La Reine Margot Tome I
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome I». Краткое содержание книги:
– Oh! l’infidèle! dit La Mole, elle se sera remariée! Puis s’adressant à la nouvelle Artémise:
– Madame, lui dit-il, nous sommes deux gentilshommes de la connaissance de ce pauvre M. La Hurière. Nous avons laissé ici deux chevaux et deux valises que nous venons réclamer.
– Messieurs, répondit la maîtresse de la maison après avoir essayé de rappeler ses souvenirs, comme je n’ai pas l’honneur de vous reconnaître, je vais, si vous le voulez bien, appeler mon mari… Grégoire, faites venir votre maître.
Grégoire passa de la première cuisine, qui était le pandémonium général, dans la seconde, qui était le laboratoire où se confectionnaient les plats que maître La Hurière, de son vivant, jugeait dignes d’être préparés par ses savantes mains.
– Le diable m’emporte, murmura Coconnas, si cela ne me fait pas de la peine de voir cette maison si gaie quand elle devrait être si triste! Pauvre La Hurière, va!
– Il a voulu me tuer, dit La Mole, mais je lui pardonne de grand cœur.
La Mole avait à peine prononcé ces paroles, qu’un homme apparut tenant à la main une casserole au fond de laquelle il faisait roussir des oignons qu’il tournait avec une cuiller de bois.
La Mole et Coconnas jetèrent un cri de surprise. À ce cri l’homme releva la tête, et, répondant par un cri pareil, laissa échapper sa casserole, ne conservant à la main que sa cuiller de bois.
– In nomine Patris, dit l’homme en agitant sa cuiller comme il eût fait d’un goupillon, et Filii, et Spiritus sancti…
– Maître La Hurière! s’écrièrent les jeunes gens.
– Messieurs de Coconnas et de la Mole! dit La Hurière.
– Vous n’êtes donc pas mort? fit Coconnas.
– Mais vous êtes donc vivants? demanda l’hôte.
– Je vous ai vu tomber, cependant, dit Coconnas; j’ai entendu le bruit de la balle qui vous cassait quelque chose, je ne sais pas quoi. Je vous ai laissé couché dans le ruisseau, perdant le sang par le nez, par la bouche et même par les yeux.
– Tout cela est vrai comme l’Évangile, monsieur de Coconnas. Mais, ce bruit que vous avez entendu, c’était celui de la balle frappant sur ma salade, sur laquelle, heureusement, elle s’est aplatie; mais le coup n’en a pas été moins rude, et la preuve, ajouta La Hurière en levant son bonnet et montrant sa tête pelée comme un genou, c’est que, comme vous le voyez, il ne m’en est pas resté un cheveu.
Les deux jeunes gens éclatèrent de rire en voyant cette figure grotesque.
– Ah! ah! vous riez! dit La Hurière un peu rassuré, vous ne venez donc pas avec de mauvaises intentions?
– Et vous, maître La Hurière, vous êtes donc guéri de vos goûts belliqueux?
– Oui, ma foi, oui, messieurs; et maintenant…
– Eh bien? maintenant…
– Maintenant, j’ai fait vœu de ne plus voir d’autre feu que celui de ma cuisine.
– Bravo! dit Coconnas, voilà qui est prudent. Maintenant, ajouta le Piémontais, nous avons laissé dans vos écuries deux chevaux, et dans vos chambres deux valises.
– Ah diable! fit l’hôte se grattant l’oreille.
– Eh bien?
– Deux chevaux, vous dites?
– Oui, dans l’écurie.
– Et deux valises?
– Oui, dans la chambre.
– C’est que, voyez-vous… vous m’aviez cru mort, n’est-ce pas?
– Certainement.
– Vous avouez que, puisque vous vous êtes trompés, je pouvais bien me tromper de mon côté.
– En nous croyant morts aussi? vous étiez parfaitement libre.
– Ah! voilà!… c’est que, comme vous mouriez intestat…, continua maître La Hurière.
– Après?
– J’ai cru, j’ai eu tort, je le vois bien maintenant…
– Qu’avez-vous cru, voyons?
– J’ai cru que je pouvais hériter de vous.
– Ah! ah! firent les deux jeunes gens.
– Je n’en suis pas moins on ne peut plus satisfait que vous soyez vivants, messieurs.
– De sorte que vous avez vendu nos chevaux? dit Coconnas.
– Hélas! dit La Hurière.
– Et nos valises? continua La Mole.
– Oh! les valises! non…, s’écria La Hurière, mais seulement ce qu’il y avait dedans.
– Dis donc, La Mole, reprit Coconnas, voilà, ce me semble, un hardi coquin… Si nous l’étripions?
Cette menace parut faire un grand effet sur maître La Hurière, qui hasarda ces paroles:
– Mais, messieurs, on peut s’arranger, ce me semble.
– Écoute, dit La Mole, c’est moi qui ai le plus à me plaindre de toi.
– Certainement, monsieur le comte, car je me rappelle que, dans un moment de folie, j’ai eu l’audace de vous menacer.
– Oui, d’une balle qui m’est passée à deux pouces au-dessus de la tête.
– Vous croyez?
– J’en suis sûr.
– Si vous en êtes sûr, monsieur de la Mole, dit La Hurière en ramassant sa casserole d’un air innocent, je suis trop votre serviteur pour vous démentir.
– Eh bien, dit La Mole, pour ma part, je ne te réclame rien.
– Comment, mon gentilhomme!…
– Si ce n’est…
– Aïe! aïe!… fit La Hurière.
– Si ce n’est un dîner pour moi et mes amis toutes les fois que je me trouverai dans ton quartier.
– Comment donc! s’écria La Hurière ravi, à vos ordres, mon gentilhomme, à vos ordres!
– Ainsi, c’est chose convenue?
– De grand cœur… Et vous, monsieur de Coconnas, continua l’hôte, souscrivez-vous au marché?
– Oui; mais, comme mon ami, j’y mets une petite condition.
– Laquelle?
– C’est que vous rendrez à M. de La Mole les cinquante écus que je lui dois et que je vous ai confiés.
– À moi, monsieur! Et quand cela?
– Un quart d’heure avant que vous vendissiez mon cheval et ma valise. La Hurière fit un signe d’intelligence.
– Ah! je comprends! dit-il.
Et il s’avança vers une armoire, en tira, l’un après l’autre, cinquante écus qu’il apporta à La Mole.
– Bien, monsieur, dit le gentilhomme, bien! servez-nous une omelette. Les cinquante écus seront pour M. Grégoire.
– Oh! s’écria La Hurière, en vérité, mes gentilshommes, vous êtes des cœurs de princes, et vous pouvez compter sur moi à la vie et à la mort.
– En ce cas, dit Coconnas, faites-nous l’omelette demandée, et n’y épargnez ni le beurre ni le lard. Puis se retournant vers la pendule:
– Ma foi, tu as raison, La Mole, dit-il. Nous avons encore trois heures à attendre, autant donc les passer ici qu’ailleurs. D’autant plus que, si je ne me trompe, nous sommes ici presque à moitié chemin du pont Saint-Michel.