La Reine Margot Tome I
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome I». Краткое содержание книги:
– Sire, dit-il, Votre Majesté ne trouve-t-elle pas que, pour rester plus longtemps ici, ce pauvre cadavre sent bien mauvais?
– Tu trouves, Henriot! dit Charles IX, dont les yeux étincelaient d’une joie féroce.
– Oui, Sire.
– Eh bien, je ne suis pas de ton avis, moi… le corps d’un ennemi mort sent toujours bon.
– Ma foi, Sire, dit Tavannes, puisque Votre Majesté savait que nous devions venir faire une petite visite à M. l’amiral, elle eût dû inviter Pierre Ronsard, son maître en poésie: il eût fait, séance tenante, l’épitaphe du vieux Gaspard.
– Il n’y a pas besoin de lui pour cela, dit Charles IX, et nous la ferons bien nous-même… Par exemple, écoutez, messieurs, dit Charles IX après avoir réfléchi un instant:
Ci-gît, – mais c’est mal entendu, Pour lui le mot est trop honnête, – Ici l’amiral est pendu Par les pieds, à faute de tête.
– Bravo! bravo! s’écrièrent les gentilshommes catholiques tout d’une voix, tandis que les huguenots ralliés fronçaient les sourcils en gardant le silence.
Quant à Henri, comme il causait avec Marguerite et madame de Nevers, il fit semblant de n’avoir pas entendu.
– Allons, allons, monsieur, dit Catherine, que, malgré les parfums dont elle était couverte, cette odeur commençait à indisposer, allons, il n’y a si bonne compagnie qu’on ne quitte. Disons adieu à M. l’amiral, et revenons à Paris.
Elle fit de la tête un geste ironique comme lorsqu’on prend congé d’un ami, et, reprenant la tête de colonne, elle revint gagner le chemin, tandis que le cortège défilait devant le cadavre de Coligny.
Le soleil se couchait à l’horizon. La foule s’écoula sur les pas de Leurs Majestés pour jouir jusqu’au bout des magnificences du cortège et des détails du spectacle: les voleurs suivirent la foule; de sorte que, dix minutes après le départ du roi, il n’y avait plus personne autour du cadavre mutilé de l’amiral, que commençaient à effleurer les premières brises du soir. Quand nous disons personne, nous nous trompons. Un gentilhomme monté sur un cheval noir, et qui n’avait pu sans doute, au moment où il était honoré de la présence des princes, contempler à son aise ce tronc informe et noirci, était demeuré le dernier, et s’amusait à examiner dans tous leurs détails chaînes, crampons, piliers de pierre, le gibet enfin, qui lui paraissait sans doute, à lui arrivé depuis quelques jours à Paris et ignorant des perfectionnements qu’apporte en toute chose la capitale, le parangon de tout ce que l’homme peut inventer de plus terriblement laid.
Il n’est pas besoin de dire à nos lecteurs que cet homme était notre ami Coconnas. Un œil exercé de femme l’avait en vain cherché dans la cavalcade et avait sondé les rangs sans pouvoir le retrouver.
M. de Coconnas, comme nous l’avons dit, était donc en extase devant l’œuvre d’Enguerrand de Marigny.
Mais cette femme n’était pas seule à chercher M. de Coconnas. Un autre gentilhomme, remarquable par son pourpoint de satin blanc et sa galante plume, après avoir regardé en avant et sur les côtés, s’avisa de regarder en arrière et vit la haute taille de Coconnas et la gigantesque silhouette de son cheval se profiler en vigueur sur le ciel rougi des derniers reflets du soleil couchant.
Alors le gentilhomme au pourpoint de satin blanc quitta le chemin suivi par l’ensemble de la troupe, prit un petit sentier, et, décrivant une courbe, retourna vers le gibet.
Presque aussitôt la dame que nous avons reconnue pour la duchesse de Nevers, comme nous avons reconnu le grand gentilhomme au cheval noir pour Coconnas, s’approcha de Marguerite et lui dit:
– Nous nous sommes trompées toutes deux, Marguerite, car le Piémontais est demeuré en arrière, et M. de La Mole l’a suivi.
– Mordi! reprit Marguerite en riant, il va donc se passer quelque chose. Ma foi, j’avoue que je ne serais pas fâchée d’avoir à revenir sur son compte.
Marguerite alors se retourna et vit s’exécuter effectivement de la part de La Mole la manœuvre que nous avons dite.
Ce fut alors au tour des deux princesses à quitter la file: l’occasion était des plus favorables; on tournait devant un sentier bordé de larges haies qui remontait, et, en remontant, passait à trente pas du gibet. Madame de Nevers dit un mot à l’oreille de son capitaine, Marguerite fit un signe à Gillonne, et les quatre personnes s’en allèrent par ce chemin de traverse s’embusquer derrière le buisson le plus proche du lieu où allait se passer la scène dont ils paraissaient désirer être spectateurs. Il y avait trente pas environ, comme nous l’avons dit, de cet endroit à celui où Coconnas, ravi, en extase, gesticulait devant M. l’amiral.
Marguerite mit pied à terre, madame de Nevers et Gillonne en firent autant; le capitaine descendit à son tour, et réunit dans ses mains les brides des quatre chevaux. Un gazon frais et touffu offrait aux trois femmes un siège comme en demandent souvent et inutilement les princesses.
Une éclaircie leur permettait de ne pas perdre le moindre détail.
La Mole avait décrit son cercle. Il vint au pas se placer derrière Coconnas, et, allongeant la main, il lui frappa sur l’épaule.
Le Piémontais se retourna.
– Oh! dit-il, ce n’était donc pas un rêve! et vous vivez encore!
– Oui, monsieur, répondit La Mole, oui, je vis encore. Ce n’est pas votre faute, mais enfin je vis.
– Mordi! je vous reconnais bien, reprit Coconnas, malgré votre mine pâle. Vous étiez plus rouge que cela la dernière fois que nous nous sommes vus.
– Et moi, dit La Mole, je vous reconnais aussi malgré cette ligne jaune qui vous coupe le visage; vous étiez plus pâle que cela lorsque je vous la fis.
Coconnas se mordit les lèvres; mais, décidé, à ce qu’il paraît, à continuer la conversation sur le ton de l’ironie, il continua:
– C’est curieux, n’est-ce pas, monsieur de la Mole, surtout pour un huguenot, de pouvoir regarder M. l’amiral pendu à ce crochet de fer; et dire cependant qu’il y a des gens assez exagérés pour nous accuser d’avoir tué jusqu’aux huguenotins à la mamelle!
– Comte, dit La Mole en s’inclinant, je ne suis plus huguenot, j’ai le bonheur d’être catholique.
– Bah! s’écria Coconnas en éclatant de rire, vous êtes converti, monsieur! oh! que c’est adroit!
– Monsieur, continua La Mole avec le même sérieux et la même politesse, j’avais fait vœu de me convertir si j’échappais au massacre.
– Comte, reprit le Piémontais, c’est un vœu très prudent, et je vous en félicite; n’en auriez-vous point fait d’autres encore?
– Oui, bien, monsieur, j’en ai fait un second, répondit La Mole en caressant sa monture avec une tranquillité parfaite.
– Lequel? demanda Coconnas.
– Celui de vous accrocher là-haut, voyez-vous, à ce petit clou qui semble vous attendre au-dessous de M. de Coligny.
– Comment! dit Coconnas, comme je suis là, tout grouillant?
– Non, monsieur, après vous avoir passé mon épée au travers du corps.
Coconnas devint pourpre, ses yeux verts lancèrent des flammes.
– Voyez-vous, dit-il en goguenardant, à ce clou!