Les fantômes de Belfast
- Автор: Невилл Стюарт
- Серия: Jack Lennon #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Payot & Rivages
- ISBN: 978-2743622510
- Переводчик: Fabienne Duvigneau
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Les fantômes de Belfast». Краткое содержание книги:
Avec Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville, révélation du roman noir irlandais, signe un thriller où dominent la tension et l’effroi, servi par une écriture tranchante. Il a su donner à son personnage principal un caractère ambigu et profondément tragique. Entre remords et désir de vengeance, Fegan, qui aspire à la rédemption, incarne les contradictions d’un territoire en quête d’identité, où le feu semble toujours couver.
Campbell prit une courte inspiration. « Il est dingue, je vous dis.
— En tout cas, ça ne l’a pas empêché de t’avoir.
— C’est peut-être pour cette raison qu’il m’a eu, justement, répondit Campbell en défiant McGinty. N’ayez pas peur, il se montrera bien assez vite. Pour vous descendre. »
McGinty s’immobilisa et le foudroya du regard. « Dégage, Patsy. »
Toner était assis, les mains sur les genoux. « Quoi ? Mais c’est mon bureau. Tu ne peux pas me… »
Pivotant sur lui-même, McGinty lui envoya un coup de pied dans le tibia. « Fous le camp immédiatement ou je t’explose la tête ! »
À contrecœur, Toner partit en boitillant vers la porte.
Une fois seul avec Campbell, McGinty reprit : « Fais gaffe à ce que tu dis, Davy. Je ne veux pas qu’on en parle. Pas devant les autres.
— D’accord, mais vous avez intérêt à ouvrir l’œil. Fegan est capable de vous surprendre, n’importe où. »
McGinty s’assit dans le fauteuil de Toner. « Peut-être. S’il a les couilles.
— Ce n’est pas une question de couilles ! Combien de fois faut-il que je vous le répète ? Il est barge. C’était déjà un sale type avant ; maintenant, c’est un sale type, et en plus, complètement frappadingue. Je vous conseille sérieusement de vous méfier.
— J’ai compris, dit McGinty en se levant. Moi aussi, j’ai un conseil à te donner. S’il se montre et que tu ne l’as pas buté dans les trente secondes, c’est toi qui devras surveiller tes arrières. »
Campbell soutint son regard aussi longtemps que possible puis détourna les yeux. « Alors ? C’est quoi, le plan ?
— La télé. »
Campbell dévisagea McGinty sans comprendre. « Comment ça ?
— Tu n’as peut-être pas écouté les nouvelles. Tout le monde parle du père Coulter, évidemment, du choc que sa mort a provoqué parmi ses paroissiens et tout ça… J’ai enregistré un petit discours ce matin. Mais on a fait passer un autre sujet en douce : la disparition de Marie McKenna et de sa fille. Une sorte d’avis de recherche, avec un numéro à contacter qui est celui du commissariat de Lisburn Road. Notre ami prendra l’appel.
— C’est risqué, dit Campbell. Les flics peuvent intercepter la communication.
— J’ai promis une belle récompense à notre ami s’il me passe l’info. Il tient beaucoup à son train de vie. Crois-moi, il ne lâchera pas le téléphone de toute la journée. De toute façon, je ne vois pas ce qu’on peut faire d’autre. » McGinty se pencha en avant pour menacer Campbell du doigt. « Mais écoute-moi bien, Davy. Tu n’as plus droit à l’erreur. Si on reçoit un signalement, je veux en finir. Soit tu butes Fegan, soit c’est moi qui te bute. C’est clair ? »
Campbell se leva, la cuisse douloureuse, le flanc déchiré. « Très clair. S’il refait surface, je l’aurai. »
34
« Vous êtes vraiment très aimable », dit Marie.
Mrs. Taylor sourit en posant une assiette de tartines grillées sur la table.
L’odeur du bacon frit emplissait la maison, et Fegan sentit son estomac gargouiller d’impatience malgré les brûlures qui le faisaient encore souffrir. Une grosse théière fumante trônait au centre de la table, avec du lait, du sucre, du beurre, de la confiture.
La maîtresse de maison avait un visage rond, les joues roses et des yeux bleus pétillants. Comme son mari, elle s’exprimait dans un anglais très correct, mais qu’elle agrémentait de temps en temps d’une bonne dose de jurons. En moins d’une demi-heure, elle s’était déjà excusée trois fois de se laisser aller à un langage un peu trop vert en présence d’une enfant.
« Fous-moi le… Sors de là, Stella », lança-t-elle au chien assis près de la table dans l’attente d’une gâterie. C’était un boxer — qui rappelait à Fegan le chien de son grand-père. Stella arborait la même expression d’éternelle culpabilité, comme pour se faire pardonner une faute déjà commise, ou à venir, ou les deux. Loin d’obéir à l’injonction de Mrs. Taylor, le chien se lécha au contraire les babines en la voyant apporter un plat chargé de bacon et de saucisses.
Les yeux brûlants de n’avoir pas dormi, Fegan examina la pièce. Les murs croulaient sous les tableaux — peintures à l’huile et à l’aquarelle —, tandis que chaque surface plane accueillait statuettes et bibelots en quantité.
Il fut à nouveau pris d’une nausée et de sueurs froides. Dans un effort suprême pour se maîtriser, le dos trempé, il s’essuya le front et croisa les mains sur la table afin de les empêcher de trembler. Bien que la lumière du dehors lui parvînt à travers le voile d’une migraine naissante, il distinguait l’embouchure de la rivière, la longue plage étirée à perte de vue, et deux bateaux qu’on devinait à l’horizon, sous un ciel d’un bleu éclatant. Une ligne de terre se dessinait vaguement au loin, à l’endroit où la mer rejoignait le ciel.
Mr. Taylor s’assit à la table. « La presqu’île de Kintyre », expliqua-t-il. Il se pencha vers Ellen. « Tu vois, là-bas ? C’est l’Écosse. »
Ellen se tourna vers la fenêtre en ouvrant de grands yeux. « Regarde, maman. L’Écosse ! »
Marie sourit et caressa les cheveux de sa fille. « Tout à l’heure, on ira se promener sur la plage, tu verras encore mieux. Allez, mange vite. »
Pendant qu’Ellen se préparait méticuleusement un sandwich au bacon, Fegan plongea dans ses souvenirs. C’était en 1994… La nouvelle se répandit parmi les détenus de la prison de Maze qu’un hélicoptère Chinook s’était écrasé à la pointe de la presqu’île de Kintyre. Vingt-cinq soldats du MI5, de l’armée britannique et des services secrets de la RUC, ainsi que quatre membres d’équipage, périrent dans l’accident lorsque l’appareil pris dans une épaisse nappe de brouillard heurta la falaise. Cette nuit-là, républicains et loyalistes célébrèrent l’événement à l’unisson. Mais tandis que les autres prisonniers riaient et donnaient libre cours à leur joie, Fegan demeura dans sa cellule à contempler les fissures du plafond.
Mrs. Taylor revint, une casserole et une cuillère en bois dans les mains. « Qui veut des œufs brouillés ? » demanda-t-elle. Ellen sourit à Fegan en le voyant décliner l’offre, comme elle, avec une moue dégoûtée.
« Alors ? Ce vieux Hopkirk ne vous a pas trop mal traités ? interrogea Mr. Taylor.
— Non, non, répondit Marie. Nous avons l’habitude de voyager à la dure. » Elle se tourna vers Fegan avec un sourire malicieux. « N’est-ce pas, George ? »
Fegan avait oublié le mensonge de la veille. Il réagit avec un temps de retard. « Oh… On a connu bien pire. »
Ellen les regarda tour à tour en fronçant les sourcils. Marie fit un clin d’œil à Fegan. Il lui sourit.
Après avoir servi tout le monde, Mrs. Taylor s’installa enfin à table et commença à manger. Le silence tomba, seulement brisé lorsqu’elle lança une tape sur le bras de son mari qui donnait un morceau de saucisse au chien.
« Alors ? demanda Mrs. Taylor. Qu’est-ce qui vous amène à Portcarrick ?
— On avait juste besoin d’un peu de vacances, répondit Marie. Mais on s’est décidés à la dernière minute.
— En effet. Pour débarquer chez Hopkirk en pleine nuit, il faut avoir agi sur un coup de tête.
— On comptait partir plus tôt, mais George a dû travailler tard. »
Mrs. Taylor se tourna vers Fegan. « Quel métier exercez-vous, George ? »
Fegan prit le temps de mâcher et d’avaler ce qu’il avait dans la bouche avant de répondre. « Je suis employé des services municipaux.