Les fantômes de Belfast
- Автор: Невилл Стюарт
- Серия: Jack Lennon #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Payot & Rivages
- ISBN: 978-2743622510
- Переводчик: Fabienne Duvigneau
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Les fantômes de Belfast». Краткое содержание книги:
Avec Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville, révélation du roman noir irlandais, signe un thriller où dominent la tension et l’effroi, servi par une écriture tranchante. Il a su donner à son personnage principal un caractère ambigu et profondément tragique. Entre remords et désir de vengeance, Fegan, qui aspire à la rédemption, incarne les contradictions d’un territoire en quête d’identité, où le feu semble toujours couver.
Silence. Quelques secondes auparavant, la rue vibrait de rires enfantins, de coups de klaxon associés aux appels des parents. À présent Fegan n’entendait plus que l’afflux de sang à ses tympans.
Immobile, le garçon regardait Fegan. Il avait des flocons de neige accrochés à ses cheveux, et dans son visage pâle, deux petits trous fixes et noirs à la place des yeux.
Puis tout le monde se mit à hurler. Fegan prit la fuite. La voiture surgit au bout de la rue et il sauta à l’arrière. Ses compagnons l’accueillirent avec force acclamations, cris de victoire et grandes claques dans le dos, tandis que le moteur repartait en hurlant.
Fegan but tellement qu’il vomit ses tripes dans le pub, puis il pleura, puis il but encore. Michael McKenna passa un bras autour de ses épaules, Paul McGinty lui serra la main. Il avait le dos douloureux de recevoir tant de bourrades, un goût de bile dans la gorge, le nez enflammé par la cocaïne. Lorsqu’un taxi noir le déposa devant chez lui, il eut du mal à ouvrir la porte.
Dans le vestibule étaient posés une petite valise et un sac poubelle. Il reconnut ses vêtements jetés pêle-mêle dans le sac. Sa mère émergea de la pénombre. Ses yeux brillaient d’une lueur sauvage.
« J’ai regardé les informations », dit-elle.
Fegan se passa une main sur la bouche.
Sa mère reprit, d’une voix brisée. « J’ai vu ce que tu as fait. »
Fegan fit un pas vers elle, mais elle l’arrêta en levant la main.
« Va-t’en, et ne reviens jamais », dit-elle doucement, avec tristesse. Elle s’engagea dans l’escalier et avait presque disparu en haut des marches lorsqu’elle se retourna pour ajouter : « J’ai honte d’avoir porté quelqu’un comme toi dans mon ventre. J’ai honte d’avoir élevé un garçon capable de tuer un père devant son enfant. Puisse Dieu me pardonner de t’avoir mis au monde. »
Une rafale de vent qui fit osciller la Jaguar ramena Fegan au présent. Dehors, le ciel était devenu gris foncé, de grosses gouttes de pluie s’écrasaient sur le pare-brise. Les Suiveurs observaient la scène, guettant ce qui allait suivre.
« Téléphone-lui », ordonna Fegan.
Toner cessa de gémir. « À qui ?
— Au flic. Dis-lui de venir.
— Pourquoi ? »
Fegan pressa la main de Toner et attendit que les cris s’apaisent. « Ne discute pas. Dis-lui de venir tout de suite. Raconte que tu as quelque chose à lui remettre. »
Toner plongea la main droite dans la poche de sa veste et en sortit son portable. Ses yeux mouillés de larmes restèrent fixés sur Fegan tandis qu’il composait le numéro.
« Allô, Brian ?… C’est Patsy… Oui, je sais… Je sais… C’est important. Sinon, je ne t’appellerais pas, évidemment… Écoute, j’ai quelque chose pour toi… Un bonus… Mais il faut que tu viennes tout de suite… Immédiatement, Brian… Dans une heure… D’accord… »
Il indiqua au flic comment se rendre à l’entrepôt. Fegan écoutait la pluie qui tambourinait sur le toit de la Jaguar. De l’autre côté de la vitre striée de gouttes, le policier de la RUC le regardait, un mince sourire aux lèvres.
39
« Il n’y a pas la voiture de la nana, dit Coyle.
— Bien vu, Sherlock. » Campbell ouvrit la portière et s’extirpa avec prudence de la camionnette pour ménager sa jambe blessée. Une femme apparut à la fenêtre d’une petite maison qui bordait l’hôtel. Il sourit en lui adressant un hochement de tête. Elle ne lui rendit pas son salut.
Coyle descendit aussi et le rejoignit. Il désigna l’hôtel. « C’est ici, hein ?
— Ça m’en a tout l’air.
— Bon. Alors, comment on fait ? » Coyle semblait inquiet.
« Discrètement, si possible. On va d’abord voir s’ils sont là. » Campbell s’avança en boitillant le long de la route. Sur l’autre rive de l’estuaire se dressait une vieille église ; au-delà, une longue plage filait jusqu’aux collines qui tombaient en pente douce dans la mer. De ce côté-ci, le soleil plongeait vers la falaise surplombant l’hôtel, mais il serait englouti par les nuages amoncelés au-dessus de la crête bien avant d’atteindre l’herbe et les rochers. Plus loin, derrière l’hôtel et la maison, un immeuble hideux défigurait le paysage. La présence d’appartements à cet endroit paraissait insolite. Tout autant que le bloc de basalte au bord de l’eau, sans doute un quelconque monument aux morts, songea Campbell.
« Attends-moi ici, dit-il. Je vais jeter un coup d’œil à l’intérieur. Avec ta tronche, tu risques de faire peur aux clients.
— T’as pas l’air très en forme non plus. » Coyle se tamponna le menton avec son mouchoir.
« Je te l’accorde. Mais quand même, attends ici.
— Et si tu tombes sur Fegan ? »
Campbell haussa les épaules. « Si tu entends des coups de feu, ramène-toi. Sinon, ne bouge pas. Faut que je répète ? »
Coyle s’adossa à la camionnette en soupirant. Il croisa les bras et lui lança un regard noir.
Après avoir franchi le seuil de l’hôtel, Campbell pénétra dans une vaste salle, probablement un ancien restaurant, à en juger par les tables et les chaises empilées qui ne semblaient plus servir depuis des années. Au fond, par une porte ouverte, lui parvenait le crépitement d’un feu et un murmure de conversations entre amis. Il s’avança vers cette deuxième pièce en grimaçant de douleur, la cuisse tiraillée, les côtes à vif.
C’était un bar, pourvu d’une immense cheminée à une extrémité, et, en face, d’un comptoir devant lequel une poignée de buveurs étaient assis sur des tabourets. Toutes les têtes se tournèrent lorsqu’il s’approcha. Un homme barbu aux cheveux blancs posa son journal et se leva. Campbell lui fit signe de le rejoindre au bout du comptoir, à l’écart des oreilles indiscrètes.
« C’est vous le propriétaire ? demanda-t-il.
— Oui. Seamus Hopkirk. Vous désirez ? »
Campbell se pencha pour parler à voix basse. « Vous nous avez appelés ce matin. » Il jeta un regard par-dessus l’épaule du propriétaire. « À propos d’un de vos clients. »
Hopkirk plissa les paupières d’un air méfiant. « Vous êtes de la police ?
— Exact. »
Hopkirk le toisa de la tête aux pieds. « Je peux voir votre carte ?
— Pas maintenant. Il s’agit d’une affaire délicate… Nous aimerions agir dans la plus grande discrétion. Dites-moi juste où sont Miss McKenna et son ami, et je vous laisserai tranquille. »
Hopkirk souffla bruyamment par le nez. « Écoutez-moi, jeune homme. Il ne faudrait pas me prendre pour un plouc. Je suis conseiller municipal depuis plus de vingt ans, et je fais partie du bureau du Partenariat avec la police du district depuis trois ans. Vous n’êtes pas plus flic que moi. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’ils ne sont pas ici. Si vous voulez en savoir plus, revenez avec une carte en bonne et due forme et le numéro de l’officier de service de votre commissariat. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, mes clients m’attendent. »
Campbell le saisit au poignet. « On ne va pas s’énerver. Dites-moi juste ce que je veux savoir, et je vous fiche la paix. »
Hopkirk s’éclaircit la gorge en contemplant la main qui le tenait. « Jeune homme, dit-il, suffisamment fort pour attirer l’attention des consommateurs, je vous prie de me lâcher. Ils ne sont pas ici, c’est tout ce que je peux vous répondre. »
Campbell le fixa droit dans les yeux, puis regarda les clients. Celui qui était assis le plus près, un homme grand et fort, se mit debout.