Les fantômes de Belfast
- Автор: Невилл Стюарт
- Серия: Jack Lennon #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Payot & Rivages
- ISBN: 978-2743622510
- Переводчик: Fabienne Duvigneau
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Les fantômes de Belfast». Краткое содержание книги:
Avec Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville, révélation du roman noir irlandais, signe un thriller où dominent la tension et l’effroi, servi par une écriture tranchante. Il a su donner à son personnage principal un caractère ambigu et profondément tragique. Entre remords et désir de vengeance, Fegan, qui aspire à la rédemption, incarne les contradictions d’un territoire en quête d’identité, où le feu semble toujours couver.
Campbell et Coyle ne répondirent pas.
« Si je n’étais pas tenu d’agir dans le plus grand secret, je m’adresserais à quelqu’un d’autre. Mais comme c’est une affaire délicate, à vous de jouer.
— Où sont-ils ? demanda Campbell.
— À Portcarrick, un petit village sur la côte d’Antrim. Très joli. Il y a un vieil hôtel au bord de la baie, Chez Hopkirk. Ils sont arrivés tard hier soir, apparemment. Gerry Fegan, Marie McKenna et la gamine. »
Même si Campbell connaissait la réponse, il posa quand même la question. « Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? »
McGinty le dévisagea froidement.
« Devine.
— Et la femme ? »
Une brève hésitation passa dans les yeux de McGinty. « Si elle vous gêne, faites ce que vous avez à faire. »
Coyle essuya un filet de bave qui lui coulait sur le menton avec un mouchoir crasseux. Il se pencha en avant. « Et la gosse ? »
McGinty pivota dans son fauteuil pour se tourner vers la fenêtre et contempla le ciel gris. Il se passa une main sur la bouche, puis regarda ses doigts comme s’il s’attendait à y voir du sang. « Faites ce que vous avez à faire, j’ai dit. »
« Je ne veux pas buter une gamine. »
À cause du moteur bruyant de la camionnette, il était difficile d’entendre Coyle qui parlait entre ses dents serrées. Le véhicule, dont la peinture rouge s’écaillait et laissait apparaître des traînées de rouille, avait été acheté le matin dans une casse. Campbell conduisait.
« On devrait pouvoir l’éviter, dit-il.
— Mais peut-être pas. » Coyle se tamponna la bouche avec son mouchoir.
« On verra bien. Tu sais comment on y va, dans ce bled ?
— Plus ou moins. Prends la M2 jusqu’à Antrim, puis direction Ballymena. Après, on suivra les panneaux. »
Campbell emprunta Falls Road pour gagner l’est de la ville. Ils passèrent devant la Divis Tower, théâtre d’innombrables violences à une époque pas si lointaine. Durant les années soixante-dix, l’armée britannique avait réquisitionné les deux étages supérieurs de l’édifice, qui en comptait vingt au total, pour établir un observatoire avec vue plongeante sur la ville. Parce que la tour se dressait au cœur du quartier républicain, les troupes ne pouvaient y accéder que par hélicoptère. Campbell s’était souvent demandé comment les habitants de l’étage inférieur supportaient d’entendre les pas de l’ennemi au-dessus de leurs têtes, dans le remue-ménage des hélicoptères qui charriaient des soldats à toute heure du jour et de la nuit. Les militaires avaient déserté les lieux deux ans auparavant, probablement aussi heureux de partir, songea Campbell, que les habitants d’en être délivrés.
La camionnette s’engagea sur la Westlink, qui devenait ensuite la M2 et filait vers le nord et les montagnes d’Antrim. Campbell grimaçait de temps à autre, quand les secousses de la camionnette ranimaient le feu entre ses côtes. Sa cuisse non plus n’était pas épargnée par la longue course de la pédale d’embrayage, d’autant que la circulation piétinait, ralentie par les travaux qui bloquaient l’embranchement avec la M1, plus au sud. À quoi donc servait le progrès, s’il n’apportait que des embouteillages ? La paix avait coûté cher aux Irlandais du Nord, mais Campbell n’eût pas été surpris d’apprendre qu’ils se trouvaient encore plus agacés par l’engorgement des routes.
Il se tourna vers Coyle, assis à la place du passager. « Dis-moi… Qu’y a-t-il entre cette femme et McGinty ? Ce n’est pas seulement à cause de l’histoire qu’elle a eue avec un flic. Qu’est-ce qui s’est passé d’autre ?
— Ça ne te regarde pas.
— Allez. » Campbell lui sourit. « On peut bien se raconter une ou deux petites choses pendant le voyage, non ? »
Coyle fit non de la tête en soupirant.
« T’es vraiment pas marrant. Pourquoi tu ne veux pas me le dire ? »
Coyle compta sur ses doigts à mesure qu’il énumérait les raisons. « Un, parce que tu es un sale con. Deux, parce que si tu fourres ton nez dans la vie privée de McGinty, c’est le meilleur moyen de te retrouver avec les jambes cassées. Trois, parce que ça me fait un mal de chien de parler. Alors, ferme-la et regarde la route. »
38
L’air était lourd et chargé de pluie. Debout à un arrêt de bus, Fegan surveillait le bureau de Patsy Toner depuis le trottoir d’en face. Le cabinet de l’avocat occupait un appartement de location situé au-dessus d’un magasin de journaux dans Springfield Road. Sa Jaguar était garée en bas. Il était sept heures du soir, et le ciel gris reposait sur la ville comme un couvercle.
Fegan avait mal à la tête, par intermittence, entre les vagues successives de nausées. À quelques mètres de là, les fenêtres d’un bar clandestin luisaient dans la triste tombée du jour. Il repoussa la tentation. Toner sortirait bientôt et irait prendre un verre. Fegan découvrirait alors pourquoi les Suiveurs réclamaient la mort de ce flic. Une fois qu’il connaîtrait son identité, il partirait à sa recherche, trouverait un moyen de l’attirer…
Et ce serait fait.
Le policier de la RUC le laisserait tranquille, comme les autres. Ensuite, Campbell et McGinty, demain ou après-demain, et il serait enfin libre. Fermant les yeux, il se représenta une chambre sombre, silencieuse, où il pourrait poser sa tête sans craindre d’entendre des hurlements.
Seul.
Un mot qui avait un goût à la fois doux et amer. Dormir en paix, mais seul. Il serait obligé de s’enfuir, de quitter Marie et Ellen. Au moins, elles vivraient en sécurité. C’était tout ce qui importait finalement.
Il ouvrit les yeux et sentit un grand froid l’envahir. Les ombres se resserraient autour de lui.
La lumière s’éteignit à la fenêtre de Toner.
« Le voilà », dit Fegan.
En traversant la rue, il enfila des gants en latex. Il s’accroupit contre la portière arrière de la Jaguar et serra la poignée. Un étroit escalier descendait du cabinet de Toner jusqu’à la porte de l’immeuble. Il entendit le battant s’ouvrir, se refermer, un tintement de clés qu’on tenait à la main. Toner parlait dans son portable.
« Alors, c’est réglé ? demanda-t-il. Enfin une nouvelle qui fait plaisir. Ils n’ont pas intérêt à foirer, ce coup-ci. »
Fegan retint son souffle et se prépara.
« Prévenez-moi quand ce sera fini. Je boirai un coup pour fêter ça. »
Fegan entendit le claquement du téléphone que Toner refermait, juste avant d’actionner le déverrouillage automatique de la voiture. Attends, attends…
Il tira sur la poignée au moment où Toner ouvrait la portière du conducteur. Pendant que l’avocat s’installait au volant, il se glissa sur la banquette arrière. Il attendit que Toner claque sa portière et, alors seulement, rabattit la sienne.
« Nom de Dieu ! » Toner se retourna, la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés. Il vit d’abord le visage de Fegan, puis le pistolet que celui-ci tenait à la main.
« Salut, Patsy », dit Fegan.
Obéissant aux instructions de Fegan, Toner prit la direction de l’est et bifurqua ensuite vers le nord. Un concert de klaxons s’éleva sur la Westlink lorsqu’une vieille camionnette rouge qui venait de les doubler se faufila dans l’embouteillage en grillant les autres voitures. À l’approche de la longue bretelle d’accès à la M2, la circulation devint plus fluide. Fegan risqua un coup d’œil par la fenêtre. Sur l’autre rive du fleuve, les lumières du complexe Odyssey s’allumaient pour accueillir la foule du samedi soir. À cent mètres de là, moins d’une semaine auparavant, il avait appuyé sur la détente et réglé la dette de Michael McKenna.