La Reine Margot Tome I
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome I». Краткое содержание книги:
– Pas trop.
– Tirez la langue, mon gentilhomme. Coconnas tira la langue à La Mole en faisant une si affreuse grimace, que l’examinateur secoua une seconde fois la tête.
– Oh! oh! murmura-t-il, contraction des muscles. Il n’y a pas de temps à perdre. Ce soir même je vous enverrai une potion toute préparée qu’on lui fera prendre en trois fois, d’heure en heure: une fois à minuit, une fois à une heure, une fois à deux heures.
– Bien.
– Mais qui la lui fera prendre, cette potion?
– Moi.
– Vous-même?
– Oui.
– Vous m’en donnez votre parole?
– Foi de gentilhomme!
– Et si quelque médecin voulait en soustraire la moindre partie pour la décomposer et voir de quels ingrédients elle est formée…
– Je la renverserais jusqu’à la dernière goutte.
– Foi de gentilhomme aussi?
– Je vous le jure.
– Par qui vous enverrai-je cette potion?
– Par qui vous voudrez.
– Mais mon envoyé…
– Eh bien?
– Comment pénétrera-t-il jusqu’à vous?
– C’est prévu. Il dira qu’il vient de la part de M. René le parfumeur.
– Ce Florentin qui demeure sur le pont Saint-Michel?
– Justement. Il a ses entrées au Louvre à toute heure du jour et de la nuit. L’homme sourit.
– En effet, dit-il, c’est bien le moins que lui doive la reine mère. C’est dit, on viendra de la part de maître René le parfumeur. Je puis bien prendre son nom une fois: il a assez souvent, sans être patenté, exercé ma profession.
– Eh bien, dit La Mole, je compte donc sur vous?
– Comptez-y.
– Quant au paiement…
– Oh! nous réglerons cela avec le gentilhomme lui-même quand il sera sur pied.
– Et soyez tranquille, je crois qu’il sera en état de vous récompenser généreusement.
– Moi aussi, je crois. Mais, ajouta-t-il avec un singulier sourire, comme ce n’est pas l’habitude des gens qui ont affaire à moi d’être reconnaissants, cela ne m’étonnerait point qu’une fois sur ses pieds il oubliât ou plutôt ne se souciât point de se souvenir de moi.
– Bon! bon! dit La Mole en souriant à son tour; en ce cas je serai là pour lui en rafraîchir la mémoire.
– Allons, soit! dans deux heures vous aurez la potion.
– Au revoir.
– Vous dites?
– Au revoir. L’homme sourit.
– Moi, reprit-il, j’ai l’habitude de dire toujours adieu. Adieu donc, monsieur de la Mole; dans deux heures vous aurez votre potion. Vous entendez, elle doit être prise à minuit… en trois doses… d’heure en heure.
Sur quoi il sourit, et La Mole resta seul avec Coconnas.
Coconnas avait entendu toute cette conversation, mais n’y avait rien compris: un vain bruit de paroles, un vain cliquetis de mots étaient arrivés jusqu’à lui. De tout cet entretien, il n’avait retenu que le mot: Minuit.
Il continua donc de suivre de son regard ardent La Mole, qui continua, lui, de demeurer dans la chambre, rêvant et se promenant.
Le docteur inconnu tint parole, et à l’heure dite envoya la potion, que La Mole mit sur un petit réchaud d’argent. Puis, cette précaution prise, il se coucha.
Cette action de La Mole donna un peu de repos à Coconnas; il essaya de fermer les yeux à son tour, mais son assoupissement fiévreux n’était qu’une suite de sa veille délirante. Le même fantôme qui le poursuivait le jour venait le relancer la nuit; à travers ses paupières arides, il continuait de voir La Mole toujours menaçant, puis une voix répétait à son oreille: Minuit! minuit! minuit!
Tout à coup le timbre vibrant de l’horloge s’éveilla dans la nuit et frappa douze fois. Coconnas rouvrit ses yeux enflammés; le souffle ardent de sa poitrine dévorait ses lèvres arides; une soif inextinguible consumait son gosier embrasé; la petite lampe de nuit brûlait comme d’habitude, et à sa terne lueur faisait danser mille fantômes aux regards vacillants de Coconnas.
Il vit alors, chose effrayante! La Mole descendre de son lit; puis, après avoir fait un tour ou deux dans sa chambre, comme fait l’épervier devant l’oiseau qu’il fascine, s’avancer jusqu’à lui en lui montrant le poing. Coconnas étendit la main vers son poignard, le saisit par le manche, et s’apprêta à éventrer son ennemi.
La Mole approchait toujours.
Coconnas murmurait:
– Ah! c’est toi, toi encore, toi toujours! Viens. Ah! tu me menaces, tu me montres le poing, tu souris! viens, viens! Ah! tu continues d’approcher tout doucement, pas à pas; viens, viens, que je te massacre!
Et en effet, joignant le geste à cette sourde menace, au moment où La Mole se penchait vers lui, Coconnas fit jaillir de dessous ses draps l’éclair d’une lame; mais l’effort que le Piémontais fit en se soulevant brisa ses forces: le bras étendu vers La Mole s’arrêta à moitié chemin, le poignard échappa à sa main débile, et le moribond retomba sur son oreiller.
– Allons, allons, murmura La Mole en soulevant doucement sa tête et en approchant une tasse de ses lèvres, buvez cela, mon pauvre camarade, car vous brûlez.
C’était en effet une tasse que La Mole présentait à Coconnas, et que celui-ci avait prise pour ce poing menaçant dont s’était effarouché le cerveau vide du blessé.
Mais, au contact velouté de la liqueur bienfaisante humectant ses lèvres et rafraîchissant sa poitrine, Coconnas reprit sa raison ou plutôt son instinct: il sentit se répandre en lui un bien-être comme jamais il n’en avait éprouvé; il ouvrit un œil intelligent sur La Mole, qui le tenait entre ses bras et lui souriait, et, de cet œil contracté naguère par une fureur sombre, une petite larme imperceptible roula sur sa joue ardente, qui la but avidement.
– Mordi! murmura Coconnas en se laissant aller sur son traversin, si j’en réchappe, monsieur de la Mole, vous serez mon ami.
– Et vous en réchapperez, mon camarade, dit La Mole, si vous voulez boire trois tasses comme celle que je viens de vous donner, et ne plus faire de vilains rêves.
Une heure après, La Mole, constitué en garde-malade et obéissant ponctuellement aux ordonnances du docteur inconnu, se leva une seconde fois, versa une seconde portion de la liqueur dans une tasse, et porta cette tasse à Coconnas. Mais cette fois le Piémontais, au lieu de l’attendre le poignard à la main, le reçut les bras ouverts, et avala son breuvage avec délices, puis pour la première fois s’endormit avec tranquillité.
La troisième tasse eut un effet non moins merveilleux. La poitrine du malade commença de laisser passer un souffle régulier, quoique haletant encore. Ses membres raidis se détendirent, une douce moiteur s’épandit à la surface de la peau brûlante; et lorsque le lendemain maître Ambroise Paré vint visiter le blessé, il sourit avec satisfaction en disant:
– À partir de ce moment je réponds de M. de Coconnas, et ce ne sera pas une des moins belles cures que j’aurai faites.
Il résulta de cette scène moitié dramatique, moitié burlesque, mais qui ne manquait pas au fond d’une certaine poésie attendrissante, eu égard aux mœurs farouches de Coconnas, que l’amitié des deux gentilshommes, commencée à l’auberge de la Belle-Étoile, et violemment interrompue par les événements de la nuit de la Saint-Barthélemy, reprit dès lors avec une nouvelle vigueur, et dépassa bientôt celles d’Oreste et de Pylade de cinq coups d’épée et d’un coup de pistolet répartis sur leurs deux corps.