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La Reine Margot Tome I

Электронная книга - «La Reine Margot Tome I». Краткое содержание книги:

Sur fond de guerres sanglantes, de Saint Barthélémy ainsi que de la lutte entre Catherine de Médicis et Henri de Navarre, la première épouse de ce dernier, Marguerite de Valois, appelée la reine Margot, entretient des intrigues amoureuses notoires et violentes… Roman historique qui reste avant tout un roman, ce livre nous fait sentir l'atmosphère de cette époque et appréhender l'histoire de notre pays!
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Cette construction étrange, qui n’avait son analogue dans aucune des constructions environnantes, s’appelait le pilori.

Une maison informe, bossue, éraillée, borgne et boiteuse, au toit taché de mousse comme la peau d’un lépreux, avait, pareille à un champignon, poussé au pied de cette espèce de tour.

Cette maison était celle du bourreau.

Un homme était exposé et tirait la langue aux passants; c’était un des voleurs qui avaient exercé autour du gibet de Montfaucon, et qui avait par hasard été arrêté dans l’exercice de ses fonctions.

Coconnas crut que son ami l’amenait voir ce curieux spectacle; il se mêla à la foule des amateurs qui répondaient aux grimaces du patient par des vociférations et des huées.

Coconnas était naturellement cruel, et ce spectacle l’amusa fort; seulement, il eût voulu qu’au lieu des huées et des vociférations, ce fussent des pierres que l’on jetât au condamné assez insolent pour tirer la langue aux nobles seigneurs qui lui faisaient l’honneur de le visiter.

Aussi, lorsque la lanterne mouvante tourna sur sa base pour faire jouir une autre partie de la place de la vue du patient, et que la foule suivit le mouvement de la lanterne, Coconnas voulut-il suivre le mouvement de la foule, mais La Mole l’arrêta en lui disant à demi-voix:

– Ce n’est point pour cela que nous sommes venus ici.

– Et pourquoi donc sommes-nous venus, alors? demanda Coconnas.

– Tu vas le voir, répondit La Mole. Les deux amis se tutoyaient depuis le lendemain de cette fameuse nuit où Coconnas avait voulu éventrer La Mole. Et La Mole conduisit Coconnas droit à la petite fenêtre de cette maison adossée à la tour et sur l’appui de laquelle se tenait un homme accoudé.

– Ah! ah! c’est vous, Messeigneurs! dit l’homme en soulevant son bonnet sang-de-bœuf et en découvrant sa tête aux cheveux noirs et épais descendant jusqu’à ses sourcils, soyez les bienvenus.

– Quel est cet homme? demanda Coconnas cherchant à rappeler ses souvenirs, car il lui sembla avoir vu cette tête-là pendant un des moments de sa fièvre.

– Ton sauveur, mon cher ami, dit La Mole, celui qui t’a apporté au Louvre cette boisson rafraîchissante qui t’a fait tant de bien.

– Oh! oh! fit Coconnas; en ce cas, mon ami… Et il lui tendit la main. Mais l’homme, au lieu de correspondre à cette avance par un geste pareil, se redressa, et, en se redressant, s’éloigna des deux amis de toute la distance qu’occupait la courbe de son corps.

– Monsieur, dit-il à Coconnas, merci de l’honneur que vous voulez bien me faire; mais il est probable que si vous me connaissiez vous ne me le feriez pas.

– Ma foi, dit Coconnas, je déclare que quand vous seriez le diable je me tiens pour votre obligé, car sans vous je serais mort à cette heure.

– Je ne suis pas tout à fait le diable, répondit l’homme au bonnet rouge; mais souvent beaucoup aimeraient mieux voir le diable que de me voir.

– Qui êtes-vous donc? demanda Coconnas.

– Monsieur, répondit l’homme, je suis maître Caboche, bourreau de la prévôté de Paris!…

– Ah!… fit Coconnas en retirant sa main.

– Vous voyez bien! dit maître Caboche.

– Non pas! je toucherai votre main, ou le diable m’emporte! Étendez-la…

– En vérité?

– Toute grande.

– Voici!

– Plus grande… encore… bien!… Et Coconnas prit dans sa poche la poignée d’or préparée pour son médecin anonyme et la déposa dans la main du bourreau.

– J’aurais mieux aimé votre main seule, dit maître Caboche en secouant la tête, car je ne manque pas d’or; mais de mains qui touchent la mienne, tout au contraire, j’en chôme fort. N’importe! Dieu vous bénisse, mon gentilhomme.

– Ainsi donc, mon ami, dit Coconnas regardant avec curiosité le bourreau, c’est vous qui donnez la gêne, qui rouez, qui écartelez, qui coupez les têtes, qui brisez les os. Ah! ah! je suis bien aise d’avoir fait votre connaissance.

– Monsieur, dit maître Caboche, je ne fais pas tout moi-même; car, ainsi que vous avez vos laquais, vous autres seigneurs, pour faire ce que vous ne voulez pas faire, moi j’ai mes aides, qui font la grosse besogne et qui expédient les manants. Seulement, quand par hasard j’ai affaire à des gentilshommes, comme vous et votre compagnon par exemple, oh! alors c’est autre chose, et je me fais un honneur de m’acquitter moi-même de tous les détails de l’exécution, depuis le premier jusqu’au dernier, c’est-à-dire la question jusqu’au décollement.

Coconnas sentit malgré lui courir un frisson dans ses veines, comme si le coin brutal pressait ses jambes et comme si le fil de l’acier effleurait son cou. La Mole, sans se rendre compte de la cause, éprouva la même sensation.

Mais Coconnas surmonta cette émotion dont il avait honte, et voulant prendre congé de maître Caboche par une dernière plaisanterie:

– Eh bien, maître! lui dit-il, je retiens votre parole quand ce sera mon tour de monter à la potence d’Enguerrand de Marigny ou sur l’échafaud de M. de Nemours, il n’y aura que vous qui me toucherez.

– Je vous le promets.

– Cette fois, dit Coconnas, voici ma main en gage que j’accepte votre promesse.

Et il étendit vers le bourreau une main que le bourreau toucha timidement de la sienne, quoiqu’il fût visible qu’il eût grande envie de la toucher franchement.

À ce simple attouchement, Coconnas pâlit légèrement, mais le même sourire demeura sur ses lèvres; tandis que La Mole, mal à l’aise, et voyant la foule tourner avec la lanterne et se rapprocher d’eux, le tirait par son manteau.

Coconnas, qui, au fond, avait aussi grande envie que La Mole de mettre fin à cette scène dans laquelle, par la pente naturelle de son caractère, il s’était trouvé enfoncé plus qu’il n’eût voulu, fit un signe de tête et s’éloigna.

– Ma foi! dit La Mole quand lui et son compagnon furent arrivés à la croix du Trahoir, conviens que l’on respire mieux ici que sur la place des Halles?

– J’en conviens, dit Coconnas, mais je n’en suis pas moins fort aise d’avoir fait connaissance avec maître Caboche. Il est bon d’avoir des amis partout.

– Même à l’enseigne de la Belle-Étoile, dit La Mole en riant.

– Oh! pour le pauvre maître La Hurière, dit Coconnas, celui-là est mort et bien mort. J’ai vu la flamme de l’arquebuse, j’ai entendu le coup de la balle qui a résonné comme s’il eût frappé sur le bourdon de Notre-Dame, et je l’ai laissé étendu dans le ruisseau avec le sang qui lui sortait par le nez et par la bouche. En supposant que ce soit un ami, c’est un ami que nous avons dans l’autre monde.

Tout en causant ainsi, les deux jeunes gens entrèrent dans la rue de l’Arbre-Sec et s’acheminèrent vers l’enseigne de la Belle-Étoile, qui continuait de grincer à la même place, offrant toujours au voyageur son âtre gastronomique et son appétissante légende.

Coconnas et La Mole s’attendaient à trouver la maison désespérée, la veuve en deuil, et les marmitons un crêpe au bras; mais, à leur grand étonnement, ils trouvèrent la maison en pleine activité, madame La Hurière fort resplendissante, et les garçons plus joyeux que jamais.

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