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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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Instinctivement, Christmas commença par s’écarter, mais ensuite il s’abandonna entre les bras de sa mère. Il savait que c’étaient là ses dernières caresses d’enfant. Dans le silence. Parce qu’il n’y avait rien d’autre à dire.

24

Manhattan, 1913

Cetta resta sous les draps tandis qu’Andrew se levait et commençait à s’habiller.

« Comment ça se passe, la grève à Paterson ? demanda-t-elle.

— Ça se passe, répondit distraitement Andrew.

— Qu’est-ce que ça veut dire ? insista Cetta, un sourire forcé aux lèvres.

— Que ça va » fit Andrew sans se retourner.

Il s’assit au bord du lit pour mettre ses chaussures, tournant le dos à Cetta.

« Et vous allez obtenir ce que vous demandez ? » poursuivit Cetta, tendant la jambe pour aller caresser le dos d’Andrew de son pied. L’homme se redressa vivement et se remit debout. Il prit sa montre sur la table de chevet et la glissa dans la poche de son gilet. Puis il boutonna cinq boutons. « Je dois y aller, mon amour, dit-il. Je n’ai pas le temps, excuse-moi ! »

Andrew l’appelait toujours « mon amour » pensa Cetta, l’observant tandis qu’il enfilait sa veste rapiécée aux coudes et essuyait ses lunettes rondes avec un mouchoir. Il l’appelait toujours « mon amour » mais n’avait jamais beaucoup de temps pour rester avec elle. Pas après avoir fait l’amour. Il n’était pas allé une fois chez elle, le dimanche, pour voir Christmas et déjeuner avec eux. Et il ne l’avait plus jamais emmenée dans le restaurant italien de Delancey Street. Pas de séduction, pas de bougies. Il n’y avait que cette chambre dans une pension de South Seaport, près de la section du syndicat. Toujours la même. Le jeudi. Parfois aussi le mardi.

Andrew se retourna pour la regarder. « Ne m’en veux pas, mon amour… »

Oui, « amour » était décidément un mot qu’Andrew prononçait avec grande facilité, pensa Cetta. Contrairement à Sal, qui ne le lui avait jamais dit. Mais lui venait la voir dans le sous-sol de Tonia et Vito Fraina tous les dimanches avec ses grosses mains sales et apportait des saucisses pimentées et du vin, même s’il ne l’aidait jamais à cuisiner.

Andrew se pencha au-dessus du lit et l’embrassa sur les lèvres.

Il l’embrassait toujours sur les lèvres, pensa encore Cetta : lorsqu’ils se retrouvaient, faisaient l’amour, et aussi lorsqu’il s’en allait, lui recommandant de bien attendre avant de sortir de la pension, parce qu’il valait mieux qu’on ne les voie pas ensemble. Car c’était un homme marié.

« Attends dix minutes avant de sortir, lui répéta-t-il.

— Oui, répondit-elle.

— Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda-t-il.

Cetta le fixa d’un regard dur : « C’était mieux quand je gagnais cinq dollars par passe, mon amour. Voilà ce qu’il y a ! » répliqua-t-elle, un sourire aux lèvres, en se détournant sur le côté.

Andrew soupira et regarda la porte de la chambre. Puis il soupira à nouveau et s’assit sur le lit. Il posa une main sur le dos nu de Cetta. « Tu es très belle » dit-il.

Cetta ne se retourna pas.

Andrew s’allongea sur le lit. Il posa un baiser dans le dos de Cetta et puis, écartant les draps, il l’embrassa tout le long du corps, jusqu’aux fesses. Cetta tendit la main et agrippa ses cheveux blonds. Elle s’assit et écarta les jambes :

« Goûte-moi ! ordonna-t-elle.

— Quoi ? fit Andrew.

— Lèche-moi la chatte ! »

Le regard de Cetta était dur. Quelque chose de violent couvait en elle, sans qu’elle veuille se l’avouer, c’était une espèce de brûlure, une douleur lointaine et importune comme un regret.

Andrew la regarda, perplexe.

« Il faut que j’y aille…, dit-il enfin. Les camarades m’attendent au syndicat…

— Tu vas leur raconter que tu baises avec une grue ? lança Cetta, toujours avec le même regard dur.

— Mais qu’est-ce que tu dis, mon amour ?

— Tu leur racontes pas tous les trucs qu’on peut faire, avec une grue ? poursuivit Cetta, toujours jambes écartées.

— Non !

— Tu leur racontes pas, quand j’la prends dans ma bouche ?

— Cetta… qu’est-ce qui t’arrive ?

— T’aimes ça, quand j’la prends dans ma bouche ?

— Oui, mon amour, bien sûr, oui…

— Eh bien alors, lèche-moi la chatte ! Montre-moi que toi aussi, tu sais faire la grue ! »

Andrew sauta sur ses pieds.

« J’ai une grève à organiser, moi ! s’écria-t-il.

— Avec ta femme ?

— Avec les camarades ! Tu ne comprends donc pas ? C’est ça, ma vie ! » Andrew saisit le drap par un bout et en recouvrit Cetta. « C’est ça, ma vie… » Puis il tourna les talons et se dirigea vers la porte. Il posa la main sur la poignée et demeura un instant immobile, sans regarder Cetta.

« Eh bien alors, partage-la avec moi, ta foutue vie, si je suis pas qu’une grue ! » hurla la jeune femme.

Andrew se retourna pour la regarder : il semblait stupéfait. Il a un regard bon, pensa Cetta. Et alors, d’un ton plus doux, elle ajouta : « Tu avais promis de me faire devenir une véritable Américaine ! »

Andrew sourit : « Tu es vraiment une petite fille ! » fit-il tendrement, tout en retournant près du lit. Il la prit dans ses bras, la serra contre lui et passa une main dans ses cheveux noirs. « Tu es vraiment une petite fille » répéta-t-il, prenant le visage de Cetta entre ses mains. « Je voulais te faire une surprise, annonça-t-il lentement. Mais cacher une surprise à des enfants, c’est dur ! Eh bien voilà : dans dix jours, je vais t’emmener au Madison Square Garden. On organise un spectacle pour collecter des fonds et alerter l’opinion publique. Je vais t’emmener au théâtre ! » Puis il l’embrassa.

Cetta s’abandonna à son baiser. Quand leurs lèvres se séparèrent, leur souffle avait recouvert de buée les lunettes d’Andrew. Cetta rit et lui enleva ses lunettes, qu’elle nettoya avec un drap imprégné de leur odeur.

« Au théâtre ? s’écria-t-elle.

— Le sept juin, sourit Andrew. Samedi à huit heures et demie.

— Huit heures et demie au Madison Square Garden ! » répéta Cetta en se serrant fort contre lui.

Andrew rit et se libéra de son étreinte : « Maintenant il faut que j’y aille ! On m’attend. » Il atteignit la porte de la chambre.

« J’arriverai peut-être à me libérer mardi, ajouta-t-il.

— Sinon jeudi, compléta Cetta.

— Attends dix minutes avant de sortir ! »

Puis la porte se referma derrière Andrew. Alors, elle sentit à nouveau cette espèce d’ardeur inavouable brûler en elle. « Je vais aller au théâtre ! » se répéta-t-elle afin de faire taire cette douleur, lointaine et importune comme un regret.

« Ils m’ont transféré » annonça Sal, assis sur une chaise bancale dans la salle qui leur servait de parloir, tête baissée et regard rivé sur ses mains. « C’est fini, l’atelier de mécanique : ils le ferment. Ils m’ont mis à la menuiserie. » Il leva les yeux sur Cetta, assise devant lui. Elle le dévisageait en silence. « C’est plus dur, de se salir les mains à la menuiserie, ajouta-t-il. Tout c’que tu fais, c’est t’ramasser des échardes. » Il baissa à nouveau les yeux et recommença à se triturer un doigt. En silence.

« Fais voir ! » fit Cetta en lui prenant la main. Elle l’examina attentivement. « Mets-toi plus près de la lumière ! » lui suggéra-t-elle, et elle se leva pour s’approcher de la vitre opaque et sale, protégée par des barreaux en fer.

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