec courage en dépit de leurs regards affolés. Ils avaient cru un instant que Chabot apportait leur grâce.
- Moi aussi je l'ai cru, murmura Batz, comme si ce monstre qui a considéré les massacres de septembre comme un simple détail dans son plan d'extermination pouvait jamais apporter une grâce!... Viens, citoyenne ajouta-t-il tout haut, y a plus rien à voir et j'te ramène chez toi !
Ils quittèrent le piédestal vide pour se diriger vers la rue " Florentin " mais en serrant de près les abords des Tuileries pour passer au plus large de l'échafaud. La foule ne se dispersait pas encore, attentive à ne rien perdre de l'enlèvement des corps et du nettoyage. On voulait aussi savoir si les bois de justice resteraient là désormais ainsi que le bruit en courait. Peu intéressé par tout cela, le couple avançait assez vite quand il se trouva soudain en face d'Ange Pitou en uniforme de garde national. Appuyé à la barrière du Pont-Tournant, il semblait perdu dans la contemplation du gardemeuble. Or Batz ignorait son retour. Oubliant le personnage qu'il assumait, ce fut de sa voix naturelle qu'avec un rien de raideur il demanda :
- Vous êtes rentré? Comment se fait-il que je ne vous aie pas vu?
Surpris, Pitou quitta sa pose nonchalante pour considérer ce vieil homme en sabots avec ses cheveux gris, son bonnet rouge, sa carmagnole et ses lunettes, derrière lesquelles les yeux noisette qu'il connaissait bien brillaient de colère. Et puis il y avait cette voix inimitable.
- Nous sommes arrivés seulement hier soir, dit-il avec un sourire amusé. J'avais l'intention d'aller vous voir, mais ce matin je me suis retrouvé de service ici.
- Nous ? Vous l'avez donc ramenée ?
- Bien entendu, sinon je ne serais pas ici. Je vous ai dit, je crois, que je comptais m'attacher à ses pas si elle refusait de me suivre parce que avec ces gens elle était en danger...
- Ainsi, la cause que vous prétendiez défendre, vous l'auriez abandonnée pour cette femme inconstante ? fit Batz avec amertume.
- Elle n'est pas une femme inconstante : elle est seulement une femme malheureuse... et elle m'a suivi avec enthousiasme. Il était temps que j'arrive d'ailleurs : cette nuit-là on levait le camp...
Jusqu'à présent personne ne s'était intéressé à eux, mais Lalie qui surveillait les entours jugea que cela pourrait bien ne pas durer longtemps :
- Si on allait boire un godet? proposa-t-elle. Rien n'vaut un bon cabaret pour causer affaires...
- Ça serait bien volontiers, citoyenne ! Mais je suis de garde encore une heure. Allez boire sans moi ! fit Pitou gaiement.
- On s'verra ce soir, reprit Batz en réendossant son rôle. Il ne put cependant s'empêcher de demander : Où est-elle ?
- Chez Nivernais, mais elle ne peut pas y rester. Et chez moi c'était pas possible à cause de ma logeuse...
Sans répondre, le citoyen Agricol fit un geste d'adieu et entraîna sa compagne. Pitou les regarda disparaître dans la foule en se demandant ce que son chef avait l'intention de faire de Laura. S'en occuperait-il encore ou bien avait-il l'intention de l'abandonner au sort qu'elle se choisirait ? De toute façon, il fallait compter aussi avec la jeune femme. Hier, quand la diligence de Châlons les avait déposés tous les deux aux Messageries de l'ex-rue Saint-Denis, elle avait refusé farouchement de se laisser ramener à Charonne :