Les fantômes de Belfast
- Автор: Невилл Стюарт
- Серия: Jack Lennon #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Payot & Rivages
- ISBN: 978-2743622510
- Переводчик: Fabienne Duvigneau
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Les fantômes de Belfast». Краткое содержание книги:
Avec Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville, révélation du roman noir irlandais, signe un thriller où dominent la tension et l’effroi, servi par une écriture tranchante. Il a su donner à son personnage principal un caractère ambigu et profondément tragique. Entre remords et désir de vengeance, Fegan, qui aspire à la rédemption, incarne les contradictions d’un territoire en quête d’identité, où le feu semble toujours couver.
— À Belfast ?
— Oui.
— Dans quel quartier ? Mon mari et moi sommes tous deux originaires de Belfast. »
Fegan chercha un mensonge mais ne trouva rien. « On m’envoie en mission un peu partout. »
L’explication parut satisfaire Mrs. Taylor. « Vous avez entendu les informations ce matin ? demanda-t-elle.
— Non, pas encore, répondit Marie.
— Oh, c’est terrible. Un prêtre a été tué hier soir à Belfast. Quelqu’un s’est introduit chez lui et l’a poignardé. C’est affreux. »
Marie posa son couteau et sa fourchette sur son assiette.
« Effroyable, dit-elle en fixant son interlocutrice droit dans les yeux.
— Curieusement, poursuivit Mrs. Taylor, c’est le prêtre qui a célébré l’enterrement des deux hommes assassinés cette semaine. Étrange, non ?
— À quelle heure est-ce arrivé ? demanda Marie.
— Ce n’était pas précisé. Pendant la nuit… Sa gouvernante l’a découvert ce matin. Qu’est-ce qui se passe ? Vous n’avez pas faim ? »
Marie regardait Fegan, assis en face d’elle. « J’ai assez mangé, merci. Puis-je utiliser vos toilettes ?
— Bien sûr. Après la cuisine, première porte à gauche. »
Le visage toujours tourné vers Fegan, Marie se leva et quitta la pièce.
Fegan ne pouvait plus rien avaler.
« Qu’est-ce que vous avez fait ? demanda Marie.
— Rien. » Fegan sentait la chaleur du soleil sur sa peau, malgré une brise fraîche qui venait de la mer. Les vagues d’eau transparente roulaient sur la plage, et la lumière intense réfléchie par le sable attisait le feu derrière ses yeux.
« Je ne vous crois pas », dit Marie. Ils avaient laissé Ellen jouer avec Stella dans le jardin, sous la surveillance de Mrs. Taylor qui désherbait ses plates-bandes.
« C’est la vérité », répondit Fegan. Le mensonge avait un goût amer dans sa bouche, mais il ne savait que répondre d’autre. Marie ne pourrait jamais comprendre.
Elle s’arrêta, une main levée pour se protéger les yeux du soleil. « Hier soir, vous avez dit que vous aviez quelque chose à faire avant de me rejoindre. C’était le père Coulter, n’est-ce pas ? »
Fegan lutta contre l’envie de fuir son regard. « Non. Je devais aller chercher de l’argent.
— Alors, pourquoi McGinty en a-t-il après vous ? Pourquoi a-t-on envoyé quelqu’un chez vous hier ?
— Parce que j’ai pris votre défense.
— Non, il y a une autre raison. » Elle se remit à marcher. « Vous m’avez aidée, d’accord, mais ça ne justifie pas une telle réaction. Je suis sûre qu’il y a autre chose.
— Vous vous trompez. » Le mépris que Fegan éprouvait contre lui-même, contre sa propre malhonnêteté, lui brûlait la poitrine.
« Et Vincie Caffola ? Et oncle Michael ? Mon Dieu… »
Fegan se détesta de mentir ainsi. « Votre oncle était mêlé à des affaires louches qui auraient entaché sa réputation, et Vincie Caffola tirait dans les pattes du parti. C’est McGinty lui-même qui me l’a raconté. Ils s’étaient fait beaucoup d’ennemis, tous les deux.
— Vous avez déjà tué des gens, dit-elle. Je sais que vous en êtes capable. Il y a quelque chose en vous qui est cassé et n’a jamais été restauré.
— J’ai changé. » Il la prit par le bras pour l’obliger à se tourner vers lui. « Vous avez dit vous-même que ça se voyait. »
Marie l’observa attentivement. Elle avait les yeux rougis par la colère. « Vous jurez que vous ne les avez pas tués ?
— Oui. »
Elle posa une main sur la poitrine de Fegan, à l’endroit de son cœur. « Vous le jurez sur l’âme de votre mère ? »
Fegan n’hésita pas. « Oui. »
Sans ôter sa main, Marie s’approcha tout près. La peur faisait trembler sa voix quand elle murmura : « Vous le jurez sur la vie d’Ellen ? Vous le jurez sur l’âme de ma fille ?
— Ne me demandez pas ça », dit Fegan.
Marie l’agrippa par sa chemise et serra le poing. « Vous le jurez ? »
Derrière l’espoir qui surgissait dans ses yeux, il y avait autre chose. Un feu que Fegan ne voulait pas voir.
« Jurez-le, et je vous croirai, souffla-t-elle.
— Je le jure. »
Marie hocha lentement la tête et se détourna pour regarder la mer.
Ils marchèrent sur la plage en silence et traversèrent le pont. Dans le jardin de la maison, Ellen ne montrait aucun signe de fatigue, pas plus que le chien qui la pourchassait entre les buissons. Mrs. Taylor, à genoux devant une bordure, le derrière en l’air, arrachait des mauvaises herbes sous un massif de fleurs.
Elle se retourna en entendant le bruit du portail. « Déjà de retour ? s’étonna-t-elle. C’est trop de grand air pour vous ?
— Nous sommes un peu fatigués, dit Fegan.
— Je vais vous aider, proposa Marie.
— Oh non, ce n’est pas la peine, répondit Mrs. Taylor, le visage tout échauffé.
— S’il vous plaît. Ça me ferait plaisir.
— Alors, je veux bien. » Mrs. Taylor s’adressa à Fegan. « Allez donc tenir compagnie à Albert. Il regarde ses films à la télé. »
En réponse à la question muette que posaient les yeux de Fegan, Marie lui serra le bras et le poussa vers la maison. Il trouva Mr. Taylor, les pieds sur la table, devant un film avec John Wayne.
« Ah, George, dit Mr. Taylor. Asseyez-vous. Ça vient de commencer.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Fegan.
— La Prisonnière du désert. Vous l’avez déjà vu ? C’est un classique. Le chef-d’œuvre du “Duke”.
— Non, dit Fegan. Attendez, je vais accrocher ma veste. »
Il s’approcha des portemanteaux installés dans la petite véranda qui donnait sur le jardin. Des voix lui parvenaient par la porte entrouverte. Des voix de femmes, calmes et posées, auxquelles se mêlaient un rire enfantin et les jappements excités d’un chien.
« Si vous ne voulez pas en parler, vous n’êtes pas obligée, dit Mrs. Taylor.
— Parler de quoi ? répondit Marie.
— J’ai entendu aux infos qu’on recherchait une femme de votre âge, blonde, avec sa fille.
— Ce n’est pas moi.
— Bon, d’accord. Sachez en tout cas que vous pouvez vous confier à moi, si vous êtes dans l’embarras. Vous me paraissez intelligente, mais même les gens intelligents font des bêtises quand ils ont peur. »
Fegan tendit l’oreille. Il compta cinq secondes de silence. On n’entendait que le grondement lointain des vagues, et le chien qui haletait.
« Justement, dit Marie. Je n’ai pas peur de lui. »
Au déjeuner, Marie évita de regarder Fegan. Ellen, qui avait couru devant Stella pendant trois heures dans le jardin, s’attaqua à l’assiette de sandwichs avec un appétit féroce. Le chien lapa un bol d’eau entier et s’effondra de contentement sur le tapis, aux pieds de Mr. Taylor.
Fegan sentait les yeux de Mrs. Taylor fixés sur lui. Ni accusateurs ni craintifs, mais circonspects, comme une mère qui observe le premier soupirant de sa fille. Il lui sourit une ou deux fois. Elle lui rendit son sourire, sans pour autant sortir de sa réserve.
Après le déjeuner, Mrs. Taylor proposa à Ellen de se reposer dans une des chambres de l’étage. La petite fille, qui s’était plainte d’avoir mal dormi la veille parce qu’elle entendait des bruits bizarres, parut heureuse de se glisser sous les couvertures et de laisser aller sa tête sur l’oreiller. Le chien se coucha en boule à ses côtés, ravi lui aussi de cette sieste sur un lit douillet.