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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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C'est donc avec ces trois hommes qu'Antraigues lança son réseau. Leurs rapports prenaient la forme d'innocentes lettres commerciales écrites en lignes espacées permettant d'en ajouter une entre elles avec une " encre sympathique ", en l'occurrence du jus de citron qui se révèle en chauffant le papier. Le courrier partait par Troyes et se grossissait parfois de messages en provenance d'un autre affilié, Nicolas Sourdat, ancien lieutenant général de police de Troyes, qui au début avait prisparti ostensiblement pour la Révolution. Grâce à lui, Antraigues n'ignorait rien de ce qui se passait en Champagne ni d'ailleurs ce qui se passait en Provence, grâce encore à un certain Sautayra, député de la Drôme à la Constituante puis à la Législative, dont les apparentes convictions révolutionnaires ne furent jamais suspectées, ce qui par la suite le rendit extrêmement précieux...

Pour en revenir à la lettre qu'Antraigues écrivait en ce beau jour d'automne à son ami Las Casas, elle était surtout destinée à lui faire prendre patience. Le courrier marchait mal depuis le 10 août. La peur avait dû sécher toutes les plumes et le comte manquait d'informations, ce qui justifiait assez sa mauvaise humeur, son inquiétude aussi pour un réseau dont les fils s'étendaient de plus en plus loin. En effet, depuis l'entrée en guerre de la France contre la Prusse et l'Autriche, tout courrier partant hors frontières devenait suspect, les " informations commerciales " pouvaient être taxées d'espionnage ou d'intelligence avec l'ennemi, ce qui menait tout droit à l'échafaud. Enfin, ces deux sentiments jumeaux se trouvaient renforcés par l'impatience de voir arriver la grande nouvelle espérée.

Il ne faisait aucun doute pour le comte que les armées de Brunswick, de l'Autrichien Clerfayt et des émigrés ne feraient qu'une bouchée de celle des va-nu-pieds. La route de Paris était sans doute ouverte et, à cette heure, Brunswick devait avoir pris Paris... Paris qui aurait, poussé par une rage désespérée, massacré les prisonniers du Temple, laissant le champ... et le trône libres à Monsieur, que l'on rejoindrait bien vite pour profiter de la manne tombant obligatoirement sur ceux qui l'auraient aidé à s'emparer de la couronne... Comme il ne pouvait avoir d'enfants, celle-ci reviendrait vite au comte d'Artois. Au besoin on y aiderait.

Ainsi rêvait Louis-Alexandre, le nez et la plume en l'air, suivant vaguement de l'oil un choucas attardé tandis que les échos du château résonnaient à présent du désespoir de Didon. Ils arrivaient toujours sous la loggia et l'époux exaspéré se levait déjà pour lui crier de se taire quand Lorenzo, son serviteur, entra pour annoncer un visiteur :

- M. Carlos Sourdat demande à voir Monsieur le comte. Il arrive de France...

- Carlos Sourdat?... Ah oui, le fils! Fais-le venir !

Un jeune homme d'une vingtaine d'années, portant comme tout voyageur un peu aisé un manteau à collet, des bottes courtes sur des culottes collantes et un chapeau - que d'ailleurs il tenait à la main, montrant des cheveux noirs et des yeux d'Espagnol -, entra mais n'eut qu'à faire trois pas pour trouver Antraigues venu à sa rencontre avec un grand sourire.

- Quelle joie de vous voir, mon garçon ! Vous m'apportez la grande nouvelle ?

- La grande nouvelle?...

- Mais oui ! Votre présence en est la preuve : les routes sont libres. Brunswick, Frédéric-Guillaume et Monsieur sont à Paris ?

- Non, ce n'est pas une bonne nouvelle que j'apporte.

- Pas une bonne?... Ah, je vois! Ces maudits Parisiens ont massacré le Roi et peut-être aussi sa famille pour se venger. C'est dramatique ! Je le ressens cruellement, mais nous devons aller de l'avant, faire confiance à nos princes qui, grâce à Dieu, sont toujours vivants...

Il semblait parti pour faire une conférence, avec un tel feu que le jeune homme se demandait comment l'arrêter. Finalement, il prit le parti de crier plus fort que lui :

- Par pitié, monsieur le comte, laissez-moi parler! Votre joie m'effraie...

Coupé net dans son enthousiasme, Antraigues laissa retomber ses mains qu'il élevait vers le ciel comme pour le prendre à témoin de son triomphe.

- Ma joie vous effraie ? articula-t-il.

- Oh combien!... A cette heure le duc de Brunswick, le roi de Prusse et Mgr d'Artois avec ses émigrés doivent être de retour en Allemagne. C'est la raison pour laquelle mon père m'a envoyé, avec quelques risques bien entendu ! Il craignait qu'une lettre ne se perde ou ne tombe en de mauvaises mains. Et puis, moi, au moins, je peux répondre aux questions...

- Qu'est-ce que vous dites ?

Des quelques phrases émises par Carlos, Antraigues n'avait retenu que le début, mais il l'avait mieux entendu que sa question ne le laissait supposer et, quand le jeune homme voulut répéter, il lui imposa silence d'un geste de la main tout en retournant à son siège, où il s'assit lourdement avec l'air d'oublier totalement son visiteur. Il se remit à parler, mais cette fois c'était à lui-même :

- Impossible!... C'est mathématiquement impossible ! Une pareille armée ! La plus forte d'Europe et elle aurait reculé devant des troupes d'incapables qui ne savent que brailler en agitant des piques ? Les dernières nouvelles que j'ai reçues parlaient déjà de débandade. Alors, comment tout cela est-il possible?... Non, ça ne l'est pas! Il y a sûrement une erreur quelque part !

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