La Reine Margot Tome I
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome I». Краткое содержание книги:
– Oui, reprit La Mole, à ce clou…
– Vous n’êtes pas assez grand pour cela, mon petit monsieur! dit Coconnas.
– Alors, je monterai sur votre cheval, mon grand tueur de gens! répondit La Mole. Ah! vous croyez, mon cher monsieur Annibal de Coconnas, qu’on peut impunément assassiner les gens sous le loyal et honorable prétexte qu’on est cent contre un; nenni! Un jour vient où l’homme retrouve son homme, et je crois que ce jour est venu aujourd’hui. J’aurais bien envie de casser votre vilaine tête d’un coup de pistolet; mais, bah! j’ajusterais mal, car j’ai la main encore tremblante des blessures que vous m’avez faites en traître.
– Ma vilaine tête! hurla Coconnas en sautant de son cheval. À terre! sus! sus! monsieur le comte, dégainons. Et il mit l’épée à la main.
Je crois que ton huguenot a dit: Vilaine tête, murmura la duchesse de Nevers à l’oreille de Marguerite; est-ce que tu le trouves laid?
– Il est charmant! dit en riant Marguerite, et je suis forcée de dire que la fureur rend M. de La Mole injuste; mais, chut! regardons.
En effet, La Mole était descendu de son cheval avec autant de mesure que Coconnas avait mis, lui, de rapidité; il avait détaché son manteau cerise, l’avait posé à terre, avait tiré son épée et était tombé en garde.
– Aïe! fit-il en allongeant le bras.
– Ouf! murmura Coconnas en déployant le sien, car tous deux, on se le rappelle, étaient blessés à l’épaule et souffraient d’un mouvement trop vif.
Un éclat de rire, mal retenu, sortit du buisson. Les princesses n’avaient pu se contraindre tout à fait en voyant les deux champions se frotter l’omoplate en grimaçant. Cet éclat de rire parvint jusqu’aux deux gentilshommes, qui ignoraient qu’ils eussent des témoins, et qui, en se retournant, reconnurent leurs dames.
La Mole se remit en garde, ferme, comme un automate, et Coconnas engagea le fer avec un mordi! des plus accentués.
– Ah çà; mais, ils y vont tout de bon et s’égorgeront si nous n’y mettons bon ordre. Assez de plaisanteries. Holà! messieurs! holà! cria Marguerite.
– Laisse! laisse! dit Henriette, qui, ayant vu Coconnas à l’œuvre, espérait au fond du cœur que Coconnas aurait aussi bon marché de La Mole qu’il avait eu des deux neveux et du fils de Mercandon.
– Oh! ils sont vraiment très beaux ainsi, dit Marguerite; regarde, on dirait qu’ils soufflent du feu.
En effet, le combat, commencé par des railleries et des provocations, était devenu silencieux depuis que les deux champions avaient croisé le fer. Tous deux se défiaient de leurs forces, et l’un et autre, à chaque mouvement trop vif, était forcé de réprimer un frisson de douleur arraché par les anciennes blessures. Cependant, les yeux fixes et ardents, la bouche entrouverte, les dents serrées, La Mole avançait à petits pas fermes et secs sur son adversaire qui, reconnaissant en lui un maître en fait d’armes, rompait aussi pas à pas, mais enfin rompait. Tous deux arrivèrent ainsi jusqu’au bord du fossé, de l’autre côté duquel se trouvaient les spectateurs. Là, comme si sa retraite eût été un simple calcul pour se rapprocher de sa dame, Coconnas s’arrêta, et, sur un dégagement un peu large de La Mole, fournit avec la rapidité de l’éclair un coup droit, et à l’instant même le pourpoint de satin blanc de La Mole s’imbiba d’une tache rouge qui alla s’élargissant.
– Courage! cria la duchesse de Nevers.
– Ah! pauvre La Mole! fit Marguerite avec un cri de douleur.
La Mole entendit ce cri, lança à la reine un de ces regards qui pénètrent plus profondément dans le cœur que la pointe d’une épée, et sur un cercle trompé se fendit à fond.
Cette fois les deux femmes jetèrent deux cris qui n’en firent qu’un. La pointe de la rapière de La Mole avait apparu sanglante derrière le dos de Coconnas.
Cependant ni l’un ni l’autre ne tomba: tous deux restèrent debout, se regardant la bouche ouverte, sentant chacun de son côté qu’au moindre mouvement qu’il ferait l’équilibre allait lui manquer. Enfin le Piémontais, plus dangereusement blessé que son adversaire, et sentant que ses forces allaient fuir avec son sang, se laissa tomber sur La Mole, l’étreignant d’un bras, tandis que de l’autre il cherchait à dégainer son poignard. De son côté, La Mole réunit toutes ses forces, leva la main et laissa retomber le pommeau de son épée au milieu du front de Coconnas, qui, étourdi du coup, tomba; mais en tombant il entraîna son adversaire dans sa chute, si bien que tous deux roulèrent dans le fossé.
Aussitôt Marguerite et la duchesse de Nevers, voyant que tout mourants qu’ils étaient ils cherchaient encore à s’achever, se précipitèrent, aidées du capitaine des gardes. Mais avant qu’elles fussent arrivées à eux, les mains se détendirent, les yeux se refermèrent, et chacun des combattants, laissant échapper le fer qu’il tenait, se raidit dans une convulsion suprême.
Un large flot de sang écumait autour d’eux.
– Oh! brave, brave La Mole! s’écria Marguerite, incapable de renfermer plus longtemps en elle son admiration. Ah! pardon, mille fois pardon de t’avoir soupçonné!
Et ses yeux se remplirent de larmes.
– Hélas! hélas! murmura la duchesse, valeureux Annibal… Dites, dites, madame, avez-vous jamais vu deux plus intrépides lions?
Et elle éclata en sanglots.
– Tudieu! les rudes coups! dit le capitaine en cherchant à étancher le sang qui coulait à flots… Holà! vous qui venez, venez plus vite!
En effet, un homme, assis sur le devant d’une espèce de tombereau peint en rouge, apparaissait dans la brume du soir, chantant cette vieille chanson que lui avait sans doute rappelée le miracle du cimetière des Innocents:
Bel aubespin fleurissant,
Verdissant,
Le long de ce beau rivage,
Tu es vêtu, jusqu’au bas,
Des longs bras
D’une lambrusche sauvage.
Le chantre rossignolet,
Nouvelet,
Courtisant sa bien-aimée,
Pour ses amours alléger,
Vient loger
Tous les ans sous la ramée.
Or, vis, gentil aubespin,
Vis sans fin;
Vis, sans que jamais tonnerre
Ou la cognée, ou les vents,
Ou le temps
Te puissent ruer par…
– Holà hé! répéta le capitaine, venez donc quand on vous appelle! Ne voyez-vous pas que ces gentilshommes ont besoin de secours?
L’homme au chariot, dont l’extérieur repoussant et le visage rude formaient un contraste étrange avec la douce et bucolique chanson que nous venons de citer, arrêta alors son cheval, descendit, et se baissant sur les deux corps:
– Voilà de belles plaies, dit-il; mais j’en fais encore de meilleures.
– Qui donc êtes-vous? demanda Marguerite ressentant malgré elle une certaine terreur qu’elle n’avait pas la force de vaincre.
– Madame, répondit cet homme en s’inclinant jusqu’à terre, je suis maître Caboche, bourreau de la prévôté de Paris, et je venais accrocher à ce gibet des compagnons pour M. l’amiral.